Fleabag : la série sans filtre

Fiche technique

Sortie : juillet 2016

Saison : 2 (12 épisodes)

Scénario : Phoebe Waller-Bridge

Diffusion : Amazon Prime

Casting : Phoebe Waller-Bridge, Olivia Colman, Andrew Scott, Brett Gelman, Bill Paterson, Sian Clifford, Jenny Rainsford

Fleabag : la série sans filtre

Ah Fleabag ! De la série comme on les aime. Originale avec une écriture mordante et crue. Un rythme dense, un style incisif, de l’humour et de la complexité. Une série qui sait nous surprendre et parfois nous déstabiliser.

Fleabag c’est elle

Phoebe Waller-Bridge incarne Fleabag dans la série du même nom.
©Amazon Prime

La trentaine, londonienne, un poil chic, fantasque, irresponsable, la libido débridée et la réplique cinglante aux lèvres. Impulsive et incapable de tenir sa langue, Fleabag a le chic pour se fourrer dans des situations impossibles, que ce soit dans sa vie sentimentale, professionnelle ou familiale.
D’entrée de jeu, le côté irresponsable, inconséquent, voir superficiel du personnage pourrait nous le rendre antipathique. Après tout, Fleabag mène sa vie et ses coucheries sans avoir l’air de trop se soucier des sentiments des autres qu’elle manipule à plaisir. Mais sa façon de briser le quatrième pour nous prendre à témoin des situations et nous faire partager ses réactions la rend irrésistible. Irrésistible et drôle à souhait.
Et de fil en aiguille, on finit par s’y attacher pour découvrir sous sa carapace fantasque une jeune femme paumée. Depuis la mort de Boo, sa meilleure amie, Fleabag, pour bien des raisons que l’on comprendra au cours des deux saisons, est à la dérive. Elle ne sait plus où elle va et utilise le sexe pour combler le vide dans son existence.
Et ce n’est pas sa famille dysfonctionnelle à souhait qui va pouvoir l’aider.

Ecrit au départ comme un sketch devenu pièce de théâtre puis adapté en série, Fleabag c’est caustique et c’est touchant. C’est gai et c’est triste. C’est doux et cru. C’est un cocktail détonnant où l’écriture comme le jeu de Phoebe Waller-Bridge font des miracles. Son interprétation est un joli tour de force de jeu d’actrice, mené avec une énergie folle. Avec subtilité, elle ne nous dévoile que par touches la vraie face de Fleabag, comme un tableau qui se fissure, qui s’écaille doucement. Et on découvre cette jeune femme au bord du gouffre, qui parait au départ ne se soucier de rien, ni de personne, mais à qui son père dit en saison 2 :

« I think you know how to love better than any of us. That’s why you find it all so paintful. »

Pourtant jamais au grand jamais, la série ne sombre pas dans le pathos et ne perd de son humour ou de sa vivacité. Même lorsqu’elle plonge dans la nuance, Fleabag garde cette écriture dure, crue, teintée d’humour noir qui pousse la réflexion.

Alors que notre héroïne apparaît de prime abord comme l’élément perturbateur, semant la zizanie par son comportement, on se rend doucement compte que gravite autour d’elle un entourage profondément dysfonctionnel. Que ce soit son ex, sa soeur, son beau-frère,  sa belle-mère ou son père, tous marchent à côté de leurs pompes pour une raison ou une autre. La seule différence avec Fleabag c’est que son comportement à elle est un révélateur de son mal-être. Elle ne cherche pas ou ne parvient plus à faire semblant, comme sa soeur, que tout va bien. Et elle porte un regard paradoxalement d’une grande lucidité sur ceux qui l’entourent.
Ceci dit, on en est pas à un paradoxe près avec Fleabag. Réfléchissez-y deux minutes. Cette jeune femme moderne, indépendante, libérée qui revendique de coucher avec qui bon lui semble, avoue se servir du sexe pour exister. C’est-à-dire que elle qui adopte une attitude égale à celles de hommes, ne parvient à se sentir exister qu’à travers leur désir, à travers son corps de femme. Et non pour ce qu’elle est en tant que personne. Fallait-il une écriture brillante pour nous soumettre avec humour et une apparente légèreté une telle problématique et un personnage si complexe !

Fleabag nous parle de la vie, de l’amour, du sexe, du couple, de la famille, des galères. Bref du sens que l’on peut chercher à l’existence parfois. Du sentimen de ne pas savoir où l’on va. Cependant, comme on est ni dans Sex & the City ou Friends, on n’en parle pas entre deux cafés avec une paire de chaussures de luxe aux pieds, mais à travers le regard d’une héroïne cynique et paumée, flirtant avec la dépression. C’est dur, c’est brut. Parfois même un peu brutal dans le propos. Mais d’une acidité décalée qui fait que c’est terriblement drôle et d’une grande subtilité.

Ajoutez à cela un casting aux petits oignons avec notamment une Olivia Colman époustouflante en belle-mère insupportable, limite infâme et un Bill Paterson merveilleux en père paumé.
Quant au duo Phoebe Waller-Bridge / Andrew Scott en saison 2 c’est tout simplement un régal. Un petit cadeau. Notre irlandais préféré y incarne face à Fleabag un personnage de prêtre pour le moins peu conventionnel (il boit, fume, jure…) mais d’une cutitude à faire décoller le papier peint. Il m’a presque convertie, provoquant chez moi un certain regain d’intérêt pour l’Eglise. Et je crois pouvoir affirmer sans me tromper  que je ne suis pas la seule dans ce cas. Il semblerait qu’il ait un peu mis tout Internet en émoi.

Source Vulture.  Photo: ©Steve Schofield/Amazon

De façon générale, les acteurs dans cette série sont une petite merveille. Ils insufflent cette dynamique totalement barrée entre les personnages qui fait tout le charme et le réalisme de l’histoire. Car, après tout, chacun a ses cadavres dans les placards et personne n’a une famille parfaite. Mention spéciale pour la relation entre les deux soeurs (dont l’aînée Claire est incarnée magistralement par Sian Clifford) qui n’est pas dépourvue d’une certaine lucidité.

« We’re not friends. We’re sisters. 

Tout cela fait de Fleabag une petite pépite que je ne peux que recommander. Et une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec Télérama (Je ne pensais jamais dire un truc pareil, l’heure est grave mes amis) : 

« Entre détresse feutrée et cynisme hilarant, la deuxième et ultime saison des chroniques désabusées de Phoebe Waller-Bridge, disponible sur Amazon Prime Video, éblouit par son originalité. »

Télérama article du 21/05/19

C’est un joyeux OVNI de série entre rires et larmes qui se dévore en un rien de temps. Douze épisodes c’est résolument trop court. On en voudrait plus. Et en même temps, on se réjouit que Phoebe Waller-Bridge n’ai pas tiré les choses sur la longueur, puisque la saison 2 a quelque chose de résolument abouti dans son propos.
Nul doute en tous cas que Fleabag collectionne des Emmy Awards largement mérités. Je pourrais encore vous en dire beaucoup pour vous en convaincre. Mais la meilleure façon de le vérifier, c’est encore de le regarder !

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Source

Publié par

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

7 commentaires sur « Fleabag : la série sans filtre »

  1. Merveilleusement bien inspiré cet article ! Je ne peux qu’être d’accord en tout point. Et d’ailleurs, bah… je me refais la série là.
    Y a un truc que je rajouterais c’est la manière dont nous spectateurs devenons un personnage de la série, à la fois le témoin, comparse et complice hilare de Fleabag mais aussi le voyeur omniprésent et dérangeant qui va jusqu’à la faire sentir si mal… Brillant.

    (petite note au passage, n’est-ce pas émouvant et déchirant à quel point le personnage d’Andrew Scott est en phase avec Fleabag ? Le simple fait qu’il remarque qu’elle parle à « quelqu’un » déjà moi ça m’a fait fondre le cœur. Le gars la voit et la comprend tel qu’elle est. Voilà c’était la minute « je suis une fleur bleue au fond, pardonnez-moi »)

    Aimé par 1 personne

  2. MAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAIS je croyais qu’il y aurait une saison 3 moi, c’est pour ça que je n’ai pas enchainé avec la saison 2 d’ailleurs T_T
    Bon heureusement qu’il y a Andrew dans la saison 2 MAIS QUAND MÊME JE SUIS TRISTESSE
    En tout cas très jolie chronique ♥

    Aimé par 1 personne

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