Et si on regardait… No Man’s Land ?

Mais que diable allait-il faire en cette galère peut-on se demander en lisant le pitch de No Man’s Land et donc le début des ennuis pour son héros Antoine. Direction donc la Syrie, l’Etat islamique et la guerre à la frontière turque pour cette chronique de notre envoyé spécial July, en direct de son canapé. Sacré programme pour une chronique, me direz-vous. Mais rassurez-vous , à la fin, il pleut des tacos.
Oui c’est un vraiment un sacré bordel !


Les copains, bienvenue dans un bordel incompréhensible. Et par bordel incompréhensible, je ne parle pas de la pandémie actuelle ou de la primaire de la droite. Je parle de la série d’Arte intitulée No Man’s Land, diffusée en novembre 2020. Arte a commandé cette série de 8 épisodes avec Félix Moati dans le rôle titre, avec Mélanie Thierry dans le rôle de sa sœur et avec entre autres Souheila Yacoub. Mais le casting est international : ça parle kurde, ça parle arabe et ça parle anglais avec James Purefoy dans un rôle louche qui lui correspond bien.

            Antoine, un jeune parisien de bonne famille reconnaît dans une vidéo d’une explosion en Syrie sa sœur, Anna. Problème : elle a disparu dans un attentat terroriste au Caire un peu avant. Il est alors convaincu qu’elle combat parmi les forces kurdes et se lance donc à sa recherche, pour se retrouver rapidement en Syrie entre les kurdes, Daech et des agents secrets qui sont pas contre flinguer Daech mais peut-être pas trop tôt non plus.

            La bande-annonce ci-dessus dessert la série. On n’est pas dans ce côté mélodramatique sous-entendu. Au contraire, on a une intrigue de la sœur disparue qui rapidement devient secondaire et un prétexte. La série brosse un portrait[1] d’une guerre en cours, aux frontières de la Turquie, entre des kurdes inexistants qui se débrouillent pour se battre, et un État islamique qui n’est pas en reste et qui conquiert alors, en 2014 (époque de la série) de nombreux territoires. La série parle des gens qui rejoignent les deux camps pour s’engager, que ce soit côté Daech ou côté kurde. Et les deux camps s’affrontent jusqu’à ce que Daech mette un coup de pied aux Kurdes, sans que ceux-ci ne se laissent faire toutefois, le tout saupoudré par des services secrets qui aimeraient en savoir un peu plus.

Je vous ai déjà parlé de bordel incompréhensible ?

            Nous n’avons ici pas une approche qui privilégie le socio-économique ou le géopolitique : nous ne sommes pas dans une matinale de France Inter[2]. On se demande ce que chaque personnage va faire là-bas et comment il y est arrivé. Pour Antoine, on le sait assez vite (c’est le pitch de départ, je le dis des fois que vous ayez loupé le début de ce billet). Pour les autres, on le découvre petit à petit et l’on comprend comment on en vient à s’engager pour Daech ou pour les Kurdes, sans jamais avoir de morale occidentale ou de caricature. Les réalisateurs ne tentent pas d’adopter un point de vue qui n’est pas le leur, ce qui leur évite de se tromper.

            Certains critiqueront ici le jeu de Félix Moati, qui a parfois tendance à ouvrir beaucoup les yeux ronds, façon Claire Danes dans Homeland, ou de Mélanie Thierry qui est considérée comme surjouant. Je peux comprendre pourquoi on dit cela pour Moati mais pas pour Thierry qui, telle une fronde, cingle parfaitement chaque réplique tellement le personnage est bien campé.
James Purefoy a un rôle d’agent secret qui lui sied à merveille et qui, même s’il nous fait du James Purefoy, correspond assez à ce personnage british mais un peu bourru. Souheila Yacoub est une révélation et nous donne envie de venir la rejoindre et combattre à ses côté. Enfin, James Floyd dans le rôle de l’anglais est parfait.

            Enfin, les décors de guerre sont assez bien faits, bien que tournés dans le Haut-Atlas et non en Syrie (sans déconner, ils ont pas tourné sur place les gars ?!). On s’y croirait – chose facile, me direz-vous, puisque je n’ai jamais mis les pieds en Syrie. Ce n’est pas prévu pour bientôt car le tourisme dans ce coin-là me tente moins depuis quelques années.  Comme les langues sont variées (français, kurde, arabe, anglais), on est bien plongé dans cette guerre aux multiples facettes.  Toujours est-il que ces huit épisodes se regardent assez facilement au final et qu’on trouve presque cela trop court, même si ce format court est ce qui évite un manque de rythme, frôlé dans les deux premiers épisodes de la série. Je ne peux que donc, à l’instar de The State que je vous avais conseillée il y a quelques années de cela[3], que vous conseiller cette série qui occupera vos dimanches dépressifs sur le canapé. N’y voyez pas là une raison de vous engager mais juste une occasion de passer le temps et de comprendre pourquoi on se bat et que, même si ne plus avoir de marshmallows à mettre dans le chocolat, c’est relou, il y a des endroits où l’on se bat pour la liberté de penser et que des gens meurent pour cela.

            Et ne sachant pas comment conclure ce billet, je vous propose d’écouter It’s raining tacos. C’est l’incarnation de la liberté d’expression génocidaire de nos oreilles.  Mais au moins,  ici, on a le droit d’écouter de la musique contrairement à d’autres endroits où les libertés n’existent pas.  On aime, on déteste, mais au moins, la liberté de penser est là. Et si vous l’avez dans la tronche toute la semaine, vous me remercierez, et penserez ainsi à aller voir No Man’s Land à la place.

À bientôt !

July


[1]On en parle, de l’expression brosser le portrait ? J’imagine un gars au Louvre en train de sortir la brosse pour la Joconde, moi… Ou la galerie Médicis, c’est selon qu’on soit royaliste ou de gauche.

[2]Je cite une radio publique car je ne nommerai pas des radios d’extrême-droite se venant du sud ou des radios anciennement luxembourgeoises ou se prétendant européennes qui donnent la paroles à des personnes nocives pour la démocratie, tant dans leurs paroles que dans leurs actes.

[3]https://juneandcie.com/2017/10/26/et-si-on-regardait-the-state-ou-pas/, consulté le 8 novembre 2021

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

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