Mon Panache !

Empruntons donc le Tardis et remontons un peu dans le temps pour nous arrêter sur une année particulière pour le cinéma français : 1990

Et pourquoi, diable, s’il vous plaît, 1990 ?

Parce-que s’il est des rôles que certains acteurs doivent rencontrer, c’est cette année-là que Gérard Depardieu rencontra le rôle de sa vie.

Cyrano de Bergerac : Affiche

Laissons-là d’emblée les discussions stériles et autres débats houleux sur les migrations de Gérard Depardieu, pour rester concentrés sur le film.

  • Fiche technique

Sortie : 1990

Réal : Jean-Paul Rappeneau

Scénario :Jean-Claude Carrière, Jean-Paul Rappeneau

Casting: Gérard Depardieu,  Anne Brochet, Vincent Perez, Jacques Weber.

  • De Cyrano à Coquelin. De Coquelin à Depardieu. 

Savinien de Cyrano de Bergerac n’est pas qu’un héros de papier, Edmond Rostand nous l’avoue lui-même par cette dédicace  :

« C’est à l’âme de Cyrano que je voulais dédier ce poème. Mais puisqu’elle a passé en vous, Coquelin, c’est à vous que je le dédie ».

En effet, l’auteur s’inspire de certains aspects de ce romancier et dramaturge du XVIIème siècle (son profil un peu fort, son état de poète, son enfance à la campagne sur le fief de Bergerac), véritablement auteur de la fameuse Histoire comique des Etats et Empires Du Soleil.

Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Cyrano dessiné et gravé par un artiste non identifié d’après un tableau de Zacharie Heince. Source Wikipédia

Pourtant, c’est Benoît Constant Coquelin qui va le premier faire naître véritablement Cyrano sur les planches. Enthousiasmé par l’idée de Rostand, il participe à l’écriture de l’oeuvre et sa personnalité même inspire l’auteur.

En dépit de nombreuses adaptations postérieures au théâtre, à la télévision et au cinéma, personne ne parviendra, semble-t-il, à s’emparer du personnage comme Coquelin l’a fait.

En faisant de Savinien de Cyrano de Bergerac un héros de théâtre, Edmond Rostand lui offre la postérité, Coquelin par sa performance triomphante l’a rendu immortel.

Personne donc ne semble égaler cet exploit jusqu’à l’année 1990, où Depardieu en donne une interprétation qui laisse le monde du cinéma pantois.

En témoigne d’ailleurs le déluge de nominations et de récompenses nationales et internationales qui s’abat sur le film:

  • Deux prix au Festival de Cannes dont meilleure interprétation masculine et huit nominations donc une pour la Palme d’Or.
  • Dix césars pour treize nominations.
  • Un Oscar de la meilleure création de costumes.
  • Quatre BAFTA ppour huit nominations.
  • Un Golden Globe.

Cyrano est un triomphe sans concession, tout autant qu’à sa première représentation en 1897, qui valut la Légion d’Honneur à Edmond Rostand.

  • Un défi de taille

La pièce est un véritable casse-tête à adapter au cinéma :1600 vers, nombres de costumes et de décors, des duels, des batailles.

Rostand lui-même, en son temps, avait bien failli se casser les dents sur sa propre pièce, tant la difficulté à la monter était grande.

Tout en conservant une grande partie du texte original, Jean-Claude Carrière et Jean-Paul Rappeneau parviennent pourtant à offrir une fluidité au film, qui éloigne toute la lourdeur classique, qu’on pouvait redouter d’une telle adaptation.

Certes, la rythmique du phrasé est parfois un peu artificielle, mais  cela est largement estompé par d’autres qualités.

Derrière la caméra, Jean-Paul Rappeneau sait user de ses talents de réalisateur pour faire passer Cyrano de la scène à l’image.

Le héros de l’oeuvre est complexe, grotesque d’apparence, touchant, fier, pathétique et sublime.

C’est un exercice ardu pour un comédien ou un acteur de porter un rôle si subtil et emblématique. Périlleux aussi car l’échec pourrait être cinglant.

Depardieu, magistral, l’endosse de façon si naturelle, qu’il en est déconcertant.

Un gant à sa mesure, qu’il enfile, tout simplement.

Il excelle à nous dévoiler toutes les facettes de Cyrano, sans laisser le moins du monde les nuances de son jeu être plombées par la rythmique des vers.

Bernard Weber sait lui rendre la pareille avec élégance, campant un Comte de Guiche imbus de sa position, calculateur et possessif, terriblement humain.

Cependant, leurs présences respectives éclipsent parfois le jeu des deux autres protagonistes principaux, Anne Brochet et le (jeune) Vincent Perez. Ce qui est dommage.

Pourtant, on ne peut regretter la saveur que donne un  Depardieu presque rabelaisien, à ce personnage, envahissant l’écran, mangeant l’espace, tonitruant, la verve haute, le regard fier.

Puis soudain du brasier on passe à la chandelle et Cyrano se révèle plus fragile, seul et meurtri, mais héroïque toujours.

On dit de Depardieu acteur que c’est un ogre. C’est vrai. Ce rôle il l’a mangé.

Cyrano.

Je crois qu’elle regarde…
Qu’elle ose regarder mon nez, cette Camarde !

(Il lève son épée.)

Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !
— Qu’est-ce que c’est que tous ceux-là ! – Vous êtes mille ?
Ah ! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !
Le Mensonge ?

(Il frappe de son épée le vide.)

Tiens, tiens ! -Ha ! ha ! les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés !…

(Il frappe.)

Que je pactise ?
Jamais, jamais ! -Ah ! te voilà, toi, la Sottise !
— Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas ;
N’importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !

(Il fait des moulinets immenses et s’arrête haletant.)

Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J’emporte malgré vous,

(Il s’élance l’épée haute.)

et c’est…

(L’épée s’échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.)
Roxane, se penchant sur lui et lui baisant le front.

C’est ?…

Cyrano, rouvre les yeux, la reconnaît et dit en souriant.

Mon panache.

4 réponses à “Mon Panache !”

  1. Je trouvais qu’on ne sentait pas trop les alexandrins dans le film, ce qui est une gageure vu qu’a priori ce n’est pas très naturel. Mais les acteurs arrivent à les faire passer assez fluidement.
    Et ça reste le grand rôle incontestable de Depardieu.

    Aimé par 1 personne

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