La couleur du lait

Cette lecture a été initié par le Club de lecture du Petit Pingouin Vert que je remercie  pour cette découverte.

Résumé.

La couleur du lait«  Je ne suis pas très grande et mes cheveux ont la couleur du lait. je m’appelle mary et j’ai appris à écrire mon nom. m. a.r.y. ce sont les lettres de mon prénom.

C’est par ces mots que nous faisons la connaissance du personnage de Mary, petite paysanne qui mène une vie misérable dans la ferme de ses parents. Mais un événement va venir bouleverser son existence : on l’envoie chez le pasteur Graham pour servir et aider sa femme gravement malade.

Pour Mary, c’est comme un autre monde qui s’ouvre à elle. Un monde où elle découvre d’autres habitudes, une autre façon de vivre, la bienveillance et surtout où s’offre à elle la possibilité de s’instruire, d’apprendre à lire et à écrire.

Mais Mary reste une servante avant tout et pour tout cela il va y avoir un prix à payer…

Mon avis.

Ce n’est pas une lecture facile. Ni sur le fond. Ni sur la forme. L’auteur a choisi de nous conter l’histoire de Mary par la bouche même de la jeune femme, comme si celle-ci écrivait elle-même le récit de sa courte existence. Et ce choix s’applique jusque dans la forme : pas ou peu de ponctuation, de retour à la ligne, de tiret, de verbes d’élocution indiquant qui parle. Le récit est brut, telle qu’il le serait, s’il était rédigé par une personne peu lettrée. Cela lui donne une authenticité indéniable mais c’est déconcertant au premier abord. J’en ai été gênée dans les premières pages, déboussolée même  et pour un peu j’en aurais lâché le livre.

Seulement voilà, il a Mary. Son ton franc, sans ambages, son entêtement, sa façon directe, parfois trop, de dire les choses, comme un écho à la rudesse de sa vie. Et cette instance à nous conter cette vie, à dire les choses telles qu’elles sont arrivées, pressée par une urgence, un fait qui nous échappe alors. Cela intrigue et quelques pages plus tard, on a oublié ce qui gênait la lecture, il n’y a plus que la voix de Mary. Mary et ses quinze ans tout juste face à tout ce que lui impose sa condition : l’obéissance, la soumission, l’humiliation, le silence. Le chantage comme prix d’une instruction qui jusque-là lui était inaccessible.

Un récit dur et simple, reflet de la personnalité de Mary, de son existence aussi. En refermant le livre, on a la gorge serrée, une drôle de boule au ventre. Le sentiment de tenir entre ses mains toute une vie. Une vie qu’aucune joie, aucune liberté n’aura éclairée. Tragique et pourtant terriblement banal pour l’époque. Car si l’on a conscience d’être dans la fiction, l’on ne peut s’empêcher de penser que ce récit aurait pu être vrai. Qu’à cette époque, dans la campagne, dans les petits villages, cela devait bien arriver…

Le dénouement de l’histoire vous prend par surprise, le coeur battant la chamade, abasourdi par l’enchaînement implacable des événements.

Des lignes serrées, des pages, un témoignage rédigé dans l’urgence de laisser une trace, d’écrire encore des mots. Tout ce qui reste de Mary.

Et l’image d’une jeune femme de quinze ans dont les cheveux ont la couleur du lait.

Publié par

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

10 commentaires sur « La couleur du lait »

  1. Jolie chronique. En effet, je pense aussi que c’est un fait banal, qui a certainement dû arriver. A l’époque, mais actuellement dans d’autres pays aussi malheureusement. Le récit est donc plutôt réaliste comme tu le soulignes !

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  2. Pas mon style de lecture, c’est pourquoi je suis contente d’être membre du club; ça m’a permis de croiser la route de cette petite Mary. J’avais repéré le livre mais il aurait trainé des mois sur ma liseuse. Du coup, avec cette date butoir, je me suis « pliée » au jeu et ne le regrette pas!

    Aimé par 1 personne

  3. Pareil que toi pour le style, ça m’a vraiment perturbé au tout début mais une fois que l’on a vraiment fait connaissance avec le personnage, tout va bien ! Et ça ajoute vraiment à la beauté de l’histoire (mais aussi à l’injustice…).

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  4. C’est intéressant de lire que, pour bcp, l’absence de ponctuation (et de majuscules) a été perturbante.
    J’ai noté certains commentaires sur les réseaux sociaux de lecteurs/trices qui ne comprenaient pas ce parti-pris.
    Intéressant de constater que nous pouvons être désorientés par une règle, qui, au regard de la ‘Histoire, n’est pas si ancienne (je dis bien : de l’Histoire, pas de notre point de vue).
    Ceci dit, j’ai totalement adhéré à ce livre et si je n’ai absolument pas le temps de le chroniquer ( j’ai un exposé de 3 h à boucler pour le 1er juin puis je,pars en entreprise, donc…..), je peux rajouter ceci: l’écriture (ponctuation manquante; fautes, etc..) m’a fait penser au commencement « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes (dans un genre totalement différent).

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