La Goûteuse d’Hitler : le IIIeme Reich vous souhaite bon appétit !

Résumé

Editions Albin Michel. Parution : janvier 2019 Prix : 22€

 Gross Partsch, Est de la Prusse, 1943. Venue de Berlin se réfugier chez ses beaux-parents suite à la mort de sa mère et au départ de son mari pour le front russe, Rosa se voit réquisitionnée par les SS. Elle fait désormais partie d’un groupe de dix femmes sélectionnées pour goûter la nourriture du Führer et lui éviter l’empoisonnement.

Désormais la vie de Rosa est comme suspendue à un fil, entre la faim qui la tenaille et le danger mortel que recèle chaque bouchée. Avaler la nourriture c’est survivre en suivant les ordres mais prendre un risque mortel. Désobéir c’est mourir. Étrange paradoxe.

Dans ce groupe de femmes pourtant soudé par le même destin, se livre une étrange guerre des nerfs, une forme d’hostilité latente. Chacune porte son vécu. Certaines voient dans leur rôle une mission sacrée pour le Führer, d’autres pensent à leurs proches, à leur mari disparu ou à leurs enfants le ventre vide tandis qu’elles doivent avaler la nourriture d’Hitler.

Reste pour toutes cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes….

Mon avis : La goûteuse d’Hitler, à la table du IIIe Reich.

Si insolite que semble cette histoire, elle est pourtant inspirée de l’histoire vraie de Margot Wölk (ou Woelk), forcée comme quinze autres femmes de goûter la nourriture du Führer. Des femmes qui, à partir de ce moment, partageront son sort jusqu’au bout, puisque, à l’exception de Margot Wölk qui aura fui miraculeusement grâce à l’indiscrétion d’un officier, elles seront toutes fusillées à l’arrivée des troupes russes selon cette dernière.

D’une plume juste et avec une narration admirablement fluide, Rosella Postorino s’empare de cette histoire pour nous introduire par le biais de Rosa au coeur de ce groupe de femmes. Grâce au témoignage de Margot Wölk, l’autrice parvient à nous restituer avec précision l’ambiguïté de leur situation et la vicieuse machinerie qui les tient prises au piège.
Ni libres, ni vraiment prisonnières, ces goûteuses sont soumises à un rituel méticuleux, scrupuleusement encadré, sans aucun choix possible. L’obéissance qui leur sauve la vie, pourrait aussi la leur coûter à chaque fourchette. Une vie qui d’ailleurs ne vaut rien aux yeux de leurs geôliers. Elles ne sont que les estomacs du Reich, des cobayes, à peine plus qu’un prisonnier ordinaire.
Au fil de l’histoire, des vécus qui se déroulent, des secrets qui se dévoilent, le lecteur saisit de mieux en mieux les combats intérieurs qui se livrent et les animosités qui se créent entre ces femmes partageant pourtant un même sort. Cette vicieuse ambivalence permanente dans laquelle elles balancent.

Seul bémol à ce tableau, l’écriture un peu froide, presque distanciée, qui, certes, accentue l’atmosphère de malaise, mais freine toute empathie avec l’héroïne. On a parfois du mal à saisir Rosa, à la comprendre complètement. Un effet de style voulu ou non qui pourra en déconcerter certains.

Au delà du rôle et de la position singulière de ces femmes, le roman pose aussi la question de ces allemands ordinaires qui, à l’instar de nos goûteuses, n’ont pas eu le choix. Ceux pour qui, en dépit de leurs convictions, l’obéissance était une condition sine qua non pour survivre ou protéger des proches face à un régime totalitaire.

Dans cet étrange piège où se trouvent prises Rosa et ses compagnes, Rosella Postorino fait résonner profondément entre les lignes la question de l’humain. Comment rester humain dans ces circonstances exceptionnelles ? Où notre humanité trouve-t-elle ses limites lorsqu’on nous réduit à l’état de simple cobaye ? Qu’est-ce-que nos lâchetés, nos faiblesses, nos compromis révèlent-ils au final de nous ? Et surtout qu’aurions-nous fait à la place de ces femmes ?
Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt… » dit la chanson. Et si j’avais été goûteuse d’Hitler en 43 ? répond le roman.

 

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

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