Freaky Friday n°4 : Back to the 90s

La chronique de Linksthesun sur les classiques de Disney (cf Freaky Friday n°1) m’a permis de (re)découvrir la version originale de la chanson phare du dessin animé Aladdin, Ce rêve bleu.

Franchement je n’ai rien contre les traductions qui sont souvent un bel exercice de style chez Disney et l’analyse de Linksthesun l’explique mieux que moi. Mais ça

Ça claque drôlement plus que ça:

Déjà parce qu’on nous promet carrément un nouveau monde ! C’est quand même plus vendeur que juste un rêve, même bleu. L’idée d’un changement radical est beaucoup plus présente. Le fait de laisser le passé pour aller vers l’inconnu, découvrir quelque chose radicalement nouveau.

La version française donne la vision de quelque chose de plus éphémère, un rêve limité dans le temps. Même s’il y a un réel effort de traduction, ça reste aussi plus mièvre.

Entre ça

A whole new world
With new horizons to pursue
I’ll chase them anywhere
There’s time to spare
Let me share this whole new world with you

Et ça

Ce rêve bleu,
C’est partager nos deux printemps
Sur un tapis volant
Comme deux enfants
Innocents
Qui découvrent l’amour.

Comment dire ? Je reste sur la première option. De même, entre ceci

(Bryson : ) I can show you the world
Shining, shimmering, splendid
Tell me, princess–now, when did
You last let your heart decide ?

Et cela

Je vais t’offrir un monde
Aux mille et une splendeurs
Dis-moi princesse,

N’as-tu jamais laissé parler ton cœur ?

Entre parler et décider, il y a un monde. La décision est quand même plus synonyme d’un choix tranché.

Bon après il y a  la voix merveilleuse de Peabo Bryson.

Peabo Who ?

Et pourtant vous connaissez bien mieux ce monsieur que vous l’imaginez, puisqu’il a prêté sa voix à au moins deux chansons mythiques de Disney, A Whole New World. et Beauty and the Beast . Mais aussi pour l’anecdote au générique de la série Santa Barbara.

Il a beau avoir la coupe afro années 90 et la veste à épaulettes, quand Peabo entame le premier couplet pour proposer de voir le monde brillant, miroitant, resplendissant, je suis déjà sur le tapis !

En dehors de certaines nuances de sens dans les paroles (et encore une fois Linksthesun analyse ça très bien à travers différents exemples de Disney), l’interprétation y fait beaucoup.

Dans la version française, j’ai l’impression de patauger dans des émois pré-pubères en mode rébellion contre les parents. C’est mignon, c’est touchant mais c’est guimauve un peu quand même.

Alors que dans la version originale, il y a plus de tripes. Quand Peabo Bryson et Regina Belle se lancent, ça fiche le frisson. On va envie d’y croire. On ressent plus le chamboulement de la vraie histoire d’amour qui s’élance. Ce quelque chose de radicalement nouveau et de magique qui rompt avec le passé.

Il faut dire que Peabo pour amener l’émotion, il a le truc. Souvenez-vous.

L’interprétation de Céline Dion est jolie. C’est du Céline quoi. Mais quand Peabo arrive, ça donne une texture (je peux le dire comme ça ?) vocale merveilleuse.

Outre le fait que le noir et blanc et le costard ça lui donne une classe années 30 internationale à Peabo. 

La chanson prend réellement corps.

Je ne ferais pas l’insulte de comparer avec la reprise de 2002 Julie Zenatti et Patrick Fiori.

Rien que l’intro !

Copyright Calt production

Non là je suis désolée. C’est atroce !

La seule comparaison admissible en français sur cette chanson c’est celle-ci.

Ça, c’est de la jolie version française. Même si le sens n’est pas exactement pareil, on garde l’essence du texte.

La preuve

Tale as old as time
True as it can be
Barely even friends
Then somebody bends
Unexpectedly

Versus

Histoire éternelle, qu’on ne croit jamais,
De deux inconnus, qu’un geste imprévu, rapproche en secret…
Et soudain se pose, sur leurs cœurs en fête,
Un papillon rose, un rien pas grand chose, une fleur offerte….

On a l’idée commune d’une histoire ancienne, incroyable mais vraie entre deux personnes que quelque chose d’inexplicable rapproche. Voilà.

Et même si on va plus loin, ça reste cohérent:

Tale as old as time
Tune as old as song

Bittersweet and strange
Finding you can change
Learning you were wrong

Rien ne se ressemble, rien n’est plus pareil,
Mais… comment savoir la peur envolée que l’on s’est trompé…

Chanson éternelle, au refrain fâné,
C’est vrai c’est étrange, de voir comme on change, sans même y penser…

L’ordre n’est pas le même mais on retrouve la découverte de l’erreur, le changement et l’intemporalité de la chanson/ de l’histoire et la traduction du « Ever just the same, Ever a surprise. »

Et c’est joli, on peut l’écouter sans saigner des oreilles.

Oui non parce que dans la version reprise Zénatti/Fiori on zappe direct le rapprochement pour découvrir l’amour et on est figés/pétrifiés, paf pastèque !

Contes de toujours, des siècles passés. Deux cœurs étrangers, que tout a changé, découvrent l’amour
 Et le temps s’arrête, figé de bonheur, pétrifiant de peur deux âmes en fleur. La Belle et la Bête

Tout est différent et pourtant pareil. Quand le cœur s’éveille aux couleurs vermeilles d’un soleil naissant.

Alors je vous l’accorde, ils ont gardés le  » Ever just the same, Ever a surprise ». Et le lever de soleil.

Mais la suite :

 Tout est différent. Et pourtant pareil.
Quand le cœur s’éveille aux couleurs vermeilles d’un soleil naissant.

Contes de l’enfance, vieux comme un refrain.
Répétant sans fin, j’ai mis dans mon bain l’eau de l’évidence
Les rêves s’apprêtent à commencer là
Où pour toi et moi
Il était une fois la belle et la bête
pour toi et pour moi
Il était une fois

 La belle et la bête
 La belle et la bête

Alors je sais bien qu’il existe DEUX chansons en réalité,Tale as old as Time (celle de Mrs Samovar/ Mrs Potts) et Beauty and the Beast (thème final) qui se confondent puisqu’en anglais c’est la MÊME chanson avec juste les interprètes qui changent.

Mais, «  Répétant sans fin, j’ai mis dans mon bain, l’eau de l’évidence. »  ??

J’ai écouté trois fois pour être sûre. Le bain ? Ce bain ?

Mais bon sang ! Où sont-ils allés chercher ce couplet  WTF ?!

Surtout que bon, on passe d’un narrateur/interprète qui nous raconte l’histoire de la Belle et la Bête. A une chanson à la première personne (=> Je, Nous). L’erreur, le changement imperceptible, l’imprévu on s’assied dessus.

Mais bien sûr ! Allez-y ! Faites -vous plaisir ! Mettez-vous dans votre bain et noyez-vous dans les bulles !

Whoussaaaaaaa. Inspire par le nez, expire par où tu peux.

Donc le prochain qui me parle de cette reprise, je lui fais bouffer la VHS. Je ne suis pas violente. Mais l’eau du bain a fait déborder la coupe.

Et pour se rincer les oreilles (de l’eau du bain toujours !) la version originale solo de Mrs Potts (alias Angela Lansbury que vous connaissez bien. Si, Si. Allez chercher sur Google)