Dites aux loups que je suis chez moi.

Résumé.

51ZohmXZ-dLEditions 10/18. Parution poche :juin 2016. Prix :8.80€

1987. La banlieue new-yorkaise. June est une adolescence taciturne et rêveuse qui a du mal à trouver sa place entre une soeur aînée qui souffle le chaud et le froid et des parents absents. Son seul repère, son point d’accroche dans cet univers c’est son oncle Finn, artiste peintre de son état, avec qui elle partage une complicité sans faille.

Mais lorsque Finn meurt du Sida, June est totalement désemparée. Son désarroi est encore plus grand lorsqu’elle découvre que son oncle avait un compagnon Toby que sa famille a passé sous silence. Face aux secrets et aux non-dits, symptomatiques de ces années Sida, June va choisir, envers et contre tout, de se lier d’amitié avec Toby pour préserver le souvenir de celui auquel elle tenait si profondément.

Mon avis.

Indubitablement ce livre est un coup de coeur. A tel point que j’ai presque peur de vous en parler tant je redoute de ne pas trouver les mots justes. A travers le regard de June, le récit traite avec une grande sensibilité du sujet du deuil, de la façon dont chacun y réagit. Et de la difficulté à accepter parfois que le souvenir d’une personne ne nous appartient pas tout entier. Qu’on peut encore  découvrir quelqu’un même après sa mort.

La rencontre de June avec Toby bouleverse cette dernière. Cet oncle Finn qu’elle pensait n’être qu’à elle, elle découvre non seulement l’avoir partagé en secret pendant des années mais également que certaines choses qu’elle pensait être lui ne l’étaientt pas vraiment. Sa jalousie, sa possessivité quant aux souvenirs de Finn est bouleversante. On la sent déchirée entre le refus d’une vérité difficile à accepter et l’envie d’en savoir plus. Ses réactions sont terriblement justes et humaines emplies de jalousie, de colère, de désespoir. Il n’y a rien d’idyllique. L’arrivée de Toby dans sa vie et leur  fragile amitié naissante ne résout pas miraculeusement le problème de la disparition de Finn. Bien au contraire. Au fil du récit, ces deux-là s’apprivoisent lentement et non sans mal pour l’amour de celui qui les a quitté.

Sans exagération, sans moralisation, Carol Rifka Brunt parvient à rendre l’ambiance trouble de cette période où l’on découvrait le Sida, où l’homosexualité était synonyme de contamination, où l’ignorance crasse faisait autant de dégâts que la maladie elle-même tant du point de vue social que médical. Les regards extérieurs que doit affronter June quant à la maladie de son oncle, le malaise familial que cela suscite en sont un parfait reflet. Les premières réactions mêmes de June vis-à-vis de Toby sont régies par son rapport à cette maladie. Toby est-il véritablement responsable de la mort de Finn ?

Au coeur du récit, entre le deuil et le Sida, se développent aussi entre les lignes les thèmes de l’adolescence, de la recherche de soi, de la complexité des relations familiales et fraternelles. Les décisions de June vont la conduire à mettre un pied dans le monde des adultes et découvrir les secrets et parfois l’hypocrisie qui s’y cachent.

Tous ces fils tissent une subtile tapisserie, un récit captivant, tendre, émouvant. L’histoire d’une absence, d’un tableau, de deux soeurs, d’une étrange amitié et de cette envie que l’on a de faire perdurer les liens au delà de la mort. Le style franc mais poétique de Carol Rifka Brunt vient parfaire l’ensemble pour faire de ce roman une petite perle.

17 commentaires

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