Crise estivale

Je suis désolée. Je vous promets. J’ai essayé de résister. Mais il faut croire que le Disney revival c’est comme les boutons de chaleur ou le sable dans le maillot. Quand ça vous tombe dessus, ça vous tombe dessus !

Donc il faut que je me lâche. Permettez-moi de vous expliquer pourquoi ceci…

La Belle et la Bête : photo Gary Trousdale, Kirk Wise
Copyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

… Est mon Disney favori que j’adore.

J’espère que vous êtes convaincus que je vais être super objective. Parce-que moi il y a une petite fille de 9 ans qui a pris le clavier. 

  • Belle :  première héroïne moderne de Disney. 

Avant Mulan, Raiponce et autres, il y a eu Belle.

Certes, niveau prénom elle a eu droit à la couche de guimauve. Mais à la décharge de Disney il faut rappeler que l’intrigue est calqué sur le conte du XVIIIème écrit par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont. Ceci explique cela.

Pourquoi est-ce une super héroïne qui dénote dans le cheptel Disney ?

1. Elle lit. Ça a l’air bête comme ça mais vous vous souvenez d’avoir vu, avant elle, une princesse de Disney faire autre chose que le ménage ? Belle lit, elle est cultivée mais pas pédante, ni prétentieuse. La preuve, elle cause aux brebis.Et pour ça c’est ma copine.

La Belle et la Bête : photo Gary Trousdale, Kirk Wise
Copyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

2. Elle assume sa différence. Elle la cultive même.

Franchement cette scène d’ouverture m’a souvent rappelé, par analogie, certains moments au collège. Le côté « bombe » en moins.

Même carrément en moins ! Je pense que j’étais sur l’échelle négative de la sexy attitude.

N’y voyez pas une marque de prétention. Juste le constat que lorsque tu te trimbale au lycée ou au collège avec un bouquin, tu obtiens peu ou prou la même réaction. Et je suis sûre que je ne suis pas la seule à l’avoir vécu.

La Belle et la Bête : photo Gary Trousdale, Kirk Wise
Copyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

Scène figurée de ma réaction en découvrant le CDI du collège.

3. C’est une héroïne qui se bouge. En dehors d’avoir de jolies robes et d’être élevées au sucre glace pour faire les joues roses, Aurore, Cendrillon, Blanche Neige ne font pas grand chose pour se sortir de l’impasse. En dehors du ménage et de se promener dans les bois pour tomber sur de beaux inconnus. En tous cas, pas sans un sérieux coup de main type fées, nains, chasseur, crabe, souris…

Sauf Ariel.

Qui va voir une sorcière.

Et fait LA bourde ultime du fameux   » Je fais confiance à une sorcière qui a un sérieux contentieux avec mon père et qui est à peu près aussi rassurante que Freddy dans une ruelle sombre, la nuit. » .

Source Disney-planet.fr Copyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

Autant dire qu’elle était dans la panade s’il n’y avait pas eu son père et son prince pour venir l’aider…

Alors que Belle, déjà elle  va sauver son père. Dans la forêt. Seule et à dos de percheron. Je vous rappelle qu’au passage elle se bat contre des loups avec un bout de bois. C’est Kho-Lanta cette héroïne.

En plus, elle se sacrifie pour lui en prenant sa place.Sans trembler des genoux.

Enfin sur le moment.

Je ne veux pas dire, mais vu la dégaine de la Bête au départ, elle a une sacré trempe la fillette, rien que pour ça. Il a quand même la profil (et la maison) du psychopathe qui pourrait vous arracher la gorge d’un coup de dent, un soir de pleine lune.

Et elle revient le sauver contre tout un village ! Enfin presque. Elle essaie déjà.

Ceci dit, j’aime aussi beaucoup la façon dont elle se débarrasse de Gaston et de sa demande.

En résumé, on a une héroïne active, cultivée, qui a du caractère. De là à dire qu’elle ouvre la voie à Mulan, Raiponce and Cie, il n’y a qu’un pas que je franchis aisément.

  • Au delà des apparences.

C’est quand même un des premiers Disney où le prince n’est pas beach body party ready.  

(Thanks Mark Gatiss & Andrew Scott pour cette vanne).

Avec le brushing refait à neuf, le sourire Colgate et la bottine qui brille même quand il marche dans la boue. De ce type là par exemple :

Copyright Disney

Dans le style charmant, la Bête se pose là. Et ce n’est pas plus mal.

1- Il a un problème de look et d’hygiène

Copyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

2-  On l’imagine mal pour un déjeuner en famille.

.

3- Il est super irascible.

Copyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

Pourtant, Belle va voir au delà des apparences pour trouver la beauté intérieure de l’homme qui se cache derrière la Bête. C’est sûrement là une des plus belles morales que Disney ait su faire passer dans un dessin animé.

Au delà du  » L’amour peut tout transformer » (Attention, hoquet à la guimauve !), cet opus est une jolie incitation à la tolérance.

Et une si flamboyante déclaration d’amour aux livres.

Copyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

Au passage, cette bibliothèque qui a hanté tous mes rêves pourrait être inspirée de celle de l’Abbaye d’Admont en Autriche.

Source http://www.shoparoundtheco.fr/des-lieux-a-vous-couper-le-souffle/

Ma tête devant ladite bibliothèque 

  •  French touch et esthétique

Le conte original est donc français, comme vous l’aurez deviné au nom de son auteur. En effet Jeanne-Marie Leprince de Beaumont naît à Rouen, vit à la cour de Lorraine puis en Savoie et meurt à Chavanod ou Saint Denis.

Les sources ne sont pas toutes d’accord, ça arrive. 

D’autre part, les directeurs artistiques de Disney se seraient promenés dans la vallée de la Loire pour trouver l’inspiration tant au niveau artistique, architectural que paysager. Ainsi on retrouve des références à de grands peintres et sculpteurs (Fragonard, Vermeer, Rodin) tout au long du dessin animé.

Enfin, dans la chanson de Belle, Little Town, les personnages se saluent en français, y compris dans la version originale et les poutres apparentes sur les maisons ne sont pas sans rappeler l’architecture typique alsacienne. D’ailleurs des chopes de bières dansent dans la scène du repas tandis que Lumière le dit ostensiblement : After all, Miss, this is France !

La référence franche au spectacle de cabaret et à la gastronomie peut se résumer à travers ces deux lignes :

We’ll prepare and serve with flair
A culinary cabaret !

Sans compter évidemment l’impressionnante chorégraphie du service qui rappelle le Moulin Rouge

opyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

Et cette très évidente allusion à Paris.

opyright : © Walt Disney Studios Motion Pictures France

Une fois n’est pas coutume, on rend hommage au talent français pour recevoir et organiser des fêtes inoubliables pour chasser les soucis (Louis XIV Power !).

Je ne pêcherais pas par excès de chauvinisme mais il faut avouer que ça fait du bien.

  • Tale as old as time

Outre les prouesses et innovations technologiques, notamment sur la scène du bal, Disney nous offre aussi parmi ses plus beaux morceaux musicaux. Je ne reviendrais pas sur les qualités de certains morceaux ( Peabo Bryson forever) et le contraste par la suite de certaines reprises.

(Non je refuse d’en reparler. Ça n’a pas existé ! C’est comme le volet 4 d’Indiana Jones. Dans un vortex d’oubli temporel.)

 Je vous renvoie pour les plus curieux au Freaky Friday n°4 ( ICI Freeaky Friday 4). Pour le reste, j’en ai partagé déjà une bonne partie avec vous, via les extraits. Je ne ferais pas l’insulte de vous prendre pour des béotiens en vous expliquant pourquoi ça a une certaine classe.

Une des raisons qui fait de Beauty and the Beast une oeuvre unique, c’est que ce projet marque l’ultime collaboration du parolier Howard Ashman avec Disney. Celui-ci meurt pendant la création de Beauty and the Beast et Aladdin (sorti en 1992).

Le film comporte ainsi la dédicace suivante:

« To our friend, Howard,
Who gave a mermaid her voice,
and a beast his soul.
We will be forever grateful.

Howard Ashman
1950-1991 »

  • Que dire de plus ?

Rien en vérité. Ou si peu.

Beauty and the Beast reste un conte, avec ce que ça comporte de bons sentiments et de morale. Mais pour moi, il a marqué une rupture dans l’ordre des Disney.

Pour la première fois j’ai croisé une héroïne à laquelle je pouvais avoir envie de m’identifier, en tant que petite fille.

Pour la première fois tout n’était pas parfait au royaume des princesses. Un prince avait, pour ainsi dire, la gueule de bois, sa princesse se débrouillait seule avec sa trouille. L’amour naissait du doute, de la remise en question, de la tolérance et d’un peu de peur. Tout ne coulait pas comme une évidence.

Pour la première fois, les monstres avaient une apparence normale et les monstres avaient des sentiments.

Pour la première fois, j’ai détesté quand le prince prenait son apparence de bellâtre. Pour le coup j’ai préféré la version de Shrek quand Fiona ne se transforme pas, justement, mais est aimée telle qu’elle est.

Après tout, Belle, elle l’aimait comme ça, son prince.

Et nous aussi.

11 commentaires

  1. Ton article réussit presque à me faire changer d’avis sur ce film… auquel j’ai toujours préféré celui de Cocteau, plus mystérieux, plus bizarre, et plus dans l’esprit du conte selon moi ! Bien joué, c’est super intéressant. Et comme je te rejoins sur la transformation du prince, je me dis que comme toi je pourrais bien l’adopter en tentant de nouveau l’aventure 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Celui de Cocteau est empreint d’une poésie particulière. Celui-ci reste (hélas) un Disney donc un peu formaté. Mais il a l’avantage selon moi d’apporter une rupture au pays des princesses. Un peu plus de singularité. C’est pour ça que je l’aime. Si mon propos t’a convaincue de retenter l’aventure alors j’en suis ravie et flattée. Par contre la version de 1991 pour l’amour du ciel ! 😉

      Aimé par 1 personne

  2. Pour les 10 ans, ils ont remasterisé le dessin animé en 2002. Je ne suis pas du tout fan de certaines des nouvelles couleurs. Et puis en France, on a fait très fort puisque la version française du thème la Belle et la Bête chantée par Charles Aznavour et Liane Folly ( qui n’était déjà pas folichone au regard de la version anglaise) a été reprise par Patrick Fiori et Julie Zenatti. Et là je te renvoie à mon Freaky Friday n°4 si tu veux faire la comparaison. Et comprendre le fin mot de mon agacement par rapport à cette nouvelle version.

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