De la dichotomie du fan et de la problématique de la notoriété

Je vous parlais  dans mon article sur la convention Sherlocked de ma propension à séparer clairement les notions de fan et de groupie.

Pour mémoire, voici de façon un peu brute comment je définissait le terme groupie (que je ne limite pas à un caractère exclusivement féminin) :

 » le/la groupie étant celle/celui dont le hurlement dépasse le suraigu pour vous faire saigner les oreilles, dont la culotte s’envole devant l’objet d’adoration et qui peut potentiellement avoir un comportement inapproprié. « 

Nous avons donc l’idée quelqu’un pris par une admiration parfois exagérée. Comment définir alors le fan par opposition ? Bonne question.

Le Larousse nous en donne une définition plutôt pragmatique :

«  Admirateur enthousiaste, passionné, de quelqu’un ou de quelque chose. »

Certes. Mais cela ne définit pas la frontière entre nos deux parties et encore moins les limites de comportement.

Wikipédia (pour une fois !) approfondit les choses de façon constructive.

 » Un fan (anglicisme, abréviation de fanatic, littéralement « fanatique ») est une personne qui éprouve une très forte admiration pour une personne, un groupe de personnes, une équipe de sport (dans ce cas on parle plus de supporter), etc.

Un groupe de fan d’une même entité ou d’une même personne constitue son fandom. Ils peuvent montrer leur enthousiasme en créant un fan club, en tenant des conventions, ou en rédigeant des fanzines ou des fanfictions.

Dans certains cas, l’attraction peut virer à l’obsession et le fan peut avoir des comportements jugés extrêmes. »

Cette définition est plus intéressante, car elle admet une notion de palier, de gradation dans le comportement d’un fan. Et c’est ici pour moi que se fait la transition et qu’intervient le terme de groupie. 

Je vous passe la partie psycho-analytique qui, se basant uniquement sur les aspects extrêmes en vient à considérer peu ou prou que les fans devraient aller voir un psy et ont tous un problème avec leur mère.

(Merci bien !)

Pour en venir au but de mon propos.

Pourquoi insister sur une telle distinction ?

Certes, les groupies entrent dans la définition du mot fan, de façon globale, mais s’en séparent dans l’adoption de comportements extrêmes teintés d’une notion de possessivité, une volonté d’appropriation de la personne.

Il est important de signaler ici que j’utilise le terme de groupie sciemment à contre-emploi pour identifier une catégorie de fans. Cependant, il serait utile de décortiquer encore plus pour différencier des types de groupies.

En effet au même titre que tous les fans ne sont pas extrêmes, les groupies ne sont pas tous des profils psychologiques égocentriques. Pour une large partie, l’exagération du comportement relève juste d’un besoin légitime d’identification, de modèle et de repères.

D’ailleurs le fandom de façon générale est souvent porteur de cette forme de reconnaissance communautaire, voire sociale. Il est un moyen d’identification, de retrouver des individus partageant les mêmes références, le même univers et des intérêts communs.

Mais le fait que l’intégralité de ce type de comportements soit associé à la définition du fan sur Wikipédia (et donc dans la représentation collective) est un peu réducteur et facile.

Non tous les fans n’ont pas ce type de comportement, ni de schémas psychologiques. Même si un certain niveau de projection relève parfois de la catharsis ou d’une recherche de modèle.Il faut malgré tout, à mon avis, poser une limite, voir une gradation dans la façon de vivre le fait d’être fan.

Ensuite, ce type d’extrêmes pose la question de la notoriété de la personne sur qui est dirigée cette adoration.

En bonne fan de Sherlock, j’ai une alerte Google pour suivre l’actualité de la série. Et je vois passer de tout et n’importe quoi. Des échanges entre les fans et les créateurs de la série, des interviews, des Q&A. Pour le meilleur.

Mais je vois aussi le pire. Et quand je lis qu’une jeune femme s’est trouvée si près de Benedict Cumberbatch qu’elle aurait voulu pouvoir sentir son cumbermusk.

Dans ma tête, il y a cette scène qui apparaît :

Oui c’est un peu extrême, je le reconnais. Mais sérieusement ?

Et quand une autre jeune femme dit au même acteur qu’elle voudrait pouvoir goûter sa délicieuseté (Sic) en plein Q&A de The Imitation Game …

if I can taste your deliciousness.

Je vous laisse admirer à la fois la réaction du casting et la brillante reprise en main de Mr Cumberbatch.

Je crois que ma réaction a du ressembler à ça en lisant l’article.

Comprenez moi bien, il ne s’agit pas d’un jugement moral sur ce type de fan qui n’a plus la notion des limites. A aucun prix. Mais plutôt de comprendre comment notre société a pu donner naissance à ça.

Nous sommes tombés dans un culte de l’image qui dépasse l’entendement. Et je prends ici le terme d’image au sens large, celui de la perception qu’on renvoie à un public, une audience par différents médias. Une mosaïque que l’on compose.

Historiquement ce type de relations modèles/ image/fans a toujours existé, passant par la représentation et la mise en scène, via le texte, le paraître ou l’image. On peut d’ailleurs ici extrapoler en prenant l’exemple de la mise en scène du pouvoir chez les empereurs romains ou chez Louis XIV. C’est la création d’une image omniprésente (Pièces de théâtre, poèmes, palais, portraits, statues) à destination du peuple. Nul besoin de Paris Match quand on a Versailles ou Rome.

De là à voir le peuple comme un immense fandom potentiel. Pardon, je m’égare.

Mais avec avec Internet, les réseaux sociaux, ce phénomène s’est amplifié d’une façon quasi incontrôlable. L’image est devenue virale. Or, plus les informations sur une personne sont rendues publique, plus on s’approche de sa vie privée, plus les limites s’estompent, deviennent floues. Et pour ceux dont la perception était déjà brouillée par l’adoration, elles deviennent plus aisées à franchir.

Par ailleurs le voyeurisme constant qui s’est développé, qu’il s’agisse de la presse people ou des émissions télé-réalité abolissent certaines limites morales. La conscience de la notion de vie privée diminue.

Et quand en plus n’importe qui peut devenir une star en, pardonnez-moi par avance, montrant ses fesses à la télévision, on a vite fait de rabaisser ceux qui le sont devenus autrement au niveau du péquin moyen.

En effet, ce sont des êtres humains comme les autres avec juste un métier à part, qui ont droit à au respect de leur dignité comme de leur vie. Comme chacun d’entre nous.

Je ne m’étendrais pas sur le sujet. Mais souvenez-vous de ce que Patrick Swayze a du endurer de la part des médias à la fin de sa vie.

Qui achète de telles images ?

Et quelles sont les valeurs d’une société qui accepte qu’on étende sur la place publique la déchéance d’un homme face à sa maladie, sous prétexte qu’il est connu ?

Partant de là, comment s’étonner que certains fans aient des débordements de comportements, puisque tout leur est livré sur un plateau : vie, mort, enfant, sexe…

Si je tiens autant à établir une telle distinction dans la définition de fan, c’est aussi pour rappeler certaines valeurs morales comme le respect, que la surmédiatisation a méchamment écharpé.

Vouloir s’approprier quelqu’un par des images, des morceaux de sa vie, ce n’est pas respecter son travail ou le professionnel ou même la personne qu’il est. C’est un fait.

La convention Sherlocked, pour en revenir à cet exemple car il est concret pour moi, s’est passée dans une atmosphère de respect et de convivialité. Or, je ne pense pas que les fans de Sherlock soient différents des autres.

Mais je ne me suis pas non plus étonnée de voir Mr Cumberbatch passer entre six gardes du corps ou certains membres du casting être suivi par un ou deux.

Si j’avais entendu ce qu’ils doivent entendre parfois, je ferais pareil.

Être acteur, musicien, artiste signifie devoir donner un peu de soi publiquement pour des raisons professionnelles. Et certains le font avec plaisir. D’autres moins.

Être fan, au sens prosaïque du terme, signifie pour moi, admirer, soutenir et savoir respecter ce que ces personnes choisissent de nous donner, en admettant des limites.

Publié par

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

4 commentaires sur « De la dichotomie du fan et de la problématique de la notoriété »

  1. Encore une fois je retrouve des réflexions que je me suis faites sur les excès de certains fans. J’ai quand même entendu une fan demander à un acteur américain, en convention, quelles étaient ses préférences en matière d’épilation génitale…
    A leur décharge, il contribuait à l’escalade, vu qu’il avait, en préambule, invité les fans à « oser poser toutes les questions », sachant très bien quel genre de public il avait en face de lui. Et qu’en concert, il avait fait des commentaires scabreux absolument pas nécessaires.

    Ceci dit, quand on en voit qui trouvent normal de camper devant chez un artiste au motif que « s’il voulait pas être emmerdé, il n’avait qu’à pas faire ce métier », on se demande si elles ne confondent pas les « stars » de télé réalité qui n’ont rien d’autre à montrer que leur vie privée dénuée d’intérêt, et ceux qui font un métier artistique qui se trouve être public.

    Aimé par 1 personne

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