La dure vie du fan

Plus on est fan de quelque chose et plus ses absences, de longueurs variables selon qu’il s’agisse d’une série, d’un artiste, d’un acteur, d’un sportif ou même d’un dragon, sont difficiles à supporter.

Et, par un phénomène paradoxal à tendance elliptique (ça ne veut rien dire mais ça me faisait rire d’imaginer vos mouilles devant cette tournure), le fan cultive de plus belle sa fan-attitude pour compenser l’absence.

On crée des sites et des forums en pagaille. On dessine, on fan-fictionne (parfois un peu trop). On spécule (parfois beaucoup trop), on décortique, on analyse ( toujours trop). On replace des répliques à la moindre occasion, comme des balises de détresse pour trouver quelqu’un de sa tribu avec qui partager. Échanger pour le plaisir de retrouver des bribes, des miettes de ce qu’on aime. De se sentir compris. On revisionne/ écoute en boucle.

Bref on exaspère son entourage.

Chez certains, cela déclenche des élans culturels.  Les fans de Sherlock vont découvrir ou relire le canon jusqu’à réduire les livres en miettes. Dans toutes les langues, pour voir si ça diffère. Les Holmésiens se plongeront dans la biographie de Sir Arthur Conan Doyle et traqueront toutes les études sur le personnage de Holmes pour mieux en comprendre les rouages. D’ici que quelque chose leur aurait échappé… On ne sait jamais.

D’autres par désespoir, iront se jeter dans Elementary et y trouveront peut-être un substitut.

Chez d’autres encore, cela déclenchera des pulsions créatrices impressionnantes.

Je ne m’en lasse pas. Ils sont forts ces russes !

Mais jamais au grand jamais, de façon générale, le fan ne reste inactif. Ne plonge dans une patiente hibernation pour parer à l’attente. Étrange animal qui ne cesse de réinventer l’univers qui l’inspire.

Et lorsque, pour une série comme Kaamelott, le manque dure depuis plus de dix ans, on pourrait s’attendre à ce que ce phénomène s’estompe. A ce que la passion s’endorme.

Que nenni ! Tapi dans l’ombre, il reste à l’affût.

Car le fan est fidèle et patient, si on lui promis quelque chose, il l’attendra de pied ferme. Tel Méléagant, tapi sous un tapis de feuilles sèches, les oreilles aux aguets, les réseaux en veille, il guette. Jusqu’au jour où Internet bruisse d’un « Kaamelott, Kaamelott! » qui met tous ses sens en éveil.

Nous avons d’ailleurs eu l’illustration de ce phénomène, il y a quelques temps, lorsque, sonnez hautbois, résonnez trompettes, Dieu annonça qu’il reprenait le projet en main. 

Pensez-vous que pendant tout ce temps, sa passion reste inactive, en sommeil ? Non, il la travaille toujours, la modèle. Et parfois, cela donne des résultats des plus insolites.

Très improbables. Mais marrants.

Des sortes de patchs… mais pour fans.

Du style : La Boite à Kaamelott.

Comment vous expliquer le concept ? Vous voyez la boîte à Meuh pour les petits ? Ben pareil. Ou presque. En version site. Mais avec des répliques de Kaamelott.

Alors ça ne sert absolument à rien, en dehors de rigoler tout seul bêtement devant son ordinateur. A la rigueur, si vos collègues ont le sens de l’humour, vous pouvez tenter d’en jouer à la fin de la réunion du vendredi. Ou pour animer un repas de famille. Mais c’est le genre de choses qui égaye ma journée.

Même si c’est loufoque, parfois inattendu, souvent complètement inutile, je trouve qu’il y a une certaine forme de beauté dans la créativité bouillonnante que peut susciter un artiste ou une série chez ses fans. Quand celle-ci s’exprime de façon positive évidemment. Il y a quelque chose de magique qui m’émerveille toujours dans cette sorte d’émulation collective.

Et pour résumer le fond de ma réflexion sur cet article et ce sujet, je laisserais la parole à Arthur.