Et si on regardait… La Garçonne ? (ou pas !)

Pour ce début d’automne, July décide de nous plonger dans l’ambiance virevoltante des années folles. Bienvenue donc dans le Paris des années 1920 avec la Garçonne, une série policière où visiblement seuls le décorum et l’ambiance ont eu du budget. Allez July, racontes-nous donc tout ça !


À l’heure où les questions de genre se posent dans notre société, France 2 nous sort une série du chapeau avec Laura Smet et Grégory Fitoussi intitulé La Garçonne. Cela fut diffusée en 3 soirées de 2 épisodes sur France 2 fin août-début septembre et j’ai suivi pour vous les intrigues de Louise Kerlac, témoin du meurtre d’un ami de son père. Les tueurs étant des agents de l’État, elle doit se cacher pour se protéger, et décide d’endosser l’identité de son frère jumeau, convoqué pour être inspecteur de police au sortir de la Grande Guerre. Dans ses enquêtes, elle rencontre Roman Ketoff, un journaliste qui lui file des tuyaux mais qui obtient de quoi nourrir ses articles en échange.

La série historique a tendance à bien marcher en France. Je pense que France Télévisions a voulu frapper fort pour concurrencer TF1 dès la rentrée. Depuis Downton Abbey en passant par Babylon Berlin et Peaky Blinders[1], les années folles de l’entre-deux-guerres sont à la mode depuis quelques années (moins folles) dans le paysage audiovisuel. France 2 s’y met et on voit donc des personnages tout droits sortis de 1919, avec des taxis, des soirées aussi folles que les années, on a mis le paquet sur les décors. On se sent projeté dans ce Paris de 1919 car les voitures plus que centenaires brillent sous le soleil de la capitale.

Grosse ambiance donc, mais c’est tout. Laura Smet se débat comme elle peut dans ce traquenard avec des rebondissements aussi prévisibles que l’issue de la chute d’un verre en cristal. J’ai beau avoir l’esprit ouvert, j’ai eu du mal à croire que Louise déguisée en homme puisse passer aussi incognito qu’un éléphant avec des lunettes de soleil[2]. Laura Smet a du mal à camper son personnage bicéphale, voire tricéphale quand elle se fait passer pour Giselle la nuit afin de servir son enquête et elle pourrait effectivement passer pour un homme de loin, la nuit à contre-jour. Les face-à-face entre Ketoff et Giselle, qui ne reconnaît pas Kerlac, alors que Laura Smet, elle, n’a pas changé et n’est pas si différente que ça en homme.

À cela s’ajoutent des erreurs de montage : la musique de Mokadelic (connu notamment pour avoir fait la musique de Gomorra) paraît claire mais dans la même scène, les dialogues sont comme étouffés. Parfois, la musique prend le pas sur des dialogues incongrus : je ne pense pas qu’on disait « t’es chiante » dans les années 1920. Et les pauvres Smet et Fitoussi cherchent à se débattre dans cet océan d’incohérences. On avait déjà vu des incohérences : Fantômas (pas ceux avec Louis de Funès, mais lisez les romans !), Arsène Lupin… Mais là, alors qu’elle est supposée passer incognito en Kerlac, au bout du quatrième épisode sur les 6, tous les personnages secondaires se retrouvent dans la confidence et savent que Kerlac est en fait une femme. Le fil rouge se perd dans des sous-intrigues ou des histoires d’amour inutiles poussant jusqu’à un épilogue fouillis qui donne une impression d’inachevé, voire parfois de bâclé. Ça part comme un pet sur une toile cirée et c’est irrattrapable derrière, laissant en nous l’idée que les créateurs ont monté ça après un déjeuner au restaurant sur un coin de serviette en papier, sans approfondir.

Au final, j’ai regardé cette série par curiosité mais je fus rapidement déçu. Sachant qu’il y avait 6 épisodes uniquement j’ai poussé jusqu’au bout mais j’ai perdu 300 minutes de ma vie que j’aurais pu consacrer à regarder une autre série, comme Peaky Blinders ou Babylon Berlin. Quoique TF1 diffusant Grand Hôtel, y’a peut-être de quoi faire une chronique pour la prochaine fois… On verra. En attendant, une saison 2 n’est pas prévue, et vue les économies demandées à France Télévisions pour ces prochaines années[3], il n’est peut-être pas inutile d’économiser notre redevance afin de la mettre dans des fictions dignes de ce nom. Il semblerait que des fictions historiques sur Voltaire ou De Gaulle soient en projet[4]… Espérons que ces fictions seront crédibles. 

July


[1] D’ailleurs, si vous avez un avis sur Peaky Blinders ou Babylon Berlin, je suis preneur : attiré par ces séries, je n’ai jamais franchi le pas du visionnage ; cela vaut-il le coup ? Pourquoi ? Oui, je sais, j’ai des failles. Un mythe s’écroule. Mais depuis le visionnage de Gossip Girl je ne suis plus le même homme. Hein June ? Oui, ça fait 10 ans que j’ai vu ça, ET ALORS ?

[2] Ben oui, on n’a jamais vu un éléphant avec des lunettes de soleil, c’est donc qu’il passe incognito !

[3] https://www.challenges.fr/media/les-francais-ont-besoin-de-reperes-affirme-delphine-ernotte_725006, consulté le 28 septembre 2020.

[4] Idem.

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

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