Have you met… the set designer ?

Le grand retour du Have you met pour un article spécial Behind the scenes, qui vous emmène dans les coulisses des tournages.

Alors êtes-vous prêt à rencontrer le set designer ?

Définition et complication.

Si je vous demande, là tout de suite, qui est le set designer et quel est son rôle, je suis presque sûre que la majorité va me répondre : Celui qui s’occupe du papier peint, non ?

Globalement, on peut voir ça comme ça. Mais c’est un peu réducteur. Faisons-donc appel à notre cher Jarvis-Wiki pour poser des bases simples avant de s’enfoncer dans le vif du sujet.

Jarvis mon cher, si vous voulez bien…

Selon la Charte de l’Association des Chefs décorateurs de cinéma (Si, si ça existe!), le set designer  ou chef décorateur donc, a pour fonction de :

 » partager la vision artistique du metteur en scène, de créer les espaces du scénario et de ses personnages, de donner sens et style à l’univers de la fiction.

Il est impliqué dans toutes les étapes de la conception du film et de sa réalisation, depuis la première lecture jusqu’à l’encadrement des travaux de postproduction et la maîtrise des images virtuelles.

Il est le garant de la continuité scénographique du film. »

Merci Jarvis ! Vous êtes formidable.

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Source 

Voilà qui est résumé simplement, concrètement et clairement. Vous constatez par vous-même donc qu’on dépasse largement le postulat du simple choix de papier vendu avec tutoriel chez Castorama. Du coup se pose la question de savoir comment et avec qui travaille ce monsieur… ou cette dame. Ne soyons pas sexiste !

N’ayez crainte, on va justement en parler immédiatement.

Fonctionnement, relations et implication.

La première personne avec qui travaille le set designer est le réalisateur. Avec lui, il réfléchit à l’ambiance du film, sa tonalité, sa cohérence artistique. Ils vont devoir travailler main dans la main, du début à la fin.

Dès les premières lectures de scénario, le chef décorateur va recenser les différents décors intérieurs et extérieurs nécessaires à l’action, ainsi que les accessoires et les effets spéciaux. Il va alors esquisser des croquis pour faire les premières suggestions au réalisateur.

Le set designer échange  également avec les responsables de la création des costumes et du maquillage, ainsi que le directeur de la photographie qui va donner son avis sur les textures et couleurs des décors. Le tout dans l’idée de maintenir cette fameuse continuité scénographique du film. Cette collaboration est importante car c’est ce qui permet d’avoir une homogénéité artistique du film, une unité dans la tonalité recherchée.

Suite à ces discussions, il va pouvoir établir des dessins définis des décors, construire des maquettes et définir les aménagements nécessaires pour les extérieurs. Il travaille avec l’assistant réalisateur qui s’occupe du repérage des lieux de tournage pour chaque décor, ainsi qu’avec le régisseur général qui est en charge de l’organisation logistique  du tournage et va donc obtenir les autorisations pour les décors extérieurs.

De la maquette à la réalisation.

Ce n’est qu’une fois tous ces éléments définis et mis en place que le set designer va alors pouvoir passer à la phase de production. Ainsi que vous l’aurez compris, il ne s’occupe pas que de la peinture et de la moquette mais conçoit des décors entiers. Dans Mamma Mia!, par exemple, la villa de Donna sur son petit promontoire et ses alentours directs ont été complètement recréés en studio sous la direction de  la set designer Maria Djurkovic.

Sans l’analyser dans le détail, on peut aussi s’arrêter sur un exemple un peu plus impressionnant comme Titanic où le paquebot fut en partie rebâti à Rosarito Beach au Mexique, à une échelle de 90%, pour pouvoir réaliser de façon aussi réaliste que possible les prises de vues imaginées par James Cameron.

Outre l’aspect colossal du chantier qui dura trois mois, rien que pour cet aspect de la production, imaginez quelques secondes le travail abattu par le set designer et son équipe qui travaillaient en outre sur les autres décors du film. Ainsi que les sueurs froides de celui qui actionna les fameux vérins hydrauliques pour lancer les scènes du naufrage. Aucune erreur n’était permise ! Ce type de réalisation illustre bien la confiance et la parfaite communication qui doit exister entre le set designer et le réalisateur.

Notre set designer est donc une forme de bâtisseur de l’éphémère. A la fois architecte, artisan, chef de chantier, il fait de la menuiserie, assemble, maroufle, peint, visse, accroche, monte…Mais  heureusement il n’est pas tout seul pour mener de tels défis. Avec lui travaille une équipe de choc :

  • Premier et deuxième assistants décorateurs
  • Dessinateur
  • Illustrateur et graphiste
  • Ensemblier
  • Régisseur d’extérieurs
  • Accessoiriste
  • Accessoiriste de plateau
  • Accessoiriste aux meubles
  • Rippeurs
  • Chef constructeur
  • Chef menuisier
  • Chef machino
  • Menuisier
  • Menuisier traceur
  • Machino
  • Toupilleur
  • Chef peintre, peintre et peintre décorateur
  • Chef sculpteur, sculpteur
  • Chef Staffeur, staffeur
  • Chef tapissier, tapissier
  • Chef Serrurier, serrurier
  • Electricien.

D’ailleurs, s’il n’est en mesure de manager que la partie création artistique du projet, il peut alors passer le relais à un chef décorateur exécutant.

Enfin comme dit plus haut, en dehors du réalisateur, il entretient aussi une collaboration très étroite avec le directeur de la photographie (D.O.P) puisque leurs postes sont complémentaires pour parvenir à rendre l’interprétation artistique du scénario voulue par le réalisateur.

Responsabilités.

Comme tout responsable d’équipe au cinéma, le set designer est en charge du budget de son département. Il doit soumettre à la production des budgets et devis préparatoires concernant à la fois la réalisation des décors et le coût de la main d’oeuvre. Il établit aussi un plan de travail organisant les interventions des différents corps de métiers.

En somme, sa tâche ne limite pas à un simple aspect artistique. Il doit savoir tout à la fois:

  • Comprendre la vision du réalisateur et travailler de concert avec lui.
  • Faire en sorte que le décor vienne nourrir cette vision et être un élément « vivant » de l’action.
  • Etre garant de la continuité scénographique du film.
  • Être un chef de projet efficace qui peut manager une équipe, gérer un planning et un budget, travailler de concert avec les autres départements de création.

Un rôle complexe qui doit nécessiter de grandes qualités humaines, notamment un excellent sens de la communication et un bon caractère.

Mr Jones. Wyn Jones.

Il est un set designer que je ne peux résister à l’envie de vous présenter. C’est celui qui s’occupe, entre autres, de Doctor Who et de Sherlock. Et il m’est impossible de terminer cet article sans l’évoquer.

Arwel Wyn-Jones
©June&Cie2016

C’est un exemple très parlant de set designer, car il illustre parfaitement tout ce que je viens d’énumérer ci-dessus.

Le fait qu’il soit passé de Doctor Who à Sherlock, démontre la relation de confiance qu’il entretient avec les producteurs, scénaristes, réalisateurs, directeurs de la photographie et départements de création. En effet, ainsi que j’ai déjà pu vous le faire remarquer auparavant, pour une large partie, ce sont peu ou prou les mêmes équipes qui suivent les deux productions.

Pour exemple, Arwel Wyn Jones a ainsi pu retrouver les membres de la société Real SFX aux effets spéciaux ou même son épouse, Claire Pritchard Jones à la création des maquillages et coiffures.

Par ailleurs, Mr Wyn Jones ayant la courtoisie de teaser les fans avec malice lors des premières étapes de production, il offre, de cette façon, la possibilité de suivre l’évolution de son travail et l’opportunité de mieux comprendre son rôle. C’est une merveilleuse démonstration live d’un set designer en action.

Ce lien qu’il entretient avec les fans illustre aussi parfaitement, selon moi, ses excellentes compétences de communicant mais aussi son sens de l’esprit d’équipe. Il fait partie de ceux qui ont compris, que parfois, dans le succès d’une production, les fans sont d’une certaine façon, une part de l’équipe. Et il sait le leur montrer tout autant qu’il sait, par la même occasion, valoriser le travail de ses coéquipiers.

Je ne vous ferais pas l’insulte de revenir sur la qualité de ses réalisations. Quand un set designer peut mettre en émoi des milliers de fans juste avec la photographie d’un morceau de papier peint ou un échantillon de tapis, cela en dit long sur la façon dont son travail a su marquer les esprits.

Je vous engage plutôt à aller visiter :

Si l’on ne peut dire avec objectivité qu’Arwel Wyn Jones soit le meilleur designer au monde, on ne peut nier qu’il soit talentueux dans ce qu’il fait et que c’est un homme habité par son métier. A n’en pas douter, il a l’instinct pour saisir l’essence d’un scénario et savoir la transcrire à travers son décor. C’est sûrement ce qui fait son succès.

Pour preuve, il est un certain papier peint qui suscita de la part du réalisateur la réaction suivante:

 » Are you sure about this ? »  

(Paul McGuigan, in Sherlock Chronicles)

Et sûr, Arwel nous confirme qu’il finissait par ne pas l’être mais son intuition était la bonne, puisqu’il ne doit pas exister de papier peint plus célèbre au monde. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que du papier peint au service à thé, il n’a pas commis une seule erreur de jugement, une seule faute de goût sur cette production. Comment ne pas dire qu’il a donné sens et style à l’univers de Sherlock ? Et, ô petite joie de mes jours, il semblerait qu’il ait aussi travaillé sur la nouvelle série Houdini &Doyle.

A titre personnel, je dois le remercier car c’est son enthousiasme à partager son métier qui m’a donné le goût d’en savoir plus. Lors de la Convention Sherlocked, j’étais assurément presque aussi impressionnée de le voir là, ainsi que Sarah Arthur (créatrice des costumes), Claire Pritchard-Jones (création maquillage et costumes) et Danny Hargreaves (responsable des effets spéciaux) que le casting lui-même que je m’attendais à voir. Peut-être même plus…

Ce que Mr. Wyn Jones a su me démontrer à son insu, c’est que ce sont ces personnes-là qui font le cœur d’une production.

La prochaine fois que vous aurez un sourire en croisant un indice dans un décor, un jeu de mise en scène dans le reflet d’un miroir, une subtile référence glissée dans le motif d’un papier peint, pensez-donc au set designer qui l’aura mise là…

Sources et bibliographie.

Sur Internet :
Bibli0graphie:
    • L’art du film, une introduction, 2ème édition française. Editions de Boeck, David Bordwel et Kristin Thompson. 
    • La Script Girl, Editions La Femis. Sylvette Baudrot, Isabel Salvini.
    • Sherlock Chronicles, Editions BBC Books. Steven Tribe.

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

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