Et si on regardait… Médicis ? (ou pas !)

Réflexion métaphysique et drama pseudo-historique, attention July s’est lancé dans les Médicis. Et si sa rentrée se fait en grande pompe, dans les ors et fastes de la cour de Florence, avec un casting rutilant, il semblerait que niveau scénario et vérité historique, ça sente plutôt le placo-plâtre et l’improvisation.
Vous connaissez July. Il ne pouvait manquer d’imposer cela à sa femme (la pauvre !) pour tailler une chronique aux petits oignons.


Les amis, c’est avec plaisir que je vous retrouve pour une nouvelle saison de chroniques sérielles en tout genre sur le blog de June[1] et je reviens en grande pompe des XIVe-XVe siècles pour vous parler de Florence, d’où je reviens avec une série intitulée : Les Médicis : maîtres de Florence (Medici : masters of Florence de son titre VO). Au casting, on retrouve Richard Madden (Robb Stark de Game of Thrones) dans le rôle de Côme de Médicis, Dustin Hoffman dans le rôle de son père, Jean de Médicis. Je me suis dit que le casting avait l’air sympa sur un sujet qui m’intéresse : les querelles intestines de Florence pour arriver à la domination que l’on connaît surtout sous Laurent le Magnifique. La série a été produite par Altice pour son offre SFR Play en coproduction avec Netflix pour la distribution internationale et la Rai pour l’Italie. 3 saisons de 8 épisodes sont au programme.

L’histoire commence avec un meurtre : celui de Jean (Giovanni en VO). Il aura pas fait long feu, Dustin. Ses fils, Côme (Cosimo) ou Laurent (Lorenzo) vont chercher à savoir comment cela a pu se produire et lutter contre les autres familles florentines pour le pouvoir. Par ailleurs, par un jeu de flash-backs, on réintègre Jean histoire de ne pas avoir payé Dustin Hoffman pour rien (même si sa faible présence contrairement à ce que la promo nous faisait croire est probablement due à un salaire trop élevé pour l’avoir en permanence). Si vous avez aimé les Tudors (qui ont déjà quelques années) ou Borgia (qui commence aussi à prendre quelques années), il y a des chances pour qu’à un moment de votre vie séristique, vous vous tourniez vers les Médicis.

Des intrigues, des assassinats, des complots politiques, une prise de pouvoir, le XIVe siècle, tous les éléments étaient réunis pour une bonne série. Mais pas besoin d’assassiner moi-même la série : elle se suicide toute seule. Créée par Frank Spotnitz (scénariste sur 48 d’épisodes de X-Files) et Nicholas Meyer (réalisateur de Star Trek 2 et 6 dans les années 1980 et 1990…), la série a un postulat de départ fictionnel et non historique : Frank Spotnitz le dit lui-même dans l’un des bonus DVD : « Le défi pour moi consistait à trouver le moyen de raconter cette histoire pour qu’elle accroche des gens qui ne s’intéressent pas nécessairement aux Médicis.[2] D’où la création d’un « et si… ? » fictionnel : « Et si Giovanni de Médicis avait été assassiné ? », car en fait, historiquement, on ne sait pas comment il est mort. Avec ce mystère en début de série, on va voir ses deux fils rechercher qui l’a tué et pourquoi. Or les sujets sont des gens de leur entourage, tous historiquement passionnants. »[3] Comprenez donc que tout ce qui va s’en suivre n’est que fictionnel et non historique. Je passe sur cet espèce de New Deal créé par les Médicis en créant de l’emploi pour la construction du dôme, ce que Spotnitz voit comme « une réflexion sur la définition même de la beauté et une autre sur ce qui fait la société occidentale et ses valeurs ». Remarquez ça colle : bossez pour qu’on ait l’air classe, nous, les élites, ça s’applique encore aujourd’hui.

La série veut traiter d’histoire, de politique, de religion et d’art en même temps. Mon père et ma mère m’ont toujours dit de faire une chose après l’autre et de les faire tranquillement afin de ne pas m’éparpiller pour tout rater : c’est exactement ce que fait la série, en voulant traiter de plusieurs choses en même temps et en essayant de les imbriquer les unes avec les autres. Mes profs à la fac m’auraient dit qu’avec un truc pareil, je rendais un brouillon sans plan. Quand on a la problématique mais pas le plan, ça commence à faire mal. Le générique rock de la série vient alors parachever un côté kitsch (dommage car bien utilisé ça peut être super !) dont la série a du mal à se défaire : les personnages sont tourmentés, en proie à des doutes internes (« dois-je me taper la lavandière avant d’en tomber fou amoureux… mais que va dire Papa ? ») ; le souci est que Richard Madden a l’impression de bouder chaque fois qu’il veut se donner l’air pensif. Il en va de même avec les intrigues déjà vues (« on va se marier, mais on ne s’aime pas… peut-on quand même arriver à s’entendre et s’aider mutuellement ? ») et des rebondissements WTF (un ouvrier qui chute du chantier du dôme de Florence et oh, mon dieu, il a la peste !).

En seconde saison, on fait un bond dans le temps et l’on passe à la période de Laurent le Magnifique. Mais les comédiens n’en deviennent pas crédibles pour autant (Bradley James commence à prendre un petit coup de vieux depuis Merlin) et puis Sean Bean vient interpréter le chef de clan des Pazzi, famille rivale des Médicis. On ressert la même sauce mais 50 ans plus tard. Je ne dirai pas ce qu’il advient au personnage de Sean Bean… mais disons que la boutade usuelle sur les personnages de Sean Bean est respectée. Kitsch respecté aussi quand on voit comment Botticelli peint Le Printemps dans la série, avec un point de départ… original. La 3e saison suit directement la second (tant sur le plan scénaristique que sur celui de la qualité de la série), et montre le déclin de Laurent vers la fin de sa vie ainsi que son duel politique avec Savonarole, prêtre qui prend le pouvoir une fois Laurent décédé.

Au final, ce côté kitsch se laisse suivre un été post-COVID où l’on ne sait pas quoi regarder tellement c’est désert dans le paysage audiovisuel. 24 épisodes d’un peu moins d’une heure, ça passe uniquement dans ces conditions, mais j’étais content d’arriver au bout de la série parce que j’en avais marre[4]. Autant revoir Borgia ou The Borgias, les deux séries sur la papauté se déroulant juste à la fin de cette période décrite et plus intéressantes sur le plan politique, artistique, religieux et surtout sur celui de la réalisation d’une série.  

Je laisserai le mot de la fin au créateur : « Il n’est pas évident d’intéresser le grand public à l’histoire d’une famille de banquiers du XVe siècle italien ».[5] Au vu de cette série, je confirme.

July


[1] Note à moi-même : penser à en parler à June pour savoir si elle est d’accord.

[2] Comprendre faire de l’audience et donc du chiffre pour la chaîne. N’oublions pas que la production audiovisuelle est un business avant tout, Marlon Brando l’avait déjà compris.

[3] https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/02/15/tv-les-medicis-lutte-du-pouvoir-au-temps-de-la-renaissance_5080254_1655027.html, consulté le 7 septembre 2020.

[4] Et disons-le aussi, ma femme en avait ras-le-bol depuis l’épisode 2 de la série : elle allait donc râler un peu moins à chaque fois que c’était l’heure du dîner en regardant un épisode… mais c’est une sainte, elle a supporté la série !!

[5] https://www.telerama.fr/series-tv/avec-les-medicis-sfr-se-met-sagement-aux-series,149067.php, consulté le 7 septembre 2020.

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

10 commentaires sur « Et si on regardait… Médicis ? (ou pas !) »

  1. Une série sur les Médicis, évidemment, je me suis jetée dessus! Et je dois dire que je m’attendais à pire pour la 1ère saison. En revanche, pour la 2nde, je ne m’en suis pas encore remise. J’ai arrêté au bout du 2nd épisode. Je vais essayer de finir quand même mais je ne suis pas très motivée.

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