Miss Dumplin

Résumé

Editions Michel Lafon. Parution : mai 2016  Prix : 15.95€

Willowdean est une adolescente ronde qui s’assume complètement. Elle a appris à vivre avec ses rondeurs et gère le regard des autres, même celui de sa mère. Parfaitement consciente des inconvénients de sa silhouette, elle a su trouver un équilibre entre le lycée, son amitié avec Ellen et son travail  au fast-food.

Il n’y a qu’une chose que Willowdean n’avait pas envisagée, tant elle semble improbable à ses yeux : qu’un garçon tombe amoureux d’elle. Or Bo n’est pas précisément le genre de garçon qui fait fuir les filles, loin de là. Comment les gens pourraient-ils accepter qu’un garçon comme lui sorte avec une fille comme elle ? Peut-il réellement l’aimer, alors qu’elle-même ne s’aime pas ? Saurait-elle accepter de se laisser aimer en dépit du regard des autres ?

Cette histoire d’amour inattendue vient brusquement faire basculer toutes les barrières que Willowdean avait si soigneusement érigés autour d’elle. Les vieux complexes et ce petit dégoût de soi se réveillent, sapant son assurance.

Alors pour ne pas perdre pied, elle à qui le monde avait si bien fait intégrer que les filles comme elles devaient rester dans l’ombre, va prendre une décision complètement folle. Une décision qui va tout bouleverser : participer au concours de beauté local présidé par sa mère.

Mon avis : Le panache de Willowdean

« Il me dit que je suis belle. Je me dis que je suis grosse. Et si j’étais les deux en même temps? » 

De ce roman paru en mai 2016, on avait entendu du bon, du très bon, de l’élogieux et du mitigé. Certains y voyaient quelque chose de très convenu, quelques clichés. D’autres un portrait saisissant du mal être que peut provoquer l’obésité, notamment à l’adolescence.

Avant de crier au cliché, rappelons tout d’abord que Miss Dumplin est un roman classé jeunesse (12 ans et +) par son éditeur. Ce qui n’excuserait évidemment pas une qualité médiocre. Qu’on rassure, ce n’est pas le cas. Bien loin de toute médiocrité, le roman remplit pleinement son office de feel-good book, avec une certaine audace même.

Cependant, on peut reprocher au livre quelques clichés et un excès d’optimisme. En ce sens, la romance entre le beau gosse et l’héroïne ronde a suscité bien des débats : n’était-ce pas vendre trop de rêve, dans un roman qui par ailleurs ne manquait pas de lucidité ?  Me faisant l’avocat du diable, je dirais que lorsqu’on est adolescente et qu’on est rondelette,  on a aussi envie de savoir qu’on peut plaire. D’être rassurée. Et n’est-ce pas là le rôle des romans ?

Certains diront que cette idylle est trop positive pour être réaliste car les adolescents sont cruels. A quoi, je répondrais qu’à contrario, il est peut-être violent de voir cela comme irréaliste ou carrément impossible.

A la limite, ce qu’on peut trouver surprenant c’est que Bo assume si facilement sa relation (Et encore ! Je rappelle qu’on ne les voit pas s’afficher) et son attirance pour  Willowdean. Tandis que, pour cette dernière, plus pragmatique, le regard des autres constitue une barrière évidente à cette histoire. Ayant rarement vu un spécimen adolescent de sexe masculin et physiquement intelligent réagir de façon si mature, l’attitude de Bo m’a laissé en plein dilemme, aussi rêveuse (Bon sang ! Flûte ! Et pourquoi pas!) que dubitative. Mon scepticisme étant motivé par le fait que les adolescents ne sont pas particulièrement connus pour prôner la beauté intérieure et l’acceptation de soi. De manière générale j’entends. Un point clairement mis en avant d’ailleurs par le regard sans concessions de notre héroïne.

Mais penchons-nous justement sur le personnage de Willowdean. Sympathique, attachante et tout en paradoxes, c’est la clé de voûte du roman. Le lecteur vit l’histoire par ses yeux, ce qui lui permet d’avoir sa vision des choses. Or, Willowdean pose sur elle-même comme sur le monde qui l’entoure un regard très cru et très lucide.

Elle a tellement intégré sa condition de « grosse » que c’en est presque douloureux de se rendre compte à quel point notre société formate le regard que nous avons sur nous-mêmes. Mais sa lucidité a des œillères : accepter son surpoids lui donne à la fois de l’assurance tout en la poussant à s’effacer, à s’interdire ou se refuser des choses, comme sa tante avant elle.

A la fois assurée et totalement dépourvue de confiance en elle, ses réactions paradoxales, parfois maladroites, nous renvoient non seulement à la cruauté de l’adolescence, mais aussi aux diktats de beauté de notre société moderne. En effet, de sa mère au monde extérieur en général, en passant par ses camarades de classe, Willowdean perçoit clairement le jugement des autres sur son corps et nous le fait partager.

Elle qui pense s’être acceptée, va ressentir l’attirance de Bo comme un séisme. Fissurant sa carapace, cela va l’amener à reconsidérer les choses, à affronter enfin son regard et son reflet tout comme celui du monde extérieur, pour finalement arriver à comprendre qu’elle peut être ronde ET séduisante. Et ça, boudiou ! C’est fantastique comme message !

Miss Dumplin n’est pas un roman exempt de défauts, ni de quelques clichés. Certains le trouveront trop optimiste et chacun y verra, en fonction des vécus, un écho plus ou moins réaliste des différents aspects de l’adolescence. Néanmoins on ne pourra qu’apprécier son héroïne attachante et hors sentiers battus, avec sa lucidité en bandoulière.

Même si on va vers un Happy Ending auquel on pourra reprocher de vendre trop de rêve, le leitmotiv du livre reste malgré tout l’acceptation de soi. A aucun moment, Willowdean ne se renie telle qu’elle est, n’entame de régime ou n’essaie de se conformer un diktat esthétique.  Un bienvenu et positif  » Fuck, mon corps est comme il est », comme dirait Mimine, qui a le sens de la formule.