Titanic

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, un des fleurons des transatlantiques de luxe de l’époque sombrait corps et biens, entraînant avec lui 1517 âmes, toutes classes et fonctions confondues. Les causes multiples de ce désastre vont diviser les historiens pendants des années, jusqu’à la découverte de l’épave par Robert.Ballard en 1985.

En dépit des explications, la légende du Titanic a pourtant continué de fasciner le grand public et en particulier un homme, un réalisateur, qui va s’y consacrer corps et âme pendant plus de trois ans de sa vie et faire du paquebot de rêves un record du box-office mondial.

Cet homme, c’est James Cameron.

Retour sur les secrets du film dont tout le monde connaissait la fin mais qui attira 360 millions de spectateurs.

Fiche technique

titanic-affiche-americaine
Source :http://titanic.superforum.fr

 

Sortie : 1998

Réalisateur : James Cameron

Casting: Kate Winslet, Leonardo Dicaprio, Frances Fisher, Kathy Bates, Bill Zane, Bill Paxton, Gloria Stuart. 

 

 

 

 

 

Synopsis.

Brock Lovett est un chasseur de trésor qui tente de mettre la main sur des trésors oubliés du Titanic et en particulier le Coeur de l’Océan, un bijou inestimable dont le joyau aurait appartenu à Louis XVI. Il exhume alors le dessin d’une jeune femme nue, arborant le bijou et où figure la date du 14 avril 1912.

Cette découverte va le mettre en contact avec une rescapée du nom de Rose, prétendant être la jeune femme du dessin. L’histoire qu’elle va lui raconter va le mener au coeur du drame du Titanic, chamboulant complètement sa vision des choses.

L’exactitude historique

Pour écrire et réaliser son film, Cameron, perfectionniste, va s’entourer des meilleurs sur le sujet. Il fait donc appel à Ken Marshall et Don Lynch, historiens spécialisés sur l’histoire du Titanic pour reconstituer les faits, minute par minute. Les peintures de Ken Marshall serviront même de support à plusieurs plans.

51biNhSFIyL
Source Amazon

Outre leur expertise, Ken Marshall et Don Lynch permirent à James Cameron d’obtenir des échantillons et des photos du mobilier, des tissus, ainsi que de multiples gravures. Le mobilier, les boiseries et autres éléments du décors sont ainsi reconstitués au détail près. On s’appuie sur des photographies du Titanic ou de son jumeau l’Olympic. On fait même appel aux sociétés d’origine quand elles sont encore existantes pour refaire les pièces à l’identique. Cameron poussera le soucis du détail jusqu’aux chaises en rotin du célèbre café parisien et aux petits éléments des meubles.
Les multiples robes des dames sont brodées à la main, ainsi que cela se faisait à l’époque et un travail de titan est effectué sur les costumes, parures, accessoires au même titre que sur le décor. Aucun élément n’est négligé pour coller au maximum à l’Histoire.Des éléments des tenues de Rose comme le fameux petit peigne en écailles ou le miroir vus au début du film sont des répliques d’éléments existants, parfois découverts par l’équipe de Cameron  lors de ses plongées.
D’ailleurs une bonne part du casting est choisie pour sa ressemblance physique concrète avec les personnages historiques, comme Bernard Hill dont la ressemblance avec le commandant E.J Smith est troublante.

Différentes maquettes à différentes échelles, dont la plus grande à 90% de la taille réelle, sont élaborées, tant pour répéter les plans imaginés que pour filmer. Cette maquette presque grandeur nature fera d’ailleurs entrer le film dans l’histoire du cinéma, nécessitant 3 mois de travail en pré-production, des vérins hydrauliques permettant (hélas!) de faire sombrer l’ensemble. Cette maquette permettra par inclinaison progressive de reconstituer avec fidélité et réalisme  le naufrage s’engloutissant sous 65 millions de litres d’eau de mer dans le bassin de Rosarito Beach.

C’est donc une véritable machine de guerre que Cameron met en branle. Et lui-même ne se ménage pas. Mettant à contribution son frère Mike, il lui demande de réaliser une caméra capable de supporter la pression (3 tonnes au pouce carré) qui règne à 3800 m de profondeur. Celui-ci y parvient en glissant une caméra 35 mm modifiée dans un habitable en titanium, fixée à un bras téléguidé et motorisé. L’ensemble devant permettre de se glisser dans des recoins restés inaccessibles jusque là du paquebot. Ces images vont d’ailleurs permettre d’accroître l’exactitude des décors.

Prenant symboliquement la place du personnage de Lovett, Cameron embarque à bord des submersibles du navire de recherches Keldych (qui apparaît à dans le film)et multiplie les plongées éreintantes pour faire des plans de l’épave. Pourtant, le réalisateur peine à obtenir ce qu’il veut. Ses plans ont beau être définis, il est dépassé par l’émotion qui se dégage de cette épave. Au retour de la 3ème plongée, il craque et fond en larmes, submergé par l’émotion. Il finit par décider de tout reprendre à zéro et laisser le bateau le guider pour faire ses plans.
Si la véracité historique de certaines scènes demeure controversée car basée sur des rumeurs non vérifiées et invérifiables désormais, il faut admettre que James Cameron poussa à ses limites le souci de la vérité historique à Hollywood, allant jusqu’à utiliser des citations mentionnées dans des témoignages de survivants dans les dialogues. On peut affirmer, sans trop craindre de se tromper, que 85% à 90% des éléments du film correspondent à ce que l’on sait et tient pour vrai aujourd’hui à propos du naufragés du Titanic.
Un bémol cependant, en dépit du fantasme populaire, il n’y a aucun trésor légendaire qui repose dans cette épave. Si ce n’est la mémoire de ceux qui y sont morts.

Scénario et pyramide dramatique

Lorsqu’on va voir un film au cinéma, et en particulier un film tragique, le mieux est de ne pas en connaître le dénouement. Alors comment James Cameron a-t-il fait pour attirer un chiffre aussi délirant de spectateurs pour venir voir l’histoire d’un bateau dont on sait qu’il va couler ?
C’est précisément ce que nous explique Sylvain Rigollot dans son ouvrage Titanic, Méthodologie du Scénario.

51YonIVcnoL
Source Amazon

A travers ce qu’il nomme une pyramide dramatique, Il nous dévoile comment James Cameron use de la romance entre Jack et Rose comme d’un outil pour faire monter l’intensité dramatique du film.

En suivant le parcours de nos deux héros, nous parcourons le navire de la proue à la poupe, croisant des personnages ayant véritablement existés à cet instant de l’histoire, traversant des faits qui se sont produits. Se faisant, plus nous nous rapprochons du dénouement connu, plus nous nous attachons à nos deux héros dont nous identifions inconsciemment le destin à celui de ceux qui ont péris.
Ainsi, l’histoire du navire et celle de Jack et Rose se superposent. Lorsque Rose prend la décision de partir avec Jack, le destin du navire se scelle en entrant en collision avec l’iceberg. Au moment où le poupe du navire se dresse, rendant le naufrage inéluctable, nous atteignons un paroxysme émotionnel, car nous serions alors prêts à tout pour empêcher l’histoire de se répéter.

Palier par palier le fil directeur que constitue la relation de nos héros nous a conduit à travers le bateau pour en arriver à ce résultat. En vérité, ce n’est pas seulement Jack et Rose que nous voudrions sauver, c’est l’événement même que nous voudrions empêcher.
Or, c’est là tout le talent de James Cameron. Il a bâti son scénario afin que l’histoire de Jack et Rose serve de catalyseur émotionnel pour faire grimper progressivement la tension dramatique jusqu’au naufrage, moment où elle explose véritablement.

A ce moment, dépassant la fiction, nous prenons la mesure de l’événement dramatique qui se reconstitue sous nos yeux, car, par le biais de nos héros, nous avons vécu sur le Titanic et avons croisé ces gens qui se noient. Habile tour de passe-passe qui avec notre inconscient et notre capacité d’empathie.
Ce scénario savamment construit, entourant subtilement la fiction d’une vérité historique omniprésente et soigneusement reconstituée, a sûrement été l’une des clés du succès fulgurant du film.

Deux acteurs en or  et un succès magistral !

Le film voit aussi l’avènement de jeunes acteurs. Si Titanic n’est pas leur meilleur film, il signe pour eux l’avènement d’une grande carrière cinématographique. C’est aussi le début de leur tandem amical et d’une série de collaborations. Brillant ensemble à l’écran, les deux étoiles d’Hollywood ne manquent pas s’afficher en public de façon touchante leur amitié indéfectible.

Le film quant à lui connaît un succès pour ainsi dire titanesque à travers le monde: 360 millions de spectateurs, 14 nominations aux Oscars pour 11 statuettes obtenues. La fiction dépasse presque la légende de la réalité historique. L’image que retiendra l’histoire du cinéma est celle d’un James Cameron aux anges, reprenant la réplique de son héros.

Cameron et le Titanic : Histoire d’une passion.

L’histoire de Cameron avec le Titanic ne s’arrête pas à cette réussite légendaire, au même titre qu’elle a commencé avant le succès.

Ses plongées sur l’épave ont marquée la sensibilité du réalisateur et exacerbé son intérêt pour l’histoire du paquebot. Cameron est véritablement porteur de ce drame dont il s’est imprégné.

En 2001 sort donc Ghosts of the Abyss, un documentaire uniquement axé sur l’épave et les indices qu’elle nous donne sur l’histoire du Titanic. Un document poignant qui aura l’exceptionnelle destinée de sortir sur grand écran et en 3D.

En compagnie de Bill Paxton (Brock Lovett) qui est le narrateur de ce film et de l’équipe scientifique du Keldych, James Cameron retourne sur le Titanic pour nous offrir un documentaire inouï et bouleversant. Outre le fait qu’il permet de mieux appréhender les difficultés techniques de ce type de plongée et toute la valeur de ces images si rares, ce film se place dans le prolongement de la fiction, offrant un éclairage très complet sur l’histoire de ce paquebot d’exception. Des images devenues incroyablement précieuses en raison de la dégradation de l’épave.

Le résultat est d’autant plus émouvant que l’on perçoit véritablement l’implication de James Cameron, sa connaissance et son attachement à ce drame.

 C’est l’ultime hommage du réalisateur au géant des mers qui lui a offert un succès planétaire.

18 commentaires

  1. comme je suis un peu tête de con et que je ne voulais pas suivre les hordes de gonzesses qui se ruaient dans les salles obscures, j’ai attendu que le film passe à la télé; je l’ai vu, j’avoue que c’est un beau film, mais je n’ai jamais été tentée de le revoir une autre fois.
    maintenant j’ai Céline Dion dans la tête…. misère… ^^

    J'aime

  2. Aaah, c’est super, j’avais envisagé de faire un article de ce genre car à,l’époque je m’étais passionné pour cette histoire, visionnant plusieurs docs avant la sortie du film. Du coup, j’avais pu apprécier à sa juste valeur l’impressionnant travail de reconstitution effectué par Cameron et ses équipes. J’avais aussi vu le docu en salle, et c’est amusant comme ils ont réussi à nous faire trembler pour le sort du petit robot d’exploration coincé dedans 😀

    L’autre force du film, c’est que c’est à la fois une romance, un film historique, un film d’action bien dosé, et que les images sont superbes. Je ne l’ai regardé qu’une fois, mais pendant longtemps j’en avais la moitié au moins incrustée dans ma mémoire.

    Aimé par 1 personne

  3. Chouette article, qui donne envie de revoir ce film, ce qui ne nous rajeunit pas, vu sa date de sortie…
    En général je n’aime pas voir les films à succès (Avatar toujours pas vu, Amélie Poulain visionné 8 ans après sa sortie…), ou à la mode, dont tout le monde parle, mais à l’époque j’étais ado et celui-ci je tenais à le regarder.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar je ne sais pas vraiment si tu perds grand chose. 😄 Je suis un peu comme toi et il y a quelques films comme ça que je n’ai pas vu. Je ne dirais pas combien d’années j’ai mis à voir Star Wars, on me lancerait des cailloux. Titanic, c’était différent, j’étais déjà amoureuse du bateau alors Cameron a su me parler. 🚢

      Aimé par 1 personne

  4. Je rejoins les copines, très chouette article que tu nous as pondu là my dear ! J’aime énormément ce film (vu 4 fois au ciné), d’autant plus que l’ayant revu assez récemment chez moi, il ne prend quasiment aucune ride, preuve en est (s’il nous en fallait) de l’énorme talent de James Cameron.
    Tu me redonnes envie de le rererererevoir et de me mettre au documentaire que je n’ai jamais vu en entier. Merci ! ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis ravie que cet article plaise autant. Je profite de ton commentaire pour dire que ce pauvre Bill Paxton m’a fait bien de la peine dans le documentaire, à être malade pendant les plongées en submersibles. C’est la qu’on se rend compte du côté éprouvant du truc. Et puis alors moi plus de 6h dans une boîte de conserve pareille, je pense que je deviens folle.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s