Les séries : le nouveau cinéma des réalisateurs ?

Le magazine Sofilm n°31 nous a délivré un dossier très intéressant coordonné par Jean-Vic Chapus sur ces réalisateurs méconnus qui font leur cinéma dans les séries. Petite synthèse rapide.

A l’inverse du cinéma, la télévision a souvent fait la part belle aux scénaristes, au détriment des réalisateurs, frustrés dans leurs initiatives artistiques.

Cantonnés au simple rôle travailler vite, filmer les scènes en une seule prise (dixit James Foley, réal House of Cards), certains se sont détournés de ce type d’emploi.

Mais aujourd’hui, la télévision a opéré sa révolution. Comme l’explique avec pertinence Lesli Linka Glatter (réal Homeland) :

En quelques années, nous sommes passés d’une télévision qui donne les clés de ses programmes aux auteurs de série à une télé qui sait que la vision d’un auteur de série sera encore plus complète s’il s’entoure de bons réalisateurs pour le retranscrire parfaitement.

En quelques lignes, tout est résumé.

Mais le pourquoi d’une telle mutation ?

Difficile de déceler exactement tous les facteurs. On peut néanmoins avancer sans trop prendre le risque de se tromper:

– Une certaine exigence de la part du public qui adhère à ces séries qui gagnent en qualité et les plébiscite.

– Un changement de statut de la télévision qui, avec l’évolution technologique et les chaînes payantes ou spécialisées ( Canal +, NetFlix) portées sur de meilleures productions, perd cette connotation seconde zone.

 Rien que le fait qu’on ne considère plus la télévision comme l’enfant bâtard ou boiteux de la famille cinéma, ça change les choses. souligne Allen Coulter ( réal Les Sopranos)

Un changement de regard. Une réflexion artistique et sociologique en somme.

Et des pionniers exigeants arrivés au bon moment comme David Fincher et James Foley qui ont su initier le miracle.

Affiche
Source Allocine. Coypright @NetFlix

De fait, si les contraintes techniques restent les mêmes (rapidité de tournage, limites du timing de l’épisode, budget) les conditions s’améliorent pour ces réalisateurs talentueux qui peuvent désormais s’exprimer.

Pourtant, on peut se poser la question: pourquoi passer du cinéma à la télévision ?

L’argument financier est, qu’on l’admette ou non, un point essentiel. Les tarifs proposés, en particulier par certaines grosses chaînes du câble, sont attractifs et permettent un revenu plus régulier.

L’autre raison, Allen Coulter la résume simplement  :

Nous sommes restés à la télévision parce que les meilleurs scripts et les meilleurs auteurs étaient tous en train d’y émerger. 

Ça c’est dit. Argument massue s’il en est.

Et puis il y a le format. Restreint sur un épisode certes. Mais comme le souligne avec pertinence Ted Sarandos, patron des acquisitions de NetFlix (qui je vous l’accorde prêche pour sa paroisse), il est quand même tentant pour un réalisateur de pouvoir développer une histoire sur 13h au total, plutôt que sur 1h30. Effectivement, force est de constater que ça laisse plus de possibilités.

Ajoutons à cela le fait, qu’attirés justement par la qualité des nouveaux projets, des acteurs de talent n’hésitent pas à se prêter au jeu de la télévision, ou reviennent simplement là où ils ont commencés: Kevin Spacey (House of Cards), Martin Freeman (Fargo, Sherlock), Billy Bob Thornton (Fargo), James Gandolfini (les Sopranos). Pour ne citer qu’eux.

Photo Martin Freeman
Martin Freeman dans Fargo. Source Allocine. Copyright © Chris Large/FX
Photo Billy Bob Thornton
Billy Bob Thornton dans FArgo. Source Allocine. Copyright © Chris Large/FX

Cette évolution/révolution fait boule de neige puisqu’elle attire de plus en plus en réalisateurs connus et reconnus qui voient là un nouveau terrain de jeu qui leur désormais réellement ouvert et un opportunité de réinventer la télévision en faisant du cinéma: Le duo Wachowski (Sense8), Baz Luhrmann (En projet sur the Get Down pour sortie 2016) entre autres.

Affiche
Source Allocine. Coyright @NetFlix

Parmi les petits nouveaux talentueux qui eux ont su profiter du changement pour se faire leur place, on trouve Phil Abraham, qui en sus d’être aux commandes de Daredevil, assure 5/6 tournages par an dont les très prisés Master of Sex et Orange is the new black. Ce prestigieux inconnu a su imposer sa vision sur Daredevil et ça a été payant autant pour lui que pour la série.

Photo Danielle Brooks, Dascha Polanco, Kate Mulgrew, Laura Prepon, Laverne Cox
Orange is the new black. Source Allocine. @NetFlix

Quelle meilleure preuve de la place qu’ont désormais gagné les réalisateurs de série ?!

Cette évolution est donc un gage de qualité et une source de créativité, entre des productions revalorisées avec des budgets plus conséquents, des réalisateurs qui trouvent une liberté d’expression et des castings de choix.

Et les showrunners qu’ont-ils à y gagner ?

C’est Colin Bucksey ( réal Miami Vice, Numb3rs, Breaking Bad, Better call Saul, Fargo) qui, avec la sagesse du vétéran, nous donne une ébauche de réponse :

Un bon réalisateur à la télé c’est quelqu’un qui sait compléter la vision de l’auteur. Tout sauf un franc-tireur. Le franc-tireur, quoiqu’on en dise, on le dégage vite dans ce milieu.

Cette nouvelle diversité permet donc aux scénaristes de trouver des réalisateurs de talent qui leur ressemblent et sauront compléter leur vision.

Il semblerait donc que tout le monde ait à y gagner. Et on connaîtra tout autant le nom de ceux qui font les séries que de ceux qui les écrivent. Mais au final ceux qui vont le plus y gagner ce sont nous, téléspectateurs, à qui cela promet de belles années télé.

Reste à savoir, qui, du petit ou du grand écran, saura maintenant faire la différence…

Pour lire le dossier complet, car très honnêtement je n’ai pu synthétiser que succinctement l’article principal, je vous redonne les références:

Magazine Sofilm n# 31. Juin  2015. Dossier Qui fait les séries ?Rencontre avec les réalisateurs qui imposent leur style à la télé. Dossier coordonné par Jean-Vic Chapus. Articles Jean-Vic Chapus, François Cau, Matthieu Rostac, Benoit Marchisio, Fernando Ganzo, Amelia Dolah.

N’hésitez pas à casser votre tirelire (4.90€, ça vous fera un paquet de Haribo de moins) pour acheter ce numéro. C’est un très bon dossier.

Pour en savoir plus sur le magazine (Hé non! Je ne travaille pas pour eux. Hélas ?!)  c’est par ici => So Film

4 commentaires

  1. Et accessoirement, le cinéma étant de plus en plus une histoire de gros sous, il est devenu très difficile d’y avoir un tant soit peu de liberté artistique. Le but étant plutôt de produire des trucs sans risque, validés par les publics tests, donc insipides et prévisibles pour la plupart.

    Aimé par 1 personne

  2. Argument financier, liberté artistique, possibilité de développer l’intrigue sur des formats plus longs (imaginons GoT…..en film? impossible – déjà qu’en série, il y a eu des coupes dans les livres – et de même pour tant de romans passés à l’écran, avec + ou – de bonheur : The Expanse, The magicians (même si le résultat est merdique – je le dirais demain à son auteur aux Utos, tiens..;^^), The Mortal Instruments (Shadowhunters); Shanarra; OITNB (et oui, c’est un roman); etc, etc…..
    Si Gemmell devait être adapté aujourd’hui, ce serait sous forme de série et non de film….(idem tant d’autres..)

    Aimé par 1 personne

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