Have you met… Yann Queffélec ?

Et non, nous ne parlerons pas cinéma mais livres et même auteur, cette fois-ci dans le Have you met. Nous allons retourner à la rencontre d’un auteur que j’ai déjà évoqué: Yann Queffélec.

En effet, le week-end dernier se tenait la 6ème Fête du Livre de Talloires. Bien évidemment, alors que le samedi il faisait un temps radieux et estival, le dimanche où j’avais prévu d’y aller, nous étions retournés en automne avec vent glacial et pluie battante. Qu’importe, j’étais résolue à aller écouter la conférence de Yann Queffélec donc je me suis mouillé les pieds.

J’avais pour projet de tenter de lui poser quelques questions à l’issue de la conférence, mais les circonstances m’ont fait changer d’avis. Déjà frigorifiée moi-même, je n’ai pu me résoudre à faire mourir ce Breton gelé par notre temps montagnard, d’une pneumonie. Ce n’est que partie remise à un moment où le climat, à défaut de la Force, sera avec moi. Ainsi qu’un pointe d’audace… ce ne serait pas de trop.

En attendant, j’ai consciencieusement pris des notes que je vais synthétiser ci-dessous pour faire découvrir un peu cet auteur qui a l’avantage d’être très gentil en plus d’être talentueux.

Have you met Yann Queffélec ?

Moi oui… et j’en suis ravie !

Fiche signalétique.

1238444182_B976803147Z.1_20151015075406_000_GJS5CCSKM.1-0Profession: Auteur, chroniqueur, navigateur.

Date de naissance : 4 septembre 1949

Nationalité : Breton ?

Signes distinctifs : breton ? Amoureux de la mer. « Gueule d’écrivain » et voix de conteur. Relation paternelle envahissante.

Yann Queffélec, des dates, des livres… l’histoire d’une famille.

Suivant le fil de la conférence, je vais donc reprendre le mode de présentation suivi par Josyane Savigneau (Le Monde) qui a mené cette interview.

Après sa biographie de Béla Bartók  en 1981, paraît le Charme Noir (1983) son premier roman. Un roman né d’une rencontre singulière et d’une avarie maritime. En route pour parcourir les mers, le voilier de notre breton l’oblige à faire escale à Belle-Île en mer. Alors qu’il peste sous un temps épouvantable, il entend une voix lui lancer cette tirade:

« Toi chéri, t’as une gueule d’écrivain ! »

C’est Françoise Verny, alors directrice littéraire chez Grasset et figure du monde du livre qui vient de proférer cette sentence (prophétique ?) Elle l’invite alors à dîner. Deux ans après cette soirée improbable, il lui remet le manuscrit du Charme Noir.

Depuis Yann Queffélec n’a plus cessé d’écrire ou presque et cumule à son actif près d’une quarantaine d’ouvrages dont le Dictionnaire Amoureux de la Bretagne (2013). En 1985, il obtient le prix Goncourt avec les Noces Barbares. Mais il lui faudra plus de vingt ans après cela pour toucher au sujet qui le hante et auquel il va consacrer trois ouvrages:

  • Ma première femme. (2005)
  • Le piano de ma mère ( 2009)
  • L’homme de ma vie. (2015)

A travers ces trois ouvrages, on va crescendo dans l’intimité d’une peine d’enfant que l’auteur porte malgré lui, comme un poids dont il peine à se défaire. Malgré les années. Malgré la reconnaissance.

La peine d’un petit garçon, fils d’un grand écrivain, qui s’était « trompé de famille » aux yeux de son père. Un petit garçon qui décida qu’il écrirait à son tour pour faire briller le regard de sa mère, comme son père parvenait à le faire en lui lisant sa moisson de pages journalière. Pour la voir rayonner de fierté, aussi belle, grâce à lui.

Un petit garçon qui décida d’écrire pour ressembler à son père, se rapprocher de lui, lui montrer qu’il ne s’était peut-être pas tant trompé de famille…

« Je n’avais pas envie de devenir moi, j’avais envie de devenir ce qu’il était. »

Yann Queffélec. Talloires 2016

Ses deux premiers ouvrages sur le sujet, Yann Queffélec les consacre à sa mère. Ma Première Femme est un cri de remerciement à cette mère aimante qui tenta vainement d’équilibrer sa relation avec son père et qui mit toujours un point d’honneur à encourager avec amour les dons des siens.

Mais déjà dans Le Piano de ma mère, la figure paternelle se dessine derrière le portrait de la mère et les souvenirs familiaux. Derrière cette mère aimante, admirative devant le talent de son époux, encourageante avec son fils qui décèle peut-être déjà en lui la relève paternelle. Une mère qui ne cessera de tenter de concilier et réconcilier en vain son mari et son fils, jouant perpétuellement les ambassadrices.

« – Et ton papa, reprend Maman avec un rien d’emphase, ton papa…

… m’a dit qu’il t’aimait. M’a dit qu’il te trouvait remarquablement intelligent, drôle, sympathique. M’a dit que, de tous ses enfants, c’était toi qui lui ressemblais le plus. M’a dit qu’il t’emmènerait en vacances l’année prochaine à Hoedic ou dans une autre île du Morbihan pêcher la crevette, lever les congres carnivores dans les trous d’eau perdus, blaguer avec les pêcheurs, boire du vin chaud les soirs de caillante, caresser les cygnes aux ailes rognées qui volettent au crépuscule entre les bouées à cloche des Grands Cardinaux, scrapper les souches arrachées des mélèzes abattus sous le poids des rafales. M’a dit qu’il te châtiait beaucoup par amour, te donnait des fessées en cachette par amour, te confisquait tes illustrés et ton Pneumatir par amour, te ridiculisait publiquement par amour, t’évitait par amour, et que si quelqu’un s’est trompé de famille dans cette maison ce n’est pas toi car il espère qu’un jour tu feras son métier, et que tu fricasses les meilleures omelettes qu’il ait mangées même à l’Ecole normale supérieure avec Gracq et Pompidou, il m’a dit tout ça … »

Le piano de ma mère.

Mais jamais le père et le fils ne se diront ce qu’ils ont sur le coeur. Jamais Yann Queffélec n’aura la réponse à cette question: Mais enfin papa, de quoi tu m’en veux? Car, jamais il n’osera la poser.

Et ce n’est pas la disparition de sa mère mais bien le Goncourt obtenu alors que son père ne l’a jamais eu, qui marquera entre eux un point de rupture presque définitive.

« – Papa ? … Tu ne vas pas y croire, papa.

– Je sais, la femme de ménage m’a prévenu.

– Je viens d’acheter un poisson rouge.

– …

– En fait, papa, c’est moi qui ai le prix Goncourt cette année.

– J’ai du boulot, p’tit vieux, raccroche. »

L’homme de ma vie.

Alors en 2015, comme en écho à Ma première femme,  Yann Queffélec écrit l’ouvrage qu’il semble avoir si longtemps porté : L’homme de ma vie.

« L’histoire d’un rendez-vous raté avec l’homme de ma vie. Je n’ai jamais cessé de vouloir attirer son attention. »

Yann Queffélec. Talloires 2016

Règlement de comptes ? Pas du tout ! L’écriture de Yann Queffélec est douce, bruissante de tendresse et de la nostalgie de ces moments ratés, de ces espoirs déçus, d’amour et d’admiration pour ce père dont il n’a jamais réussi à se faire aimer. Entre les lignes, on devine le sourire de ce fils qui se souvient. L’humour en ligne de défense vient combattre la peine et la frustration. Le récit glisse doux-amer et au détour d’une ligne, d’une répartie, on a le cœur qui se serre.

« – Tu as vu, Papa ? J’ai bien couru ?

Même pas : j’ai bien nagé, non, même pas : j’ai bien marché, je suis fort, et si tu m’avais dit : porte-moi sur ton dos, je t’aurais porté en courant jusqu’à la maison.

Même pas tout ça pour lui prouver que je ne me suis pas trompé de papa, et lui pas trompé de fils.

Il répond du tac au tac, l’air indigné :

– Bien couru ? Ton frère aurait couru plus vite que toi.

Il me sourit, découvrant ses dents mal rangées qu’il ne montre jamais.

– Et il aurait mieux nagé, tu ne sais pas nager. »

L’homme de ma vie.

Entre humour et tendresse, le récit est un grand cri d’amour dénué de toute amertume. Malgré son ton léger, la plume de Yann Queffélec nous touche et nous charme. Sa façon de toucher à ce qu’il y a probablement de plus sensible chez lui, avec une sincérité désarmante, presque enfantine force l’admiration.

L’homme est égal à ce qu’il écrit, attachant, abordable, terriblement humain et pudique malgré tout. On le penserait vulnérable de se mettre à nu de cette façon entre les lignes, l’oeil pétillant, la voix rieuse, il rend hilare son auditoire avec des anecdotes qui eussent mis à la larme à l’oeil chez n’importe qui d’autre.

Qu’importe le temps maussade, les souvenirs parfois moroses, sa mère lui a fait aimer la vie, son père a enraciné chez lui l’amour de l’écriture, à son insu, et c’est tout cela qu’il partage allègrement.

Drôle et bouleversant, Yann Queffélec

Quant à moi, je n’ai regretté ni la pluie, ni le vent, ni mes pieds gelés. J’ai eu droit à une bise et à une jolie dédicace.

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Ce sont des auteurs comme vous, qui nous font aimer autant les livres, Monsieur Queffélec

Have you met...

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

5 commentaires Laisser un commentaire

  1. J’ai un livre de lui à lire mais je ne me souviens plus du titre. J’ai découvert cet auteur dans une excellente émission « La parenthèse inattendue ». Depuis, à chaque fois que je sais qu’il est dans telle ou telle émission, j’essaye de regarder. Il est agréable à écouter.

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