Dans la forêt : promenons nous dans les bois.

Résumé

Editions Gallmeister. Parution : janvier 2017. Prix : 23.50€

Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours au coeur de la forêt, isolées du monde. A plusieurs kilomètres de la moindre présence humaine, elles ont y grandi libres dans la bulle de la maison familiale, laissant libre cours à leurs apprentissages et développant leurs passions respectives pour la musique et la danse.

Alors qu’elles se préparent à entrer véritablement dans le monde pour faire leur vie d’adulte, celui-ci s’effondre. Des épidémies se déclarent, des conflits explosent, des faillites s’enchaînent. Plus d’argent, de nourriture, d’électricité, d’essence, de moyens de communication… Coupées du monde et abattues par la perte de leur mère, les jeunes femmes ne prennent pas de suite la mesure de la situation jusqu’à ce que leur père disparaisse à son tour.

Désormais les voilà seules, livrées à elles-mêmes, dans la forêt, avec l’impératif de faire leur deuil de leur ancienne vie pour réinventer une façon de vivre et de survivre.

Mon avis : Dans la forêt, pure émotion.

La claque ! Définitivement la claque ! Il y a peu de livres qui vous collent des gifles aussi magistrales. Dans la forêt vous enferme dans une forme de huit-clos prenant et lancinant. Une bulle aussi douce qu’oppressante où le temps s’écoule au compte-goutte à l’instar du monde qui s’effondre pièce par pièce au dehors. Mais rien ne peut reculer l’inéluctable auquel nos héroïnes vont devoir se confronter : leur survie dépend de leur capacité à faire le deuil de la facilité de leur vie d’avant. A tirer leur subsistance de leur environnement.  A se réinventer pour s’adapter.

Dans la forêt est un roman qui questionne profondément notre mode de vie et notre relation à notre confort. L’urgence de la survie serait-elle un moteur suffisant pour abandonner tout espoir de retour à notre monde d’avant et à toutes ses facilités (chauffage, électricité, médicaments, médecins, nourriture abondante) ? Pour nous contraindre à nous adapter à une nouvelle réalité ? Combien de temps nous faudrait-il pour faire le deuil des illusions ? Quel en serait l’impact psychologique ?

Le sort de ces deux jeunes filles nous paraît intolérable, oubliant sous notre plaid, à la jolie lumière d’une lampe électrique, que quelques siècles en arrière, les gens vivaient ainsi sans se poser d’autre question que celle de leur subsistance et du rythme des saisons.

L’écriture de Jean Hegland nous enveloppe dans l’ambiance étrange de la maison familiale, ce cocon familier rassurant et angoissant, tout à la fois abri et prison. Point d’ancrage et vestige d’un monde qui s’effondre, d’un mode de vie porté à disparaître. La fascination du cadre envoûtant de la forêt le dispute au malaise et on ressent de façon presque épidermique l’atmosphère qui s’alourdit, les angoisses et les tensions qui montent. Chaque soeur repliée sur soi, la survie se fera-t-elle avec l’autre ou contre elle ?

La décision finale d’Eva et Nell sonne comme une condamnation de notre société, de nos habitudes. Un verdict, presque l’anticipation d’un certain futur.  Elle éveille en nous une forme de rejet tant elle nous parait insupportable et pourtant d’une logique implacable. La voie choisie par les deux soeurs apparaît avec le recul comme la seule viable mais elle pose une question douloureusement cruciale : dans des circonstances similaires, serions-nous capables de faire de même ?

Entre espoir et malaise, le roman de Jean Hegland a quelque chose à la fois d’initiatique et de prophétique. En dépit de ses accents de condamnation, il est porteur de l’espoir d’une humanité qui refleurirait, dépouillée d’elle-même, là-bas… dans la forêt.

Publié par

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

3 commentaires sur « Dans la forêt : promenons nous dans les bois. »

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