Have you met… Daniel ?

Non pas Daniel Craig

Désolée pour la petite feinte mais toujours pas hein !

Je précise, car malgré la photo de présentation, j’entendais déjà le choeur des soupirs d’espoir.

En particulier du côté de The Cinesphère qui nous a signé il y a peu un très bel article sur la sortie de Spectre.

Daniel Pennac.

Juste Daniel Pennac.

Enfin juste… Cet homme-là c’est quand même toute une aventure littéraire.

French writer Daniel Pennac poses before the French literary TV show "Au field de la nuit" in December 6, 2012 in Le Pre-Saint-Gervais.   AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK        (Photo credit should read PATRICK KOVARIK/AFP/Getty Images)
PATRICK KOVARIK/AFP/Getty Images)
  • Fiche signalétique

Profession: Auteur et scénariste

Né le :  1er décembre 1944 (Casablanca)

Nationalité : française

Signes distinctifs : Fait partie des rares hommes à avoir officiellement gardé son âme d’enfant. Charmeur de lecteur. Toujours avec le sourire.

  • « Vous avez un vice rare, Malaussène, vous compatissez. »

En 1985, en parallèle de son métier de professeur, cet ancien cancre initie ses lecteurs à la vie de la Famille Malaussène.

Source Decitre.fr

Je suis trop petite encore. Je ferais sa connaissance bien plus tard.

Et mes aïeux ! Quelle rencontre !

Pennac parlait ma langue, vivait dans un univers aussi fantasque que mon celui de mon cerveau de mioche, mélangeait la comédie au polar et mêlait les fines références avec les punchlines imagées.

La nullité ça se paie Malaussène, comme le reste ! Plus que le reste.

In Au bonheur des Ogres.

Toute la vie et les saveurs de ce Belleville inconnu, roulaient entre mes mains à travers les pages pour mieux m’entraîner dans ce récit loufoque.

Déroulant la saga de cette famille improbable dont chaque volume s’enrichissait d’une rejeton supplémentaire, Pennac m’a offert ainsi des heures et des heures de folles aventures où le rebondissement le plus inattendu se pointait avec l’évidence du nez au milieu de la figure.

Tiens d’ailleurs petit quizz, saurez-vous classer  les titres de la Saga Malaussène dans l’ordre ?

Réponse dans le diaporama ci-dessous.

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Ce qui fait le charme de Pennac c’est en partie ce talent à savoir mélanger tant d’ingrédients différents dans un seul roman.

On croirait un chaudron de sorcière : un touche de polar noir, trois poils de références philosophiques, une cuillère de romance, assaisonnez d’un peu d’incongru, de beaucoup de suspens, ajoutez une boite de comédie, une pincée de portrait social, saupoudrez d’empathie et de beaucoup d’humour. Mélangez avec talent.

Mais c’est surtout son incroyable don de conteur qui donne vie à une galerie de personnages singuliers, parfois absurdes, toujours attachants.

Ah cette image du Commissaire Divisionnaire Coudrier, dans le feutré de son bureau  Empire avec son service à café marqué du « N » impérial.

« Merci Elisabeth. »

Toute une ambiance. On sentirait presque le fumet du café noir à en dissoudre la soucoupe.

Dans toute la largeur de son sourire et la légèreté de sa plume vivace et taquine, l’écriture de Pennac respire l’humanité. C’est ce qui la rend si douce, si familière au lecteur.

Daniel Pennac
Source listal.com

On aime à se blottir au creux de ses mots.  Se laisser emporter par sa voix et qu’il nous surprenne encore.

Car, oui au creux de ses livres, Pennac a « une voix ».

Un quelque chose qui fait que son récit a une saveur singulière. Semblable à aucun autre. Ni pire, ni étonnamment meilleur. Juste personnel. C’est au-delà du style.

  • « Les enfants sont des cons, comme les anges. »

Hé oui ! C’est un fait.

Car les enfants sont innocents. Candides. Naïfs.

Ils croient à l’impossible, à la magie, à la Fée Clochette, à Mary Poppins et au Père Noël.

Des truffes en puissance, pensons-nous de toute notre hauteur d’adulte raisonnable.

On a du oublier combien c’était bon…

C’est peut-être justement parce que les enfants dans leur vision du monde ont la spontanéité de l’innocence que Pennac aime à s’employer à les expliquer aux adultes.

décrypter avec humour les rouages de ces petites têtes, qui elles, n’ont pas la goutte à l’imaginative… Histoire de mieux ramener tous ces gens raisonnables au niveau de l’enfant.

Et comprendre au passage les blocages, les échecs scolaires. Quitte à tacler en douceur pour mieux la secouer la lourde machine éducative .

On n’y peut rien.

– Parfait. Qu’est-ce-que ce « y » d’après toi ?

-Je ne sais pas.

– Eh bien, mes bons amis, il faut absolument qu’on trouve ce qu’il veut dire, ce « y », sinon nous sommes tous foutus.

In Chagrin d’école. p190

Entre Chagrin d’Ecole et Comme un roman, au milieu d’une flopée d’essais, d’albums illustrés, de romans, il signe Messieurs les Enfants. 

Sujet :
Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants.
Racontez la suite.

Messieurs les Enfants, 4ème de couv.

Vous souvenez-vous, quand vous étiez petits, de cette capacité que vous aviez d’inventer des trucs abracadabrants et de les raconter avec force conviction à vos copains ou vos parents ?

Cela doit être un pouvoir magique que l’on perd en grandissant.

En grandissant l’imagination devient du mensonge.

Daniel Pennac doit avoir quelque chose du magicien, entre Dumbledore et Gandalf, car ce pouvoir là, il a su le conserver en lui.

Dans son écriture, on sent son imaginaire qui s’émerveille et qui pétille.

Comme une bulle de Diabolo menthe.

Le plaisir d’un peu de Nutella qu’on lèche le bout du doigt.

Le fou-rire qui chatouille le ventre quand on est cachés.

De ses années de cancre et son expérience de professeur ont fait de lui un auteur qui aime aller chercher l’enfant qui sommeille dans ses lecteurs.

Il est quelque chose dans son écriture qui réconcilie l’adulte que nous sommes avec l’enfant que nous serons toujours.

Nota pour ceux qui avaient déjà lu mon article sur ce livre (cf lien plus haut), vous remarquerez que je m’auto-cite ici. La classe. Non c’est juste que, tout bien pesé, je ne vois pas comment le dire mieux…

  • « Mon amie d’encre, d’aquarelle et de papier »

Comme tous ceux qui continuent d’écouter l’enfant qui rigole en eux, Daniel Pennac n’aime pas perdre les amis qui l’ont accompagnés. Fussent-ils des amis de papier…

Quoi de plus normal après tout ?

On est tous le lecteur de quelqu’un et on est toujours dépité qu’un de nos confidents à volumes multiples déserte nos rayonnages. Laissant ainsi lâchement vide la place qu’on avait réservé à son prochain opus, pour aller baguenauder dans les nuages.

Son amie d’encre, d’aquarelle et de papier s’appelait Gabrielle Vincent. C’était le crayon derrière les délicates aventures d’Ernest et Célestine.

Source Amazon

Pennac, tombé sous le charme de ses dessins, avait noué avec elle une amitié exclusivement épistolaire.

« Et c’est pour qu’on se souvienne de mon amie jamais vue, jamais entendue, mon amie d’encre d’aquarelle et de papier que j’ai, moi, raconté cette histoire »

Cette histoire c’est le Roman d’Ernest et Célestine. 

Copyright Editions Casterman

Pour tous ceux qui ont grandi (comme moi) avec les albums de Gabrielle Vincent c’était assurément un des plus touchants hommages qu’il pouvait lui rendre.

Leur longue amitié d’encre et de papier lui offrait le délicat privilège d’être le seul à pouvoir le faire au mieux.

Il existe une adaptation cinématographique dont vous trouverez le making-off en blog amusant ici.

Mais n’hésitez pas à lire le roman. Ce n’est pas un plaisir réservé qu’aux enfants…

  • « On ne force pas une curiosité, on l’éveille. »

Daniel Pennac est un merveilleux auteur qui comprend ses lecteurs.

Peut-être parce qu’il en est un lui-même…

Peut-être parce que sa carrière de cancre/professeur l’a rendu plus attentif ou pédagogique que d’autres.

Aussi a-t-il fait une chose audacieuse : il a donné des droits au lecteur, le libérant de l’obligation de soumission à un style ou une façon de lire.

« 1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n’importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n’importe où.
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire. »

In Comme un roman.

Droits imprescriptibles je vous prie !

Bernard Werber disait dans Les Fourmis:

« Il faut savoir penser autrement. »

Alors, je dirais que Pennac c’est tout simplement l’homme qui pense les livres autrement.

12 commentaires

  1. Bon ben moi je boude, je voulais Daniel Craig. 😛
    Déjà que je suis allée devantl e Grand Rex en espérant le voir au tapis rouge et que les rangées de gens avec appareils photo, tablette et escabeaux (!) ne m’ont pas permis de voir plus qu’un bout de cheveux et une nuque entre deux têtes…

    Aimé par 1 personne

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