The Popcorn’s problematic

Avec un titre pareil, vous pensez que je vais vous parler d’un épisode de The Big Bang Theory ?

Perdu ! Je vais bel et bien vous parler de popcorn. Non pas de l’éternel débat entre sucré et salé, mais plutôt de la grande question existentielle:

Pourquoi mange-t-on du popcorn au cinéma ?

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Copyright Getty image. Source : huffingtonpost.fr

Il y a pourtant un consensus international sur le fait qu’il n’y a rien de plus horripilant que le bruit du popcorn qu’on mastique pendant un film. Ce qui n’empêche pas qu’on continue non seulement d’en manger devant le petit ou le grand écran mais même d’en vendre directement dans les cinémas depuis des lustres.

  • Pop-corn et cinéma: la petite histoire.

Allez savoir pourquoi mais le popcorn, à l’instar de la barbe à papa, est intrinsèquement associé à l’idée de divertissement. Sans doute est-ce du à sa fabrication simple qui facilite la vente ambulante, ou à son coût très peu onéreux, mais rapidement le popcorn est associé à tous les lieux de divertissement : fêtes foraines, cirques, manifestations sportives, foires… etc. D’ailleurs aujourd’hui encore il arrive que l’on repère la proximité d’un événement à l’odeur de popcorn qui flotte. Même si celle-ci est parfois concurrencée par celle des churros.

 A l’invention de la fameuse machine à popcorn de Charles Cretors en 1893, cette friandise conquiert donc rapidement les secteurs du divertissement SAUF, ironie du sort, les théâtres et le cinéma encore très chics qui ne veulent pas de ces grains craquants sur leur belle moquette rouge.

C’est l’arrivée du cinéma parlant et la Grande Dépression qui vont tout changer. Le cinéma gagne le grand public et fait recette mais avec la crise de 1929 les salles ferment et il faut trouver un nouveau moyen de faire rentrer des fonds supplémentaires. Dès lors, plus question de laisser un en-cas aussi bon marché que le popcorn sur le trottoir.

Depuis popcorn et cinéma sont devenus des alliés indissociables puisque selon Le Times le stand confiserie et boisson des cinémas représente 85% de leur marge. On estime que les salles de cinéma engrangent ainsi 1,4 milliard de dollar par an.

Et voilà pour la petite histoire. Ce qui, finalement, ne change que peu de chose à notre question de départ: pas cher, d’accord, mais bruyant. Donc, pourquoi diable, nous spectateurs, persistons-nous à en consommer au cinéma ?

  • Psychologie du popcorn.

Il est possible de consommer d’autres friandises moins dérangeantes au cinéma. Certes, on a abandonné depuis belle lurette les cornets de cacahuètes beaucoup trop fastidieux à décortiquer, et les esquimaux glacés qui ont le fâcheux inconvénient d’être un peu aventureux à consommer le noir.

L’angoisse du petit bout de chocolat glacé qui se détache pour venir se glisser à l’aveuglette à l’endroit où la tache se fera le plus embarrassante.

Mais bonbons et autres confiseries ont la part belle dans les stands, alors pourquoi cette obsession du popcorn ?

Je pense qu’en premier lieu il faut y voir un réflexe sociologique. Cela fait maintenant tant de décennies que popcorn et cinéma sont associés que cela en est devenu un comportement intégré. Le paquet de popcorn est l’accessoire convivial du film, le petit plus que l’on va partager. La cerise sur le gâteau de la séance de ciné. A tel point qu’avec le popcorn à faire au micro-onde, nous reproduisons le schéma à la maison.

A vrai dire, même plus qu’au cinéma, cela donne un côté sympathique à la chose, quand lors d’une après-midi pluvieuse, on peut s’installer entre amis devant un bon film et un saladier de popcorn tout chaud.

Autre facteur important: le côté bruyant de la chose ne semble pas incommoder en réalité celui qui consomme le popcorn. Ce sont plutôt ses voisins qui en sont affectés. J’aurais même tendance à penser que d’une certaine façon, le popcorn vient marquer ou souligner le rythme du film pour celui qui le mange:

  • Dans un moment de suspens, y compris amoureux, nous avons tendance à suspendre notre consommation jusqu’à ce que la tension retombe.
  • Dans un moment oppressant, celle-ci s’intensifie au contraire, comme si le fait de remplir notre bouche avec frénésie allait empêcher Freddy de faire une victime.
  • Dans les comédies, la consommation est régulière : un gag, une poignée, un gag, une poignée. Je ne me suis pas penchée sur la question dans le détail mais je suis pratiquement sûre qu’on finit plus rapidement notre paquet dans une comédie que dans un thriller ou un film déprimant.

Ces différents schémas de consommation soulignent bien à quel point le popcorn est un compagnon presque idéal au cinéma. Ses petits grains croustillants se laissent facilement attraper. Légers, ils s’avalent comme un rien. D’ailleurs saviez-vous qu’il existe deux formes de grains de popcorn ?

En champignon (à gauche) ou en papillon (à droite). On fait même pousser des variétés spécifiques de maïs pour obtenir essentiellement ces formes plus faciles à enrober et à attraper.

Mushroom_and_butterfly_popcorn
Source Wikipédia

Vous doutez encore de l’influence du popcorn sur votre comportement au cinéma ? Naïfs que vous êtes !

Selon le Guardian et le Huffington Post, une étude aurait démontré que mastiquer quelque chose pendant les publicités au cinéma limiterait notre réceptivité aux messages publicitaires. Je vous passe le détail de l’affaire (je vous engage plutôt  à lire l’article ici ) mais on dit merci qui ? Merci le popcorn ô précieux allié contre le lavage de cerveau.

En réalité, le lien entre entre popcorn et cinéma est l’illustration d’une association économique qui s’est incrustée dans les mœurs comme un réflexe sociologique. Une forme de ritualisation cinéphile.

Devenu pour ainsi dire un emblème des salles de cinéma, le popcorn est indubitablement associé au 7ème art, jusque dans les festivals.

Facteur accompagnant la popularisation du cinéma, il est même devenu dans notre esprit un élément de classification cinématographique.

Ne dit-on pas que « c’est un film à voir avec du popcorn » quand on veut parler d’un film très moyen mais qui se laisse regarder ? Par chez moi on dit même que « c’est un film à voir avec du pop-corn et de la bière » pour définir un bon navet mais qui passe sans trop de problème.  Comme quoi nous avons inconsciemment associé la notion de cinéma populaire ou, de façon plus moderne de blockbuster, au popcorn qui a justement accompagné la démocratisation du cinéma.

Amusant comme un aliment aussi insignifiant peut révéler tant de choses sur notre façon de fonctionner… D’ailleurs savez-vous que les américains l’aiment à tel point qu’ils lui ont consacré un jour dédié: le 19 janvier dernier était donc the National Popcorn Day qui pouvait notamment se célébrer en allant au cinéma acheter… un énorme paquet de popcorn !

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Copyright Shutterstock

Sources

12 commentaires

    1. Pas de quoi. En vérité je me posais aussi la question alors je me suis plongée dans le problème. Et en réalité effectivement c’est plus une question économique qui a permis au popcorn d’envahir les salles de cinéma. Auparavant il était prié de rester au dehors. Puis finalement c’est devenu un rituel de consommation. Je trouve cela amusant.

      Aimé par 2 people

  1. Hello,
    C’est vrai que c’est devenu un réflexe pour moi maintenant de faire du pop-corn en regardant un film à la maison depuis qu’on peut acheter des sachets en grandes surfaces !!
    Alors qu’avant on en mangeait qu’au ciné (ou sinon il fallait avoir une machine super encombrante et bruyante pour en faire chez soi, pas pratique du tout…).
    En tout cas super article 😉 même si ça fait un peu « peur » de devenir comme les Américains ^^ !!

    Aimé par 1 personne

  2. Sujet sociologique très intéressant. Perso, je finis quasi toujours le paquet avant que le film ne commence. Je me demande ce que ça dit de ma personnalité… Non mais blague à part, le prix du sachet me sidère à chaque fois, on dirait de l’or enrobé de beurre, du coup, je le boycotte depuis pas mal de temps. Ça et la problématique du « bon sang, c’est horrible, il faut que je brosse les dents, j’en ai des bouts coincés partout » peu pratique à mettre en place dans une salle de cinéma, je suis sûre que tu en conviendras 😉 Par contre, le bruit ne m’a jamais dérangé, ça dépend du niveau de mastication de la personne qui est en train de le consommer, y a des gens qui font du bruit quand ils respirent ou quand ils pensent donc bon… ^^

    Aimé par 1 personne

  3. Article très instructif! Toi aussi tu fais dans le culturel ce lundi? XD
    Par contre, je mange excessivement rarement du popcorn au cinéma. En gros, ça a dû m’arriver 2 ou 3 fois, des jours où je suis allée à la séance du soir sans avoir eu le temps de dîner… Parce que quand j’ai faim, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à « J’ai faim », ce qui gâche le film.
    Et puis je vais plutôt aux séances du matin (c’est moins cher et plus calme), ce n’est pas propice à manger des friandises, tu sors du petit déjeuner.
    Et les quelques fois où j’en ai pris, je crois que j’avais fini avant le début du film…

    Aimé par 2 people

  4. C’est un truc qui m’énerve : entendre les gens qui bouffent leur pop corn surtout de façon bruyante….(mais est-ce possible de le faire en silence? …)
    Je n’en mange pas.
    J’ai vu débarquer cette vague de « mangeons du pop corn » en me disant: « tiens, fini les ventes de glaces?  »
    Bah, oui, je suis de la génération des gamins qui achetaient des glaces à une vraie personne qui venait dans la salle de ciné – p****, ça me rajeunit pas, ça….

    Aimé par 1 personne

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