Have you met Michael ?

Du haut de ses 86 ans et de ses 1,88m, c’est un acteur aussi impressionnant par le talent que par sa longévité dans le métier. Infatiguable le monsieur, au point que sort demain son dernier film en date : Gentlemen Cambrioleurs

Quand on a traversé presque sept décennies de cinéma, en collectionnant pas moins de 24 nominations, dont 2 Oscars et 2 Golden Globes, on pourrait se permettre de regarder le monde de haut, mais ce n’est pas le genre de la maison. Car, il en aura fallu du travail, des aléas, des pièces de théâtre, des films (bons et mauvais de son propre aveu) pour que son nom soit gravé dans la pierre parmi les étoiles du cinéma.

Avec sa classe et sa distinction naturelles, on a du mal à croire au parcours insolite de ce merveilleux acteur. Et pourtant, le chemin fut long depuis la misère de Camberwell. Alors….

Have you met Michael Caine ?

Fiche signalétique

Nom complet  : Maurice Joseph Micklewhite, dit Michael Caine

Date de naissance : 14 mars 1933

Nationalité : Britannique

Profession : acteur, comédien, producteur

Signes distinctifs : perfectionniste. conscience professionnelle chevillée au corps, distinction naturelle, sens de l’auto-dérision et humour so british. Restera toujours le Alfred de mon Batman.

Une drôle d’histoire

Avant de devenir une légende du cinéma comptant plus de 130 films à son actif, Michael Caine est un petit gamin atteint de rachitisme, né dans un des quartiers les plus pauvres de Londres, en pleine crise économique et peu avant la Seconde Guerre Mondiale.

Autant dire que rien n’était gagné et que la vie ne lui tendait pas une cuillère d’argent. Pourtant, de la Seconde Guerre Mondiale à son service actif durant la Guerre de Corée, le jeune Michael apprendra à retirer du positif des situations les plus effroyables et à tirer son parti de tout. C’est ainsi qu’une pitoyable entrée en chutant sur les fesses au milieu d’une troupe de jolies jeunes filles le conduit à se lancer dans le théâtre. Le théâtre le conduira au cinéma et jamais plus, il ne changera de route ou ne regardera en arrière. Parfois les voies des plus grandes vocations sont parfaitement insolites.

Depuis Michael Caine c’est devenu un nom et un visage incontournables du cinéma. Si parmi sa filmographie très fournie se cachent inévitablement quelques navets (Les dents de la mer 4) – ce que le monsieur admet volontiers-  il collectionne aussi les succès de Alfie le dragueur (1966) qui lui ouvre les portes de la gloire avec une première nomination aux Oscars à l’Oeuvre de Dieu, la part du Diable (2000) qui lui vaut sa seconde consécration de la petite statuette dorée.
Séducteur, agent secret, soldat, détective insolite (Elémentaire mon cher Lock Holmes, 1988), psychiatre, majordome empli de sagesse, chasseur de trésor, mentor, de Mike Myers  (Austin Power dans Goldmember, 2002) à Woody Allen (Hannah et ses soeurs, 1987), de Joseph Mankiewicz (Le Limier, 1972), à Christopher Nolan (Batman 2005-2012), Michael Caine collectionne les réalisateurs prestigieux et enchaîne les rôles  à un rythme effréné. Son répertoire de jeu est un grand écart permanent entre tous les registres, tous les genres possibles.
Évoquer sa filmographie c’est faire une balade aux quatre coins de l’histoire du cinéma des années 50, de ses premiers pas à l’écran dans Commando en Corée (1956) où son expérience personnelle lui servira fort, en passant par Zoulou (1964) sa première tête d’affiche, jusqu’à nos jours et le palmarès qu’on lui connaît : L’homme qui voulut être roi (1975), l’Education de Rita (1983), Le Prestige (2006), Inception (2010), Interstellar (2014), Youth (2015), Kingsman (2015)… Et tant d’autres.

John Wayne, Mia Farrow, Elisabeth Taylor, Jack Nicholson, Jane Fonda, David Bowie, Bette Davis, Quincy JonesCarry Grant, Christopher Reeves mais aussi parmi la jeune génération Hugh Jackman, Leonardo DiCaprio, Christian Bale, Scarlett Johansson, Sandra Bullock, sa longue et abondante carrière l’a amené à tous les côtoyer de près ou de loin, sur un plateau ou en privé. Impressionnant ? Plutôt juste retour des choses, car s’il a fait de sa vie et de sa carrière une légende, c’est à la force du poignet et à la sueur de ses talents d’acteur.
Déballant ses tripes aux pieds de Brian de Palma dans Pulsion (1980) ou jouant de son flegme pince sans rire dans Batman pour Christopher Nolan, Michael Caine est un perfectionniste qui prépare ses rôles sans relâche et se met tout entier au service du film. N’ayant pu s’offrir d’école d’art dramatique, les leçons d’acteur qu’il a apprises, se sont faites sur le tas, à force de jeu. Elles sont le fruit d’une longue expérience, d’observation des gens, des attitudes, de retours tirés d’échecs, de critiques, de conseils. Grâce à tout cela, il a su forger cette finesse de jeu, cette polyvalence, ce sens du détail qui en font l’acteur incroyable que nous connaissons aujourd’hui.

Mais cette histoire, il la raconte bien mieux que moi…

Et que les barrières sautent !
Blowing the bloody doors off, And others lessons of life.

C’est à la suite d’une Master Class enregistrée pour la BBC qu’il vient à l’idée de Michael Caine de mettre son expérience par écrit. Non point pour se rengorger sur une carrière pourtant fort bien remplie, mais plutôt dans l’idée de la mettre au service des autres. Car ces mémoires sont plus des conseils, fruit d’une longue expérience et illustrés par des situations concrètes et des anecdotes, qu’une biographie à proprement parler.

Des mémoires que les Editions Baker Street ont eu la riche idée de faire traduire et qui sortent d’ailleurs aujourd’hui (26 mars) en français. Grâce leur soit rendue !
Et la première impression est que la traduction est fort bonne, car il n’est besoin d’aucun effort pour retrouver le ton et l’humour du monsieur. Sa voix se glisse naturellement dans votre oreille dès les premières lignes. Diable ! Michael Caine serait-il aussi bon auteur qu’acteur ?

De fait, impossible de nier que ces mémoires sont un régal. Michael Caine écrit les choses comme il les fait ou il les a faites, avec application, franchise et une pétillante pointe d’humour. Comme il ne manque guère d’auto-dérision ou de franc parler, il y a bien des situations ou des anecdotes qui ne manquent guère de cocasserie. Sans compter qu’il n’hésite pas à appeler un chat, un chat, revenant sans hésitation sur ses échecs ou ses navets, comme L’inévitable catastrophe (1978) qui en était effectivement une.
Et si certaines leçons n’ont été apprises qu’en échouant, il n’aura pas non plus de honte à le dire.

Son écriture reflète la dualité de l’homme. Cette allure distinguée qui cache des origines modestes. Ce sérieux professionnel attachant de la valeur aux gens, aux détails, à l’équipe, à la préparation, à la ponctualité et l’humour joyeux qui pourtant le caractérise. S’amuser sérieusement, titre le chapitre 8, quel joli reflet de ce portrait qu’il trace de lui-même à travers ses mémoires. Dans Michael Caine, il y a toute la passion d’un homme envers son métier et cette sobriété de jeu qui sonne toujours juste.

A la fois morceau de l’histoire du cinéma, biographie et leçons d’acteur, les conseils que prodiguent ces mémoires sont tout aussi bons à prendre pour qui voudrait se lancer dans une carrière cinématographique que dans la vie de tous les jours. Au final, l’expérience ne vient ici qu’illustrer, conforter les leçons apprises. Quoi de mieux qu’une mise en situation pour démontrer son propos.

Dans ses mémoires, Michael Caine ne cherche pas à dire les choses de telle ou telle façon pour que cela paraisse intellectuel ou intelligent. Il n’essaie pas de se montrer différent de ce qu’il est. Il raconte simplement. Sans gommer ni les efforts, ni le travail, ni les erreurs. Il se sert de son vécu pour transmettre au lecteur ce qu’il a pu apprendre d’essentiel. Avec modestie et humour toujours.
Qu’il se destine au métier d’acteur ou non, chacun retirera ce qu’il voudra de cette plaisante balade cinématographique au fil de sa filmographie. Un moment de lecture qui se révèle extrêmement agréable, car le monsieur est de fort plaisante compagnie et il ne manquera pas de vous faire  éclater de rire.
Décidément, jusque entre les pages, Michael Caine dégage un charme et un charisme qui ne laissent pas indifférent et il nous démontre encore une fois qu’il est un grand monsieur de cinéma.

 

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P.196. Cannes 2015. Copyright Nicolas Guerrin / Contours par Getty Images

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

3 commentaires Laisser un commentaire

  1. A reblogué ceci sur Bigrebloget a ajouté:
    Comme le dit si bien ma Califette que j’aime d’amour, la voix de cet acteur glisse dans notre oreille avec tant de facilité qu’on dirait du velours ou la meilleure musique du monde.
    Alors si son patronyme vous ferait parfois penser à la phrase fétiche d’un junkie, la carrière de cet homme génialissime ne peut qu’être admirée…
    His name? My cocaine. Ah non, Michael Caine. 😉

    Aimé par 1 personne

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