Le droit d’avoir le choix

Hier M. Bouille a (enfin) fait ses premiers pas. Et j’ai pris le temps de mesurer le chemin parcouru.
C’est que, voyez-vous, de 5 mois et demi à 8 mois de grossesse, la seule chose que j’ai eu le droit de voir de mon fils, c’était ses reins. Qui n’étaient pas très jolis, c’était bien d’ailleurs bien là tout le problème.

Mais comme la médecine n’a pas toujours de certitudes… nous voici 16 mois plus tard avec un mini Hulk de 84 cm pour 14,5kg. Pour ceux qui n’arriveraient pas à se représenter la chose, cela signifie concrètement qu’on l’habille en 2-3 ans alors qu’il a peine un an et quatre mois.
Alors forcément, à chaque fois que l’on sort d’un contrôle à l’hôpital avec RAS, mon mari me regarde avec un sourire en coin de papa poule un peu fier et il sort : Il se porte plutôt bien pour une IMG.
Une pointe d’humour noir pour éloigner l’inquiétude que l’on a toujours avant chaque examen.

Une IMG. C’est que nous avait prédit le gynécologue diagnosticien vers qui on nous a référé quand le doute s’est insufflé.

Pourtant, au départ, tout en nous expliquant que le type de pathologie qui risquait de se présenter était très grave et que l’IMG était une possibilité, il nous avait bien assuré qu’on allait faire des examens pour avoir plus d’éléments, savoir où on allait… Et voilà qu’à dix minutes de l’amniocentèse, ce bon docteur, avec juste des images d’échographie sans certitude et son expérience, nous débaroule tout à trac qu’on fait surtout les examens en vue d’une prochaine grossesse, mais qu’il faudrait voir à ne pas tarder à prendre une décision.

Vous comprenez, ma bonne dame, plus vous attendez, plus ce sera compliqué, c’est déjà un gros bébé. Le tout en nous rappelant de prendre rendez-vous avec la néphrologue pédiatre parce-que tout de même ce n’était pas sa spécialité.

La néphrologue pédiatre. Mon roc. Cette femme a su se mettre à notre hauteur pour nous expliquer le tout de A à Z et surtout que tout ce que l’on savait, c’est qu’on ne savait rien. C’était que justement avec si peu d’éléments, des certitudes, on n’en avait aucune et que le champ des possibilités allait de la mort in utéro à une vie normale. Plutôt large le champ, voyez-vous. Alors on allait attendre, se concerter avec d’autres spécialistes, faire des examens tous les quinze jours pour prendre la bonne décision.


Pourquoi vous raconter cela précisément maintenant ?


Pour rappeler l’importance du diagnostic anténatal.
Pour rappeler qu’une grossesse n’est jamais gagnée et que d’entendre que 32 pays comme la Pologne se liguent pour dénier le droit à l’avortement ou à l’IMG, même en cas de malformation vitale du foetus, cela me fait hurler.

Nous avons été chanceux. Nous n’avons pas eu à faire ce choix finalement. Juste à l’évoquer.
Mais il est malheureusement des cas où le pire, l’inconcevable, est encore le mieux.
Même si j’ai une boule dans la gorge au souvenir des propos de ce médecin
Même si une part de moi lui en veut d’avoir foncé sur les pires conclusions.
Même si j’ai parfois envie d’aller le voir pour lui dire qu’il s’est planté sur toute la ligne et qu’un diagnostic on n’en a toujours pas.
Une autre partie de moi sait viscéralement sait que son intention n’avait rien de malveillante.
Qu’il essayait juste d’éviter le pire. D’épargner de la souffrance. D’éviter a un enfant une vie qui n’en serait pas une, qui n’aurait pu être qu’une longue agonie.

Je n’ai pas eu à faire ce choix. J’y ai juste fait face. J’aime mon fils. Mais si on m’avait assuré qu’il n’y avait aucun espoir, j’aurais su prendre cette décision et j’aurais quelque part été reconnaissante qu’on me laisse ce choix. Pour lui. Pour son frère.

Bien sûr, dans le meilleur des mondes, personne ne devrait avoir à vivre un tel choix.

Mais pour rien au monde, on ne devrait envisager de forcer des parents à continuer une grossesse non viable ou à mettre un enfant au monde, pour le regarder mourir pendant des semaines, des jours ou même quelques heures.


L’avortement est un droit. Un choix fondamental, car une grossesse non désirée, c’est un enfant rejeté et une mère en souffrance. Ce sont deux vies gâchées. Ceux qui le nient, nient des réalités. La contraception efficace à 100% n’existe pas. Le viol si. Ce sont des faits.

On fait un enfant parce qu’on le désire, parce qu’on se sent de devenir parent, parce qu’on veut et peut l’assumer, lui offrir un toit, de quoi manger.
Pas parce-qu’on le subit. Mieux vaut pouvoir assumer de ne pas vouloir d’enfant que d’en mettre un au monde contraint et forcé pour le rendre malheureux.

Nier l’IGV, c’est nier ce droit, ce choix, c’est nier le droit d’un enfant à être désiré et aimé tout simplement.


L’IMG est un droit. Le diagnostic anténatal est une chance.
C’est le droit de choisir d’éviter de souffrir à son enfant, de le regarder mourir à petit feu.
Le droit de faire la paix avec soi-même, avec son deuil, en sachant qu’on a pris la bonne décision.

Pour toutes les femmes qui ont eu à faire ces choix, pour toutes celles qui en sont privées, nous devrions réagir et nous faire front contre ces pays.

Quant à ces messieurs qui prennent ces décisions sous des prétextes fallacieux de protection de la vie et de la famille, qu’ils aillent s’enterrer sous leur hypocrisie patriarcale. Ils nient la dignité même de la vie humaine. Qui sont-ils pour décider ainsi du sort d’un enfant qui n’est pas le leur ?

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

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