Freaky Friday: Le chant du fond des âges

La nuit tombe sur la campagne profonde. Et au fond de contrées reculées, retentit un chant venu du fond des âges, ressassé de façon presque incantatoire par des voix au bord de la transe.

… ou du coma éthylique, tout dépend sous quel angle on voit les choses.

A un moment ou un autre de notre enfance, dans quelque mariage d’un oncle éloignée ou d’une cousine germaine, nous avons entendu ces paroles exotiques au sens … mystérieux ?

« A-ga-dou dou dou pouss’ l’ananas et mouds l’café
A-ga-dou dou dou pouss’ l’ananas et mouds l’café
Tap’ la pomm’ tap’ la poir’ pouss’ l’ananas et mouds l’café
Tap’ la pomm’ tap’ la poir’ pouss’ l’ananas et mouds l’café  »

giphy
Dédicace au Roy. Copyright Calt Production

Rite incantatoire pour la fécondité des plantations fruitières ?

Paroles rituelles présidant à la cérémonie du café matinal dans les îles lointaines ?

Les rimes suivantes semblent indiquer une forme de poésie primaire, voir néandertalienne rendant hommage aux gougouttes(1).

« Accusé d’avoir goutté aux pomm’s de ma vahiné
Parait-il sans permission on me jeta en prison
Je dus payer au papa comm’ une poir’ mon ananas
Et puis le dédommager d’un ukulélé fêlé »

tumblr_mya1m9h1i91qdpm6co1_500
Originally posted by emidreamsup

Bon là, moi je veux bien faire un effort mais je viens de décéder. Comment ce truc incohérent, cette prose d’alcoolique pervers a-t-elle pu traverser les âges pour venir se loger dans les confins de mon vulnérable cerveau d’enfant ? Surtout que là, forcément, dans l’interprétation, bonjour les images qui traversent mon esprit…

kaamelott4
Dédicace au Roy. Copyright Calt Production

Certes, dans la série des chansons à boire aux relents franchouillards, rendant hommage à notre tradition festive, on avait déjà du lourd:

Excusez-moi, il faut que je pleure un peu. C’est le bruit du bouchon qui saute qui m’a achevée.

tumblr_nbi7y3kerG1sib16xo2_r1_250
Dédicace au Roy. Copyright Calt Production

Encore que, dans le style chanson imbibée, Agadou( dou, dou dou) au moins ait une excuse concernant la qualité de sa prose: c’est québécois. D’inspiration tout au moins semble-t-il. On les aime bien les québécois mais soyons honnêtes, parfois on ne pige pas à un broc à ce qu’ils racontent.

Voilà. S’il fallait un exemple. CQFD. Du coup, le mic-mac graveleux entre les pommes, les poires et le café, je ne dis pas qu’on pardonne mais disons qu’il est possible que nous soyons imperméable à la métaphore.

Je n’ai toujours pas compris le coup du café à moudre et des ananas. La gougoutte en forme de pomme ou de poire, d’accord, mais d’ananas… Et pourquoi le café ? Quel est le rapport ? Dans le doute on  va le ranger avec la chèvre d’Ilona hein !

Pourquoi ? Pourquoi les québécois nous ont fait  ça ?

Alors d’accord, depuis ils ont été relativement sympas Ils nous ont prêté Céline Dion, Garou, Starmania, Luc Plamandon. Très sympas même, ils nous ont laissé Natasha St Pier et Anthony Kavanagh. On leur a loué Fiori

Mais franchement, se venger du fait qu’on les ai cédés comme une vieille cargaison de thé (qui aurait pris l’eau de mer)  en 1763 aux britanniques, en polluant sournoisement notre répertoire musical des siècles plus tard avec un truc pareil, ça c’est petit !

wp-1451673293136.gif

Pour conclure, et si cela peut rassurer votre subconscient, cette réminiscence musicale coincée dans votre mémoire n’a rien à voir avec votre culture musicale: hymne estival du Club Med dans les années 70, elle a ainsi colonisé sournoisement la culture populaire.

(1) De façon assez imagée, j’emprunterais là la terminologie de gougouttes à Arnaud Tsamère pour éviter de me faire la longue liste des synonymes évoquant les seins. 

Freaky Friday

juneandcie View All →

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

5 commentaires Laisser un commentaire

  1. Je me souviens (dans Culture Pub peut-être? Ou des Nuls?) d’une parodie où ils avaient collé la chanson « Viens boire un p’tit coup à la maison » sur les images féériques de la pub Opium de l’époque, pour expliquer que le parfum c’était un secteur où il fallait faire rêver le consommateur. Et que donc pour ça, il fallait certes de belles images, mais qu’il fallait aussi que la musique soit au diapason…
    Je ne l’ai hélas pas trouvé via Google, il faudra que tu imagines XD

    Je ne retrouve même pas la bonne pub (ce n’était peut-être pas Opium en fait), mais c’était ce genre là:

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :