La Jeune fille à la perle

Tout comme pour Le Liseur de Bernhard Shlink, c’est le charme du film qui m’a amenée, il y a quelques années à lire le roman, La Jeune Fille à la Perle.

Le scénario d’Olivia Hetreed tout comme la réalisation de Peter Webber ont su reprendre avec brio les différents éléments esthétiques, historiques ou romanesques qui faisaient le succès de l’oeuvre de Tracy Chevalier.

Si cette dernière s’était appliquée par de multiples détails sociaux et historiques, à crédibiliser sa version romanesque des origines du chef d’oeuvre de Vermeer, le film a su à la fois respecter ces pré-requis et donner vie à ce mystérieux modèle grâce à l’interprétation de Scarlett Johansson.

On peut d’ailleurs que saluer ce choix de casting tout autant que le travail de réalisation, création maquillage et costumes quand on voit le résultat final.

La Jeune fille à la perle : Photo Peter Webber, Scarlett Johansson
Copyright : © D.R Source Allociné

Car, toute cette histoire ne tourne finalement qu’autour de l’aura d’un tableau. Mais quel tableau !

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La jeune fille à la perle. Johannes Vermeer. 1665. Huile sur toile. Localisation Mauritshuis, La Haye (Pays-Bas). Propriété Mauritshuis

C’est probablement la toile la plus populaire de Vermeer et l’une des plus troublantes aussi par l’impression de vie qu’elle dégage.

Le manque d’éléments pour identifier le modèle a laissé le champ libre à l’imagination de Tracy Chevalier pour en écrire l’histoire.

Avec une aisance déconcertante, l’auteur parvient à tisser les fils de cette relation silencieuse entre le maître et son modèle, entre le maître et la servante, tout en nous faisant ressentir le poids de l’écheveau social qui leur pèse dessus.

Dans cette Hollande du XVII ème siècle, cette relation singulière se forge dans un amour de l’art affleurant à la sensualité et dans une intimité innocente qui pourtant fait scandale.

Là où Griet pose un regard émerveillé naïf, car ignorant, sur ce autre monde que représentent les couleurs, les toiles, les reflets, Vermeer se partage entre étonnement de la sensibilité artistique de la jeune femme et le regard de la passion du peintre pour ce jeune modèle.

Il ne s’agit pas ici de passion amoureuse au sens propre du terme mais de passion artistique, esthétique. Il veut fixer la beauté qu’il perçoit chez Griet, la façon dont sa peau renvoie la lumière, la vie de son regard, la sensualité de ses lèvres.

Et d’une couleur à l’autre, leurs mondes si différents parviennent à se rencontrer dans l’atelier du maître. Sans que jamais cet amour ne se consomme, ni ne s’exprime par la parole.

La Jeune fille à la perle : Photo Colin Firth, Scarlett Johansson
Copyright : © D.R.

Page après page, c’est un subtil tableau que nous peint Tracy Chevalier, où le poids de l’ombre (séparation sociale, question religieuse, difficultés financières) le dispute aux couleurs (découverte de l’art, virtuosité du maître, naissance des sentiments).

On se prend à avoir envie de croire à cette version de l’histoire qui nous donnerait la clef de l’intensité du regard de cette Jeune fille à la perle. 

Entre le livre et le film s’établit une subtile symbiose, tant le second donne corps à ce que le premier avait fait naître avec tant de délicatesse.

Face à une Scarlett Johansson troublante de vérité, Colin Firth nous livre un Johannes Vermeer pris au piège de son époque, contraint à négocier entre son inspiration et ses besoins financiers, tout à la fois exigeant, dur et d’une sensibilité criante.

La Jeune fille à la perle : Affiche
Copyright : © Pathé Distribution

[Aparté :

Il faut dire que jouer les grands mutiques mystérieux, empêtrés dans les sentiments, c’est bien sa partition. On se souvient tous de cette scène dans Pride& Prejudices où il déclame d’un coup ses sentiments à Elisabeth.

Et où on a tous du faire cette tête:

Copyright BBC One

Fin de l’aparté ]

Autour d’une oeuvre sublimée par la virtuosité du peintre, Tracy Chevalier a tissé une légende qui s’entremêle avec l’Histoire. Légende que le cinéma a achevé de rendre impérissable.

D’une toile à l’autre, c’est l’Histoire que l’on réécrit, retraçant  le portrait d’un peintre de génie qui gardera son mystère. Mais peut-on vraiment expliquer le génie ?

Détail du tableau L’entremetteuse. Johannes Vermeer. 1656. Possible seul autoportrait connu du peintre.

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