Et si on regardait… L’Opéra ?

Une fois n’est pas coutume, July chausse ses chaussons de danse et, gracile, se faufile dans les coulisses de l’Opéra, grâce à la mini-série d’OCS. Intrigues, ambitions, jalousies et rivalités, tout n’est pas lyrique et feutré dans les coulisses de cet univers singulier où cette création nous plonge avec grâce. Une série qui semble aussi savoureuse et raffinée que le gâteau du même nom.
De quoi se lécher les doigts si l’on croit la chronique de Jul
y, qui a la métaphore plus œnologique en conclusion.


            C’est avec un grand plaisir que je me rends à l’Opéra-Garnier et à l’Opéra-Bastille pour voir les danseuses et les petits rats. Alors oui, je sais, ça fait pervers dit comme ça, mais quand même, je suis tombé sur cette série d’OCS dévoilant les intrigues d’une danseuse étoile et d’une petite banlieusarde montante dans ce milieu.

            La série n’est pas longue, elle dure 8 épisodes de 45 minutes environ et nous plonge dans le quotidien et les péripéties de cette institution, dans l’univers impitoyable de… l’Opéra de Paris[1]. On y croise tout d’abord Zoé (Ariane Labed), danseuse étoile de 35 ans qui vit dans l’excès avec beaucoup de fêtes, d’amants, d’angoisses, et pour qui c’est Sex, Drugs and Lac des Cygnes. Parce qu’elle n’a pas le niveau, on veut la renvoyer, permettant ainsi la réforme du statut de danseur étoile au passage par jurisprudence – tiens, une réflexion sur l’âge et le fait d’écarter les personnes…

            Il y a ensuite Sébastien, 38 ans, nouveau directeur de la danse et chorégraphe, interprété par Raphaël Personnaz, qui veut faire briller l’Opéra et qui pense avoir le pouvoir mais ne l’a pas forcément… Il veut réformer l’Opéra rapidement, mais peut se prendre les pieds dans le tapis et devoir faire face à une grève – tiens, une réflexion sur le côté politique des institutions culturelles…

            Il y a enfin Flora (Suzy Bemba), 19 ans, jeune danseuse banlieusarde noire, qui vient de rejoindre le corps de ballet en tant que surnuméraire (contractuelle, quoi), qui veut faire ses preuves et s’imposer – tiens une réflexion sur la diversité dans ce milieu…

            La série, au-delà des images, nous fait découvrir un panier de crabes. Tout comme d’autres séries telle Hippocrate qui nous montrait l’envers du décor hospitalier, L’Opéra explore les coulisses beaucoup moins satinées et reluisantes que les sièges de la salle. Le classique côtoie la grève, le dramatique côtoie le syndicat. Et pour une fois, la danse est au milieu de la scène. Bon, je vous vous venir, vous allez me dire que si elle est à côté, soit on ne voit rien, soit les danseurs vont se faire mal. Mais vous savez, dans le fond, ce que je pensais. Cette fois, point de meurtres à élucider, d’assassin de la danseuse étoile à retrouver (de toute façon, c’est TOUJOURS la seconde danseuse étoile qui bavait devant tous les rôles que la décédée obtenait). Ici, ce sont les intrigues des danseurs en eux-mêmes, leurs rôles, leur amitiés, leurs coups de gueule, leur solidarité face à la réforme des statuts[2] que veut mettre en place l’État[3]… ou leur lutte pour la diversité et le fait de refuser une danseuse noire sur scène dans le Lac des Cygnes car il faut impérativement qu’elles soient toutes les mêmes (et qu’elles sont à 99 % blanches).

            L’Opéra est un endroit violent. Concours sur concours (seul moyen de promotion et d’évolution donc), voilà ce qu’il faut endurer juste pour faire ses preuves. Et sous les noms d’Étoile, Coryphée et Quadrille se révèlent des personnes qui travaillent dur pour, une fois peut-être apparaître en fond de scène dans l’acte II de La Bayadère. Manger ou être mangé, c’est parfois l’impression que ça donne (et un personnage secondaire comme Valentin le fait bien comprendre – vous savez, ceux qui disent « je suis pas raciste, mais… » ?). Quand une danseuse veut changer, danser quelque chose qui n’est pas au répertoire pour son concours, elle est dénigrée par son père. Quand une banlieusarde veut progresser, elle doit attirer le directeur de la danse dans un piège pour qu’il ne puisse pas lui refuser le rôle . Pas de vie privée : il faut travailler, retravailler, et cent fois sur le métier remettre son ouvrage, quitte à ne pas écouter son corps ou à le faire taire.

            Tous ces problèmes nous traversent et nous amènent à réfléchir au travers des intrigues, sur notre statut personnel, sur la place donnée à la culture en France, sur la vie supposée rêvée de ces danseurs qui vivent de leur passion. La profondeur des intrigues, les traits de chaque personnage et les acteurs qui ont tout donné pour pouvoir être crédibles[4] donnent à la série des traits qui résonnent en nous, que l’on aime la danse ou non. Avec mon épouse, nous avons enchaîné les épisodes telle Gabrielle enchaînant Johnny[5]. Très clairement, si nous avions été un dimanche après-midi de novembre vers 16h, nous aurions terminé la série au moment d’aller nous coucher car L’Opéra est de ces séries où on se dit « encore un ? » après chaque épisode, tout en sachant qu’on paiera l’addition le lendemain tel Zoé avec ses muscles à 35 ans ou tel Sébastien, devenu chorégraphe suite à une blessure.

            Au-delà de tout cela, les décors sont beaux car même si de nombreuses scènes ont été tournées à Liège, la série n’est pas bouchonnée. Loin de là, on est plutôt du genre à commander une autre bouteille, car une telle ivresse ne s’obtient pas avec n’importe quel flacon. OCS croit d’ailleurs en cette série puisque la saison 2 a d’ores et déjà été commandée et que le tournage a déjà débuté[6]. La fin de saison étant intéressante, j’attendrai avec une certaine impatience le rappel afin d’en voir toujours un peu plus en espérant avec impatience de voir le Printemps sacré par Stravinsky[7].

July


[1]Avouez que vous vous attendiez à Dallas quand j’ai dit « univers impitoyable ».

[2]https://www.retraite.com/retraite-par-metier/retraite-fonctionnaire-publique/danseur-opera-national-paris.html#.Vdrp_-c-Pid, consulté le 5 octobre 2021.

[3]https://www.francetvinfo.fr/economie/greve/greve-du-5-decembre/reforme-des-retraites-pourquoi-les-danseurs-et-musiciens-de-l-opera-de-paris-sont-ils-en-greve_3758835.html, consulté le 5 octobre 2021.

[4]https://www.francemusique.fr/emissions/reportage/reportage-du-mardi-07-septembre-2021-97974, consulté le 5 octobre 2021 (et écouté le même jour).

[5]Ouais. Non. Enfin si. Je vois ce que vous voulez dire. Mais ça ne vous regarde pas.

[6]https://www.premiere.fr/Series/News-Series/La-saison-2-de-Lopera-est-deja-en-tournage, consulté le 5 octobre 2021.

[7]https://www.francemusique.fr/emissions/l-invite-du-jour/l-opera-la-danse-classique-creve-l-ecran-dans-une-nouvelle-serie-98054, très bonne matinale où Cécile Ducrocq et Raphaël Personnaz parlent de la série et dévoilent quelques petites choses sur la saison prochaine, consulté le 5 octobre (et écouté le même jour).

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

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