Paul Newman : les yeux dans les yeux

Le 02 novembre dernier paraissait aux Editions de La Table Ronde, cette traduction de l’autobiographie de Paul Newman, joliment intitulée Paul Newman, la vie extraordinaire d’un homme ordinaire.

Un véritable trésor pour tout cinéphile amoureux de la filmographie de Paul Newman ou de cette période si particulière du cinéma américain.

Pourtant, entre ces pages où se l’on croise entre autres James Dean, Tom Cruise ou Steve McQueen, ce ne sont pas les échos des coulisses de tournage que l’on retient. Ce qui nous frappe c’est l’honnêteté brute et profonde d’un homme qui se met à nu.

Un portrait sans concession bien plus sincère que les Confessions d’un certain Jean-Jacques Rousseau qui avait pourtant juré de dire la vérité, rien que la vérité.

En 1986, Paul Newman a 61 ans et reçoit un Oscar d’honneur pour sa carrière. Il décide alors de rédiger sa biographie, avec l’aide de son vieil ami le scénariste Stewart Stern, afin de :

laisser une trace qui rétablisse la vérité, qui perce toute la mythologie accumulée autour de moi, détruise quelques légendes et tienne les requins à distance. Un témoignage un tant soit peu fiable du temps que j’ai passé sur Terre.

Un témoignage précieux que sa fille Mélissa nomme avec justesse cette encyclopédie de ses réflexions et motivations, de ses contradictions… de son bagage ,qui permet de comprendre pourquoi et comment Paul Newman devient celui qui en fait trop, ainsi qu’il le disait lui-même.

Dans sa démarche d’introspection il ne s’épargne rien, de son alcoolisme à l’échec adultère de son premier mariage, en passant par sa culpabilité dans l’overdose de son fils Scott.

D’entrée de jeu, il percute le lecteur en évoquant le mariage sans amour de ses parents et la relation toxique avec sa mère. A la page 19 on en est déjà KO debout face à la citation :

Or il se trouve que ce livre est simplement l’histoire d’un petit garçon devenu un ornement pour sa mère, un ornement du foyer, admiré pour sa seule nature ornementale. S’il avait été laid, sa mère ne lui aurait même pas adressé la parole. S’il avait été boiteux, s’il avait eu la paupière tombante, elle n’aurait réconforté ce petit invalide que pour satisfaire son propre besoin de se sentir réconfortante, en toute indifférence à l’enfant.

N’allez pas croire que l’acteur se cache ici derrière ses traumatismes d’enfance. Il ne donne là qu’une explication à cette froideur, à cette réserve, à cette distance, qu’on lui a souvent reproché.
C’est aussi une façon d’analyser sa relation à ce physique qui en imposait tant et au regard des autres.

Pour le reste, mêlant intégrité et pudeur, il dévoile ses failles, ses erreurs, ses échecs, ses beuveries sans nom à l’armée comme son sentiment d’imposture face à ses premiers succès sur scène. Ce sentiment étrange d’enfin réussir quelque chose lui qui ne se voyait que bon à rien.

Derrière l’acteur au talent incontesté, derrière ce regard iconique, on découvre la faille, celui qui ne pensait pas mériter les éloges, l’insécurité latente, l’homme qui se servait de l’alcool pour débloquer ses rouages intérieurs mais aussi celui des convictions et des combats.
Pas d’enjolivures, de circonvolutions, c’est une vérité brute comme un verre de whisky que l’on nous sert, fidèle au caractère de l’homme qui parle.

En miroir du récit autobiographique de Paul Newman, Stewart Stern fait intervenir les témoignages de proches, d’amis, de camarades, de collègues, qui apportent parfois un point de vue diamétralement opposé. Et là Paul confesse l’hésitation, le doute, le dilemme intérieur, les regards extérieurs témoignent d’un acteur sûr de lui, au talent inné.

Rétablir la vérité est la raison d’être de ce livre et Paul Newman n’en dérogera pas. Si à sa mort en 2008, à quatre-vingt-trois ans, l’ouvrage n’est pas assemblé, les enregistrements et les témoignages collectés par Stewart Stern permettront de le finaliser, conformément à la volonté de Paul et à ses désirs.

Et il est troublant d’entendre sa voix vibrer entre les pages avec cette sincérité à vif lorsqu’il se raconte. Passant outre l’image de cinéma, le lecteur se retrouve soudainement à écouter Paul Newman les yeux dans les yeux.

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