A l’intérieur.

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Résumé.

téléchargement (6)Editions Michel Lafon. Parution janvier 2016. Prix 19.95€

Jacob est un jeune homme atteint du syndrome d’Asperger qui se passionne pour la criminologie. Entouré de son frère Théo, de sa mère Emma et de son éducatrice Jess, il essaie tant bien que mal de s’adapter à ce monde qui lui est étranger et de s’y forger une existence. Jusqu’au jour où Jess est retrouvée morte… Au milieu des investigations policières, la personnalité atypique de Jacob va semer le trouble. L’existence déjà peu évidente de la famille Hunt va alors complètement basculer.

Qu’est-il réellement arrivé à Jess ? Et Jacob est-il impliqué ?

Mon avis.

Et c’est là que ça se corse… Car s’il y a des aspects très intéressants et bien construits dans ce livre, d’autres m’ont agacée mais pas suffisamment pour me gâcher la lecture. Donc, afin d’être le plus objective possible, je vais décomposer ma critique en deux temps en commençant par le négatif.

Ce qui pêche.

Sans rendre le récit incohérent, j’ai trouvé qu’il y avait des éléments inutiles ou bancals (Quoi ? On dit des chacaux ?) qui m’ont un peu dérangée dans ma lecture. Je vais tenter de vous en citer quelques uns sans spoiler mais c’est délicat. L’attitude de Théo, ses motivations par exemple. Ce que l’on apprend dans le dénouement final le rend franchement étrange comme garçon. L’explication donnée à son attitude est trop simple pour être crédible selon moi. Le retour du père prodigue aussi, Henry. Autant on peut comprendre que dans ces circonstances, sa culpabilité prenne le dessus autant son retour ne sert pas vraiment à grand-chose dans le récit. De même que la relation Oliver-Emma qui n’est pas développée et que l’on voit venir à 15 km.

Mais je chipote.

Par contre, ce qui m’a vraiment frustrée, c’est qu’il n’y a pas de fin. Une fois, l’explication de la mort de Jess donnée, après ce long imbroglio judiciaire qui a duré tout le récit, on laisse les garçons dans une voiture… Et… Eh bien rien justement. Personnellement j’aurais voulu savoir ce qui leur arrive au final. Aller au bout de l’histoire.

Ce qui rend le livre intéressant.

En revanche, j’ai été vivement intéressée par ce qui fait véritablement le coeur du livre, c’est à dire la construction psychologique de Jacob et sa confrontation au monde. Cela était intéressant sur deux aspects.

Tout d’abord, on avait une véritable approche de ce qui constitue le quotidien pour une personne atteinte du syndrome d’Asperger. Le fait d’alterner les différentes voix dans le récit permet de voir comment les gens perçoivent Jacob et ses réactions et surtout comment lui les perçoit. Il y a une souffrance, une véritable difficulté à comprendre et surtout à se faire comprendre dans son comportement. Jacob est effectivement enfermé à l’intérieur de son propre esprit. Or ce que les autres verront comme des caprices pour lui est incontrôlable. L’exemple des stimulis sensoriels en est le plus parlant. En ce sens l’écriture de Jodi Picoult est particulièrement juste, elle parvient à nous faire voir le syndrome d’Asperger en tant que trouble autistique comme un handicap réel, et non comme une folie ou un comportement caractériel. Difficile de susciter une empathie pour un personnage excessivement pragmatique et expressivement monocorde et indifférent. Un exercice délicat qu’elle réussit pourtant sans tomber dans la caricature.

Ensuite l’idée de projeter un jeune homme atteint d’un tel syndrome au coeur d’un système judiciaire implacable et inadapté est un moyen particulièrement efficace de faire ressentir au lecteur à quel point le système est rigide vis-à-vis de ce type de pathologie; Combien on manque de moyens de prise en charge et d’adaptation. Et surtout la taille de notre ignorance quant au syndrome d’Asperger.

Le personnage de Jacob sonne juste car il est le fruit de longues recherches et de discussions avec des personnes atteintes de ce syndrome. De surcroît ce que Jodi Picoult nous apprend du syndrome d’Asperger est totalement intégré dans le récit, ce qui permet une lecture fluide et évite de longue digressions indigestes.

Sur ce point, le roman de Jodi Picoult est particulièrement bien construit et c’est là l’essentiel qui rend tout le reste  négligeable.  Car c’est là-dessus précisément que repose tout son récit: le rôle prédominant que joue le syndrome d’Asperger dans l’intrigue. Or cet élément est intelligemment amené et suscite nombre de questions pour le lecteur qui, pris par le doute, cherche alors lui-aussi à décoder les réactions de Jacob.

Une lecture plus qu’intéressante en somme, dont on fait vite fi des quelques défauts.