Vingt-neuf semaines et des poussières d’étoiles.

Résumé.

Cherche-Midi Editeur. Parution : mars 2019  Prix : 17€

4eme de couverture.

« Début mai 2013, alors que je suis expatriée avec ma famille dans un lointain pays d’Asie centrale, je découvre que je suis enceinte de mon troisième enfant. Fin octobre 2013, c’est déjà fini. Je dois interrompre ma grossesse à la suite de la découverte de graves malformations fœtales.
Vingt-neuf semaines in utero, quelques minutes en tête à tête, le bracelet d’une maternité parisienne, une photo de mauvaise qualité : ce sont les minces souvenirs que je possède.
Pour qu’il reste autre chose qu’un parcours médical et que la relation prenne forme d’une autre manière, moi, la maman de cet enfant né sans vie, je n’ai pas eu d’autre choix que d’écrire notre brève histoire. Comment se consoler d’avoir perdu un bébé que l’on a à peine connu ? Comment faire le deuil de celui que l’on a tenu seulement quelques minutes dans ses bras ? Comment apprend-on à vivre après, et avec cette perte ? Je tente de répondre à ces questions ; j’écris pour atténuer la douleur et, ainsi, mon enfant existe. »

Mon avis : Briser le silence autour du deuil périnatal

Six mois, presque sept. J’ai fait le compte sur mes doigts comme pour évaluer la douleur de cette mère. A ce stade d’une grossesse, on pense plus ou moins avoir écarté le pire. Le risque d’une fausse-couche s’éloigne. On sait que les médecins sont à même d’intervenir dans l’urgence, même pour de grands prématurés. On se rassure. On est dans la dernière ligne droite. On sent son bébé bouger et on commence à se projeter…

Mais dans une grossesse, rien n’est jamais gagné et l’on oublie souvent. Car on ne parle pas assez l’importance de la fameuse échographie morphologique des six mois. Celle qui peut révéler des malformations, des anomalies, des pathologies souvent de type génétique (type trisomie 13, 18, 21) aux conséquences dramatiques et mettre les futurs parents face à une décision qui va changer leur vie, quel que soit leur choix.

Avec son expérience de mère et de femme, Aude Ceccarelli nous raconte cette réalité. Sans faux-semblants, ni chercher à envelopper la réalité, elle retrace ce parcours du combattant avec des mots simples, bruts. Elle écrit le long chemin de l’angoisse, les examens à répétitions, l’incertitude, le doute, les espoirs, le diagnostic… Elle écrit les médecins, LA décision, l’acte médical, le deuil, l’injustice. Elle écrit la souffrance d’une mère pour que son histoire et celle de son enfant existent. Mais aussi celles d’autres mères confrontées à la même situation, confinées au silence. Le silence d’une interruption médicale (ou thérapeutique) de grossesse, d’un enfant né sans vie pour lui épargner le pire et d’une décision qui pèse sur toute une existence (1). A fleur de peau, à fleur de larme, elle nous livre courageusement ce témoignage bouleversant, mais indispensable selon moi. Indispensable car il recouvre une situation, hélas, plus courante qu’on ne le croit, où les parents se sentent infiniment seuls face à leur décision et à leur deuil, le cas échéant.
Ce deuil. Ce deuil entre deux eaux. Plus de grossesse mais pas de bébé. Pas de congé maternité non plus de fait. Comment faire le deuil d’un enfant qui n’a jamais existé  juridiquement, légalement car né sans vie? Comment faire le deuil d’un enfant qu’on a espéré, deviné, connu, sans jamais le rencontrer vraiment ? Comment endurer les remarques, les encouragements, les banalités, toutes ces paroles qui, indirectement et sans méchanceté, jugent intrinsèquement le bien fondé de votre décision ?

Non, ce n’est pas une lecture facile. Plusieurs fois, on est tentés de repousser le livre pour mettre à distance cette souffrance. L’horreur de la situation. Mais cette réaction dit toute la portée de son témoignage et par là même, son importance. Ces diagnostics tardifs, cette situation, ce choix impossible, l’IMG, cela existe. C’est une réalité. Une réalité sans doute pas suffisamment évoquée, ce qui laisse celles qui y sont confrontées dans leur souffrance, dans leur silence. Un silence qu’Aude Ceccarelli brise avec délicatesse, avec pudeur et sincérité. Sans rancoeur, ni amertume. Pour, je cite, « pour que notre relation et ton existence prennent forme avec ces mots. » Un message d’amour à son fils qui n’aura pas vécu. Un message d’apaisement pour toutes les mères qui partagent cette douloureuse expérience.

(1) Afin d’éviter toute polémique ici, je rappelle que l’IMG (interruption médicale de grossesse) est proposée ou pratiquée selon la législation, si, je cite : « deux médecins membres d’une équipe pluridisciplinaire attestent, après que cette équipe a rendu son avis consultatif, soit que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, soit qu’il existe une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. » On parle ici de pathologies susceptibles d’entraîner un décès in utero ou à la naissance ou dans les premières années, incompatibles donc avec la survie du bébé ou portant de façon irrémédiable atteinte à la qualité de son existence. On n’est pas donc pas ici sur une question de confort ou d’eugénisme, mais de souffrance de l’enfant et de survie.

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