Les chaussures italiennes : la vie à ses pieds

Résumé

Editions Seuil. Parution : 2009  Prix : 21.80€

Parution en format poche chez Editions Points Prix : 7.70€

Fredrik Welin vit reclus du monde sur une petite île, avec son chat, son chien, ses remords et ses regrets. A 66 ans, cela fait déjà dix ans qu’il attend ainsi la mort, coupé des hommes depuis une tragique erreur dans sa carrière de chirurgien.

Mais sa vie est bien loin d’être terminée et c’est une autre erreur de son passé qui le lui prouve, lorsque la femme qu’il a aimé et abandonné sans un mot quarante ans plus tôt arrive sur son île. Elle est mourante et vient lui demander de tenir une très ancienne promesse.

Mon avis : Des chaussures italiennes à la mesure de l’humain

Quels que soient ses romans, quel qu’en soit le genre, Henning Mankell a toujours su saisir ce qu’il y a de plus tragique et de plus lumineux dans l’existence. Il a toujours su porter ce regard aiguisé sur les failles de la nature humaine.

Les Chaussures italiennes en est sans doute le bel exemple. Le plus abouti.

C’est l’histoire d’une erreur tragique qui brise la vie d’un homme. L’histoire d’un chemin de croix, d’une remise en question aux allures de road-trip. Et celle d’une rédemption qui ne se fera pas sans souffrance.

Ce sont des existences qui se rencontrent ou qui se retrouvent, des solitudes qui se parlent. Et un homme qui découvre que réparer ses erreurs ne fera pas sans ouvrir des brèches dans sa carapace et  peut être aussi douloureux que libérateur. Un cheminement au coeur de l’hiver et au crépuscule de la vie qui ne sera pourtant pas sans lumière.

C’est un roman qui parle de ce que l’on est, des erreurs que l’on fait, de tout ce que l’on porte et des surprises bonnes ou mauvaises qui nous attendent parfois alors qu’on se croyait arrivé au bout du chemin.

Qui parle de l’existence tout simplement.

Et à travers ces personnages ni blancs, ni noirs, la vie face à la mort, Mankell en parle mieux que personne. Il sculpte dans l’intime, sans apitoiement mais avec une sensibilité vibrante. Son écriture est tout un paradoxe à l’image des tours que la vie prend elle-même parfois, à la fois désenchantée et optimiste. Il n’y aura pas de grand sauvetage, pas de miracle, pas de chevalier blanc. Mais une rédemption, une autre vie qui s’ouvre avec de la sueur, des larmes et des pardons.

En le lisant à posteriori, après le décès de Mankell survenu en 2015, on ne peut qu’être troublé du rapport à la mort qu’entretient le personnage principal et qui se noue et se dénoue tout au long du roman.  Il y a dans ces pages quelque chose de perturbant, d’émouvant, quand on connaît le long combat que mènera par la suite Mankell contre le cancer.

Les Chaussures italiennes est un roman bouleversant tout en délicatesse d’une intensité qui ne peut laisser de marbre. Un bijou qui brille d’un éclat particulier dans l’oeuvre sombre du romancier. Un coup de coeur qui me rappelle à quel point la plume d’Henning Mankell va nous manquer.