Les Heures Sombres Darkest Hour (2018)

Fiche technique

Sortie : janvier 2018

Réal : Joe Wright

Scénario : Antony McCarten

Casting : Gary Oldman, Kristin Scott-Thomas, Ben Mendelsohn, Lily James, Ronald Pickup

Synopsis

Mai 1940, alors qu’Hitler poursuit sa progression implacable, envahissant successivement les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France, de l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni est secoué par une crise politique qui aboutit à la démission du Premier Ministre, Lord Chamberlain. Contre toute attente, il nomme en urgence pour lui succéder Winston Churchill. Un choix qui fait la surprise de certains. Pilier du Parlement, à 65 ans, l’homme est un politique brillant mais controversé pour certaines de ses erreurs.

Mais le nouveau Premier Ministre n’a pas le temps de s’appesantir face à l’opposition. Après l’invasion de la France, c’est désormais la Grande-Bretagne qui fait face à une possible invasion par l’armée allemande. Or 300. 000 soldats britanniques sont bloqués à Dunkerque et font face à l’ennemi. Certains conseillent vivement de négocier la paix avec Hitler via l’intermédiaire de Mussolini. Mais que vaudrait une telle négociation ? Sauverait-elle la souveraineté du Royaume-Uni et la sécurité de sa population ? Face à une situation désespérée, Winston Churchill va devoir face des choix cruciaux qui vont changer la face du monde.

Mon avis : « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. »

L’Histoire nous la connaissons tous. L’enjeu crucial, vital de ces quelques semaines, de ces heures sombres, le cours des événements nous l’a montré. C’est l’homme qui est au coeur de la réalisation de Joe Wright et du scénario d’Antony McCarten. L’homme qui va prendre une décision capitale qui décidera de l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Winston Churchill.

On n’apprend rien de réellement nouveau sur Churchill. Tous les éléments que l’Histoire a voulu nous léguer sont là : sa verve, son terrible caractère, son alcoolisme, son humour, son sens de la répartie, ses phrases célèbres, son charisme, son cigare…
Mais dans ce scénario articulé autour des trois discours qu’il prononça entre mai et juin 40, on apprend à découvrir l’homme sous cette stature de bouledogue implacable. Sous la carapace, apparaissent la vulnérabilité, les failles, le doute face à des événements qui le dépassent.

Face à une opposition (Lord Halifax et Chamberlain) convaincue que la Grande-Bretagne ne peut résister et qu’il faut négocier la paix, Churchill doit faire un choix. Un choix dont dépend la vie de millions d’hommes et de femmes, à commencer par les 300 000 soldats coincés à Dunkerque. Son pays a -t-il réellement les moyens de résister ? La situation n’est-elle pas déjà désespérée ? Ainsi que le dit Clémie, son épouse :

« You have the full weight of the world on your shoulders.

Et l’on ressent Churchill vaciller sous ce poids. Être en proie au doute, à la peur. Ce vieux lion que les livres d’Histoire nous montrent impassible et sûr de lui est à l’écran un homme de 65 ans, portant des blessures et le poids de ses erreurs, terrifié par la situation, et qui va pourtant trouver la conviction de rassembler un pays pour résister.

Et c’est bien là le propos du film : démontrer à quel point un homme peut rencontrer son moment dans l’Histoire. Le cours de la guerre et la face du monde auraient été changés si Churchill n’avait pas été Premier Ministre à cette période précise. Et si Churchill n’avait pas été … Churchill !

C’est à travers trois regards différents que nous pouvons d’ailleurs percevoir dans les film les différentes facettes de l’homme :

  • L’intime : avec son épouse Clémentine qui devine son insécurité et ses incertitudes. Elle connaît l’homme et ses défauts autant que le politique et on perçoit à quel point repose sur elle l’épuisante tâche tout à la fois de le canaliser et de le soutenir. A n’en pas douter, Clémentine Churchill eut un rôle déterminant et c’était une sacrée femme.
  • L’humain : Elisabeth Layton, sa secrétaire attitrée. Bien qu’elle n’ait été en réalité nommée qu’en 1941 aux côtés de Churchill, le scénariste Antony McCarten choisit de la faire apparaître à ce moment. Une entorse historique qu’on lui pardonne car elle permet d’offrir une autre perspective au spectateur. C’est un regard auquel le public peut s’identifier autant dans l’approche du caractère de Churchill que dans l’appréhension des événements. C’est également une façon d’approcher l’humain dans le contexte professionnel, et d’évoquer la guerre, sans toucher ou empiéter sur le politique.
  • Le politique : c’est l’ensemble de l’entourage politique de Churchill de Chamberlain à Sir Anthony Eden, en passant par Lord Halifax et le roi Georges VI. Opposition ou non, leurs différentes voix permettent de saisir tous les aspects de la situation pour en arriver à se poser la question avec les mêmes doutes que le Premier Ministre : faut-il ou non négocier ? C’est donc grâce à eux qu’on peut prendre la mesure de l’aspect effrayant de sa position.

C’est grâce à cet ensemble de personnages portés par un casting tout simplement impeccable que peu à peu se dresse le portrait réaliste du Churchill qui traverse ces heures sombres et de ce à quoi il est confronté.
De façon générale, il faut saluer l’ensemble du casting qui offre une prestation sobre, juste, sans fausse note, sans accroc. Mais j’aurais une attention toute particulière pour Kristin Scott Thomas (Clémentine Churchill) et Ben Mendelsohn (Georges VI) dont les prestations m’ont particulièrement marqué.

Certains se récrieront autour de la performance pourtant saluée de Gary Oldman, demandant s’il vaut mieux saluer l’acteur ou le prothésiste, dénonçant le rôle à Oscar. C’est un point de vue que je ne partage pas.
Certes, l’équipe prothèse et maquillage, Kazuhiro Tsuji en tête, a fait un travail extraordinaire qui mérite d’être salué et reconnu à sa juste valeur.
Certes, Gary Oldman s’est certainement offert le rôle à récompense de sa carrière avec ce personnage emblématique. Incarner Churchill, pensez-donc !

Mais les louanges n’ont pas été usurpées, car au fil du film, peu à peu l’image du personnage à l’écran et celle du personnage historique se sont troublées, confondues pour n’en former plus qu’une. Désormais, j’avais Churchill devant mes yeux. Avec tout ce que l’on peut savoir du personnage dans ses gestes, son phrasé, ses expressions et ses manies, mais surtout un Churchill terriblement naturel, vivant et… plus humain que je n’aurais plus me l’imaginer.

Et ce, en dépit de ce que mon esprit pouvait savoir du maquillage, des prothèses et du physique de Gary Oldman. Je me permettrais d’ajouter pour à ceux qui l’ont taxé d’imitation plutôt que d’interprétation qu’incarner un personnage historique passe toujours par une part d’imitation. On reprend forcément les tics, les manies caractéristiques de la personne. On s’imprègne de ses expressions. Sinon c’est quelqu’un d’autre que l’on incarne.

Jamais jusque-là je n’avais considéré à quel point il avait pu être angoissant de vivre ces heures-là. Pour moi, comme pour beaucoup, Churchill n’avait jamais hésité, jamais douté. C’était le roc. L’homme de la situation. Et d’un coup, je ressentais à quel point cela avait pu être un dilemme, une torture d’occuper ce poste-là, à cet moment-là. Et cette solitude…

Tout dans la mise en scène, dans la réalisation, dans la lumière ou les décors nous amène à ressentir, tout au long du film, cette oppression, cette tension grandissante. Cette sensation d’être pris au piège.

Pas de lumière ou peu. Une lumière qui tombe grisâtre ou jaunâtre. Une lumière étouffée, maladive. Des couleurs brunes, grises, sombres. Des murs nus, tristes. Des espaces confinés. Cloîtré une partie du film dans les bureaux souterrains, on est déjà dans la guerre.
Les rares vues d’extérieurs nous montrent des trous d’obus, des ruines, des routes d’exil ou des champs de batailles pour signifier au spectateur l’imminence de ce à quoi se prépare la Grande-Bretagne.

Tout en restant très académique et sans excentricité, le film démontre d’un soin tout particulier. Les prises de vues sont belles. Le cadrage étudié pour que l’oeil puisse s’attarder sur des détails importants ou décoder les gestes, les postures.
La reconstitution historique est minutieuse, allant jusqu’à rechercher les fournisseurs vestimentaires d’origine de Churchill ou à reconstituer très exactement le décor du Cabinet de Guerre.

Tout n’est pas qu’exactitude puisque par commodité, le scénario déplace quelques citations, quelques éléments (l’appel à Rooselvelt =>1943) et une fausse note en particulier vient troubler la partition : la scène du métro. L’intention en est claire, il s’agit de rappeler la formidable cohésion nationale des britanniques face à la guerre et le flegme dont ils firent part par la suite face aux bombardements et aux conditions. De démontrer que la population était en accord avec la décision de Churchill. Never give in, never give up. Mais la manière est maladroite, empruntée, peu crédible, même si la scène ne manque pas d’humour.

Les Heures Sombres (Darkest Hour) est un biopic à la fois original par le fait qu’il est centré sur une période courte et cruciale, et très académique mais soigné dans sa réalisation.
Porté par la performance bluffante de Gary Oldman, il permet au spectateur d’envisager le personnage historique sous un jour légèrement différent, et lui faire voir ce moment où l’homme et l’Histoire se sont rencontrés pour faire de Winston Churchill une légende.

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