Quand le fandom s’emballe

Il y a des jours où les fandoms parviennent à me couper la chique. A me faire dresser les poils des bras.

Mais de façon jubilatoire.

La vidéo que je vais vous présenter ici a été publiée en mai 2014, après la diffusion de la saison 3 de Sherlock. Ce que ces fans russes sont parvenus à monter entre janvier et mai est juste impressionnant.

Je vous laisse apprécier et on en reparle plus bas.

Quel talent et quelle inventivité a-t-fallu à la chorégraphe/danseuse Daria Volkova pour imaginer ce résumé en danse et en musique des trois saisons de Sherlock !

Personnellement ça me donne le frisson à chaque fois.

Tout y est : les personnages essentiels, les moments clés des différentes saisons, les répliques cultes et les morceaux de la bande originale évidemment.

Le tout assemblée avec pertinence et finesse, mêlant au passage quelques musiques actuelles pour le tempo.

Notons aussi l’ingéniosité d’avoir mélangé en audio les répliques en russe et en anglais pour avoir les voix originales et la compréhension du public.

Et comment ne pas saluer la discipline et la coordination des plus de 200 fans impliqués pendant ces trois mois de travail !

Mais au delà de ça, pourquoi partager cette vidéo avec vous ?

Et oui, vous commencez à me connaitre, j’ai toujours plus ou moins une idée derrière la tête. 

La semaine passée, j’ai longuement disserté sur les côtés négatifs et positifs de la définition du fan et des distinctions à opérer.

Cette semaine, je voulais mettre en avant les aspects intrinsèquement positifs du fandom.
Et ceci en est un excellent exemple. C’est une belle démonstration de la force d’émulation et de créativité que peut avoir une série.

Une telle énergie, une telle unité, une telle volonté, une telle discipline mise au service d’un seul objectif avéré : dire merci.

Et je n’extrapole pas, voici le message qui accompagne la vidéo:

 » We have made this DanceMob for those people, who have been creating Sherlock. For all showrunners, producers, directors, actors, scriptwriters, editors and of course for all fans around the world.

We hope that you’ll like it!

Thank you that you have united us!
Thank you for modern Sherlock Holmes stories!
Thank you for your great imagination!

We hope to see new series soon. » Daria  Volkova

Dire merci de leur avoir permis de se trouver autour de la série.

Dire merci pour l’excellence d’une série.

Rendre ce qui a été donné par le petit écran via un autre biais.

N’est-ce-pas à la fois stupéfiant et magique ?

C’est là que se situe le pouvoir du fandom. Cette inexplicable émulation qui stimule sa cohésion, son énergie et sa créativité. Il est à la fois fascinant et effrayant quand on imagine les possibilités que cela implique.

L’exemple que nous avons ici implique plus de 200 personnes. Parfaitement coordonnées. D’accord ils sont russes et en Russie la discipline semble couler dans le sang.

Mais imaginez, imaginez un peu une telle énergie, une telle unité décuplée par les milliers (millions ?) de fans autour du monde. Ça donne le vertige, non ?

Alors bien sûr, nous nous attardons ici sur un exemple particulier. Pourtant il faut considérer le flot de production artistique qui émane des fandoms: dessins, fanfictions, montages vidéos, bandes dessinées, montages musicaux…

Bien sûr c’est parfois de plus ou moins bon goût. Mais le fait est que cette émulation positive est indéniable, j’oserais même dire saine, puisqu’elle conduit parfois certains à trouver leur voie professionnelle.

Sur le sujet des fanfictions, Steven Moffat disait d’ailleurs durant la convention Sherlocked:

« I think fan fiction, or as it should be called, ‘Fiction’, is a wonderful thing and a brilliant way to start and continue writing, because it’s not self indulgent in any way. Oddly enough, it’s the opposite of self-indulgent. You’re writing this, generally speaking, fan fiction for other people. You’re trying to entertain someone. You’re actively engaging in the business of storytelling. You will learn more from writing fan fiction or doing fan art, any of those things; you will learn more from doing that well, than you will from any writing course you go on. Because writing fiction of that kind is the job. It’s not like the job; it IS the job. »

« Writing is not defined by whether or not you have successfully monetised it, although successfully monetising it is ace, it’s defined by whether or not you’ve written or created something people want and like. It is a brilliant and wonderful thing, and it is a joy to be involved in something that promotes and creates so much of it. » Steven Moffat, Sherlocked, 26 avril 2015

Transcription du panel Sherlockology ( Sherlockology

Tous les fandoms ont leur part d’ombre. Une telle focalisation sur un objet défini, ne peut pas aller sans dérives.

Néanmoins, quand on considère certains exemples, on en vient à se dire, qu’outre le lien social, la part bénéfique qu’ils apportent justifie leur influence. Ne serait-ce que parce que certains parviennent en leur sein à assumer qui ils sont et à développer leurs dons.

C’est là que j’ouvre le débat sur Fifty Shades of  Grey… Hmmm, non je vais me retenir. Trop dangereux. Trop polémique. Trop. Voilà ça résume le truc. Trop. J’ai du mal avec le livre. Avec le concept. Avec le film. 

Cela conforte la thèse que j’exposais la semaine dernière que les fandoms ne sont pas des réunions d’hystériques en transe, avec un oedipe non résolu et bons pour une séance chez le psy. Certes, je persiste dans l’idée qu’il y a des distinctions à opérer.

Mais… le fandom peut avoir ce petit quelque chose d’extraordinaire, d’inexplicable et de lumineux. Une forme de synergie qui lui propre. Et si certains showrunners sont avant tout des fans, alors il serait temps d’admettre qu’être fan ça peut aussi être une façon positive de se trouver.

« I take it very seriously and I get very cross when people say I’ve mocked it. I would never do that as of anyone who has ever lived, I am the man who writes fan fiction for a living! » Steven Moffat, Sherlocked, 26 avril 2015