Il faut bien que jeunesse se passe…

Source Canal +

Tiens t’en as encore tué un !

C’est par cette sentence pleine de tact que mon tendre époux m’a annoncé hier soir le décès d‘Alain de Greef. Il faut dire qu’il s’amuse à me faire tourner en bourrique, profitant du fait que je suis devenue légèrement parano sur le mois de juin depuis que Michaël Jackson a décidé de mourir pile pour mon anniversaire en 2009.

Ma copine Ju la Belette dit que c’est parce que je me focalise trop sur cette période. Peut-être… Probable. N’empêche, bilan de cette année, quatre en un mois:

Christopher Lee

James Horner

Patrick Macnee (en plein dans le mille celui-ci)

Alain de Greef

J’ai l’impression de patauger dans la nécro. Un truc entre les Noces Funèbres et l’Étrange Noël de Monsieur Jack.

J’en ai tiré une conclusion personnelle : Dieu existe et il a peur de s’ennuyer l’été. Alors il rapatrie. Du coup ça va être hétéroclite le Paradis cette année.

Bref j’ai quand même eu mon petit coeur de geek en berne. Je ne vais pas vous faire la farandole des clichés. De Greef tient en une expression : l’esprit Canal.

Et là je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (sic). Avant que Canal + niveau émissions ne redevienne QUE de la télé (exception faite peut-être du Petit Journal ?).

De Greef nous avait offert l’inclassable Nulle Part Ailleurs, l’insolence des Guignols de l’Info et avait défendu Groland contre le CSA. J’imagine qu’à force de devoir s’expliquer avec Hervé Bourges, ils devaient se parler par sms.

Monsieur de Greef c’était quoi ça hier soir ?

– Çaaa vaaaaa… 

Ce n’était probablement pas ça. Mais ça me fait rire de l’imaginer ainsi.

J’ai mon petit pincement au coeur parce que de Greef c’était l’initiateur de cette grande époque de Canal + qui m’avait fait basculer dans le monde des cinéphiles, des enfants de la télé, des geeks.

Que je vous explique.

Je vivais aux Antilles à l’époque et à la télé il y avait les chaînes locales : RFO, Archipel 4, Canal 10.

Autrement dit le néant sidéral.

Pire que Tf1 et France 2 un dimanche soir de vacances de Pâques (ou de Toussaint je vous laisse choisir) ! Des sous-produits de chaînes nationales qui récupéraient en recyclage les programmes.

Les films et les séries passaient avec un décalage presque d’un mois avec la Métropole. Même Hélène et les garçons on n’était pas à jour ! Bon je ne regardais pas, faut pas exagérer. Mais c’est pour vous donner une idée.

Quand au cinéma en lui-même les sorties avaient 6 mois d’écart.

Inutile que vous pouviez vous faire spoiler vingt fois par vos amis. Sauf qu’à l’époque et dans le contexte, Internet non plus ce n’était pas ça.
Oui j’ai eu une adolescence difficile. Un poil déprimante de ce point de vue.

Autant vous dire que le jour où Canal Sat est arrivé chez nous, j’ai failli entamer un pèlerinage à Lourdes. De joie. Après ça faisait un peu long à pied et à la rame.

Quand les premières mesures de ce générique retentissaient, j’étais vissée à l’écran.

De cette période de Canal, j’ai tout pris en vrac, le bon et le mauvais. J’ai appris la télévision parce qu’on me proposait enfin de quelque chose de différent de Drucker, Sabatier et Intervilles. De tout ce qui avait pu bercer mon enfance en somme. La grande époque de Canal + c’était mon adolescence.L’impertinence et la rébellion. L’humour et le cinéma.

D’ailleurs dans les moments cultes, j’ai gardé ça

Ce n’est pas bien, je sais. Mais j’en ris encore. Si j’avais su qu’on l’aurait comme président, j’aurais peut-être ri jaune à l’époque.

Oui Gaccio et les Guignols m’ont intéressée à la politique. J’ai découvert le Festival de Cannes avec Gildas. L’incohérence de la télévision avec le Zapping. De nouvelles formes d’humour avec De Caunes, Garcia, Les Nuls. Des tas de choses utiles ou non avec Bonaldi et son équipe.

Que reste-il de nos amours ? Demande la chanson.

De Greff est viré en 2001. Son alter ego Pierre Lescure suit (2002) et l’esprit Canal se fait la malle plus vite que la musique. Gaccio restera au commandes des Guignols jusqu’en 2007. Le linge devient très sale en 2005. Et tout cela ne nous intéresse plus.

Sauf évidemment les séries et le cinéma pour lesquels Canal tire son épingle du jeu.

Canal a perdu son +. De Greef s’en est allé. Et avec lui le souvenir des plus belles années télévisuelles de la chaîne.

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