Le petit billet cinéphile

TRINITY IS STILL MY NAME!, (aka CONTINUAVANO A CHIMARLO TRINITA), from left, Terence Hill, Bud Spencer, 1972

Dans les dernières nouvelles de la planète cinéma, on apprenait, hier soir, la mort de Bud Spencer à l’âge respectable de 86 ans. La nouvelle était tristoune même si on savait qu’à cet âge, hélas, le monsieur ne risquait pas de se relancer dans une nouvelle carrière.

Mais voilà, c’était Bud ! Le Bud Spencer de Terence Hill. A eux deux, ils avaient été le duo emblématique de ce genre atypique qui connu un âge d’or pendant les années 60 et  que l’on nomme  le western spaghetti.

Petite introduction au western spaghetti.

Nommé ainsi par ironie en raison de ses origines, le western spaghetti apparaît au début des années 60 alors que le western classique est sur le déclin. Son côté humoristique, ses personnages immoraux, son absence de héros blanc chevalier, son côté brut vont rajeunir le genre et être à l’origine de son succès. Ses protagonistes sont vils, avides, bestiaux, d’une hygiène aussi douteuse que leur conscience. Quelque part, ils correspondent probablement beaucoup plus au type de personnages qu’on pouvait trouver dans l’Ouest américain au XIXème siècle.

Un  réalisateur en particulier va donner ses lettres de noblesse au genre, même s’il restera toujours un sous-genre : Sergio Leone.

A lui seul, il va définir les caractéristiques essentielles du western spaghetti. Et de 1960 à 1971, le genre va connaître un vif succès, donnant naissance à des classiques du cinéma.

Images et spaghetti.

L’un des emblèmes du western spaghetti ce sont évidemment ses gros plans cadrés serrés sur les mains et surtout sur les yeux. Ces plans contrastent avec d’autres, complètement ouverts qui viennent donner une intensité à la scène.

Parmi ses autres caractéristiques on peut citer aussi justement ces scènes, très longues, très lentes, soulignées par une musique particulière.

De façon générale, le western spaghetti a une vocation humoristique, il n’est pas là pour exalter de grandes qualités morales chez les spectateur. Aussi ses protagonistes, souvent aussi bêtes que brutaux, se retrouvent-ils régulièrement dans des situations loufoques, clownesques ou parodiques, avec de bonnes réparties qui précèdent de vigoureuses bagarres ou un duel sous un soleil de plomb.

Le meilleur exemple, resté dans les mémoires, est bien évidemment la scène du cimetière dans le fameux Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone.

Sur cette scène, on a l’illustration parfaite des principes explicités plus haut. On peut noter :

  • La lenteur excessive de la scène soulignée de façon contrastée par la rythmique de la  musique et l’instrumental choisi.
  • Les plans ouverts du cimetière.
  • Les gros plans ou plans serrés sur les regards, les mains et les colts qui entretiennent le suspens et soulignent la nervosité des personnages. D’ailleurs plus la tension monte plus monte, plus les plans sont serrés et rapides.
  • La musique qui remplace littéralement le dialogue et participe aussi à la tension dramatique tout en apportant une légère touche comique.
  • La note comique : le premier touché du duel tombe directement dans une tombe toute creusée. C’est l’illustration de l’humour noir qui caractérise le genre.

Il faut admettre que sur cette scène, la musique joue énormément et pour cause, on est en présence d’un maître du genre, celui qui fit de la bande originale de western spaghetti un vrai petit bijou: Ennio Morricone. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Ennio Morricone et Sergio Leone collaboreront sur tous les films de ce dernier. Ils restent dans l’histoire du cinéma le duo emblématique du genre qui l’aura complètement défini et sublimé

Un des plus beaux hommages rendu au maestro des partitions du western spaghetti est sans doute cette reprise par le groupe Metallica, accompagné d’un orchestre symphonique.

Des interprètes de légende !

Des interprètes talentueux contribueront également à inscrire le western spaghetti dans l’histoire du cinéma : Henry Fonda, Clint Eastwood, Lee Van Cleef… Et un duo magique, emblématique, devenu inséparable depuis sa prestation dans On l’appelle Trinita en 1970: Bud Spencer et Terence Hill.

Ils resteront dans l’imaginaire collectif comme les Laurel &Hardy du western spaghetti.

La filmo spaghetti de June.

Pour ceux qui voudraient découvrir le genre, voici quelques incontournables du genre à voir… ou à revoir.

  • Pour une poignée de dollars (1964)  Sergio Leone
  • Pour quelques dollars de plus (1965) Sergio Leone
  • Le Bon, la Brute et le Truand (1966) Sergio Leone
  • Dieu pardonne, moi pas. (1967) Giuseppe Colizzi
  • Il était une fois dans l’Ouest. (1968) Sergio Leone
  • On l’appelait Trinita.  (1970) Enzo Barboni 
  • On continue à l’appeler Trinita. (1971) Enzo Barboni 
  • Mon nom est personne.(1973) Tonino Valerii

Et maintenant mes amis, ôtons nos chapeaux pour saluer l’ami Bud parti vers d’autres horizons et allons boire un verre au saloon à la mémoire de ce grand costaud au coeur tendre. Une bière, pourquoi pas… Une Bud de préférence.

MBDTRIS EC060