The Gordian Knot. Part 1. Chapt 2

Partie I : Vatican’s Cameos

Chapitre 2 : Une porte qui s’ouvre.

S’il n’y eut jamais une chose qui empêcha Chloé de se renier totalement et de rentrer dans le rang, ce fut l’amitié des trois seules amies qu’elle garda du lycée.

Carine, Cerise et Charlie.

Trois drôles d’anges en vérité.

Celles qui avaient su faire barrière autour d’elle et lui montrer la voie à suivre. Des mains tendues au moment où, encaissant à peine le séisme de l’été précédent, elle était parachutée au lycée avec ses deux ans d’avance.

Qu’est ce qui les avait tant rassemblées ?

Elles partageaient le même humour, le même regard sur  le monde qui les entourait et la même vibration pour le cinéma. Leurs cultures cinématographiques très personnelles avaient opéré comme une forme d’auto-émulation. Chacune apportait ses goûts et ses connaissances à la palette des autres.

 Les caractères étaient différents. Les vécus étaient différents. Mais c’est  dans ce qui nous sépare qu’on trouve ce qui nous rassemble dans le regard de l’autre.

 Il y avait la touche de folie de Carine cachée sous des dehors sages. La douceur presque maternelle de Charlie et son œil malicieux, parfois cynique. Et l’énergie de Cerise si impétueuse, si tempétueuse, si imprévisible.

Il y avait eu les numéros de Première, Synopsis, Studio, et des Cahiers du Cinéma  qui remplaçaient en contrebande les feuilles de cours. La critique d’un bon Tarantino ne valait-elle pas mille fois un cours de physique ?

Il y avait eu les débats passionnés devant une vieille VHS ou un DVD flambant neuf autour d’une pizza. Il y avait eu les gloussements de jeunes filles énamourées pour un acteur physiquement intelligent. Les partis pris à la limite de la mauvaise foi, les études anthropologiques et les déclarations d’amour enflammées pour un film ou un réalisateur.

Il y avait eu l’odeur si particulière des fauteuils de salles obscures, exaltant le pop-corn et la poussière. Les regards complices et impatients quand la lumière se baissait et l’émotion du retour à la réalité. Il y avait eu les larmes et les rires qu’elles partagèrent perdues dans d’autres histoires que la leur.

A force, certains échanges de répliques n’appartenaient plus qu’à elles, comme d’intimes caméos dispatchés dans leur quotidien.

Cela devint un lien intangible entre elles. Un secret que personne n’aurait pu sonder et qui ne fit que se renforcer tandis qu’elles cheminaient ensemble sur le sentier de l’âge adulte.

Peut-être qu’en se confrontant à tant d’univers différents, elles gagnèrent plus vite que d’autres en maturité.

Peut-être simplement que Chloé trouva  ce dont elle avait besoin à ce moment précis de sa vie.

****

 Jusqu’au jour où Charlie s’en alla travailler à Londres…

En perdant l’une de ses amies à ses côtés, Chloé sentit une faille s’ouvrir en elle. L’évidence la gifla de plein fouet.

Comment pouvait-elle continuer à subir le flux de sa propre existence sans protester ?

Sa seule lumière venait de ses rêves de pellicule qu’elle effleurait du bout des cils grâce aux salles obscures.

Le jour de la remise de son diplôme d’HEC, sa mère jubilait, coupe de champagne en main, sur la suite de son avenir. Elle dressait comme à son habitude un plan carré de la suite des évènements, insistant lourdement sur sa conclusion :

– Tu devrais postuler chez Sotheby’s.

Ce qui se résumait peu ou prou dans l’euphorie de l’esprit maternel à : « Ma fille va dominer le monde. ».

 Chloé inspira un grand coup et, d’une voix pas très assurée, mit un coup d’arrêt brutal à ces spéculations :

– Maman… je me suis inscrite à l’Ecole Nationale Supérieure des métiers de l’Image et du Son à Lyon. Pour devenir scripte.

Une infime lumière passa dans les yeux de son père comme le souvenir d’une époque pourtant pas si lointaine.

La réaction de sa mère fut plus tranchante.

Après un lourd silence de stupéfaction, elle lâcha du bout de ses lèvres tremblantes :

– Mais… Tu ne vas quand même pas devenir une technicienne pour saltimbanques !

 Dans la longue discussion qui s’en suivit, Chloé eut la sensation de se battre au corps à corps contre un roc, s’entaillant la raison à chaque tentative de persuasion.

Et son père était loin, si loin. Reparti dans ses pensées, comme si cette scène se déroulait à mille lieux de sa présence.

Dans un mouvement de panique, Chloé annonça tout de go :

– C’est moi qui paierai.

De façon inattendue, cela coupa court à la conversation. C’est ainsi qu’elle se lança à corps perdu dans cette nouvelle existence.

****

Pour subvenir à ses besoins, Chloé fit comme de nombreux étudiants et dénicha un emploi à mi-temps dans une enseigne de parfumerie.

Mais une formation de scripte n’est pas aussi élémentaire que des cours théoriques. Sa résistance physique était mise à rude épreuve.

Elle était en perpétuel équilibre, jonglant entre les impératifs éreintants de l’une et le secours pécuniaire indispensable de l’autre. Plus le temps avançait, plus elle s’épuisait. Plus elle tendait à remettre en question ses choix.

Cette formation lui offrait toute la matière vive dont elle n’avait jamais osé rêver. Pourtant à cours de souffle et d’énergie elle perdait le feu sacré. Sa passion lui filait entre les doigts comme un sable trop fin qu’elle ne pouvait pas retenir.

Elle vivait dans le monde du cinéma mais le cinéma lui échappait.  Elle ignorait les sorties des films, passait à côté de réalisateurs qui l’auraient émue. Elle avait oublié le frisson du grand écran et de ses pénombres. Elle avait oublié ce pourquoi elle vibrait, étouffée par sa course perpétuelle contre le temps et le quotidien.

 Jusqu’à ce moment…

****

Traversant les frustrations et la fatigue, une petite fille de huit ans aux boucles dorées vint s’asseoir à côté d’elle pour lui rappeler d’où elle venait.

Chloé ne l’avoua jamais à personne, mais ce soir-là quand le générique de The Gordian Knot défila, elle était dans un état second.

Tout ce qui avait toujours su la séduire était là. Le sens du détail le plus infime, la finesse d’une réplique qui fuse comme une lame aiguisée. Un clin d’œil subtilement inséré. La perfection d’un mouvement de caméra, glissant avec une fluidité imparable.

Tous ces éléments prenaient place dans The Gordian Knot, comme les notes d’une symphonie qui se poseraient d’elles-mêmes sur la partition.

Et chacun faisait vibrer une corde de l’âme de Chloé. Elle rouvrait les yeux, sentait l’air retrouver à pleine goulée le chemin de ses poumons. A nouveau elle  se sentait vivante comme elle l’avait été sur le vieux canapé de cuir noir près de son père. C’en était douloureux tellement c’était intense, un immense frisson la vrillait toute entière.

Elle dormit peu cette nuit-là, éblouie par cette étincelle qui venait de jaillir dans son univers.  The Gordian Knot devint  sa bouffée d’oxygène et le resta.

Dès lors,  à chaque fois qu’elle sentait le découragement revenir, elle s’efforçait de penser qu’un jour, elle serait scripte pour une production comme celle-ci. Elle aussi deviendrait un rouage d’une machinerie aussi exigeante.

Et elle trouva la force de sourire à cette femme qui demandait conseil pour un mascara.

Et elle trouva le courage de ne pas hurler quand à 2h du matin, elle devait reprendre pour la 10ème fois les annotations du script d’exercice à rendre le lendemain.

Ces jours-là, elle s’offrait un shoot de  The Gordian Knot.

Du brillantissime en patch pour contrer le quotidien. Avec délice, elle laissait son regard de scripte s’accrocher à chaque détail, débusquer les raccords, savourer la finesse d’un flouté. Autant de petites attentions qui lui semblaient ne s’adresser qu’à elle.

****

Chloé rentra du travail la tête complètement vidée d’avoir alterné ces deux vies en une journée. Elle fut soulagée de voir que Carine l’attendait, le logo de The Gordian Knot sur l’écran de la télévision.

Son visage s’éclaira d’un large sourire. Elle avait auprès d’elle la meilleure des amies et la meilleure des colocataires.

Trois heures plus tard, elle s’étirait avec bonheur devant le générique du dernier épisode de la soirée après 150 minutes de délectation.

Ramassant les bouteilles vides et les reliefs du repas, flottant sur une bulle d’ébriété, elles partirent dans de grands raisonnements, plus ou moins intelligibles. Elles mêlaient tout à la fois la sagacité du scénariste, le sourire irrésistible d’Alvin Wheeler et les yeux sombres et troublants Alexander Coddington.

Admirant profondément le scénariste Mark Carlton Benett, Chloé s’était laissé emporter dans une apologie dithyrambique de son talent. Carine l’observait amusée, par-dessus son dernier verre de vin. Elle finit par lancer :

– Et pourquoi tu ne leur dis pas tout ça ?

– Quoi ? S’exclama Chloé prise au dépourvue.

– Écris-leur, dis-leur… Tu as la chance d’avoir un pied dans le métier et un regard que probablement peu de gens ont.

Chloé laissa échapper la poêle qu’elle venait de laver, ponctuant de mousse son étonnement.

– Je ne vois pas trop ce que cela ferait…Ils doivent en recevoir des centaines, de lettres, par jour. Rétorqua-t-elle avec un petit rire nerveux. Tu vois la probabilité qu’ils lisent celle que je pourrais écrire…

– C’est comme jouer au loto. Tu t’en fous. Insista Carine avec un sourire ingénu. Qu’est-ce que tu risques ?

-De me donner de faux espoirs… Si je fais ça, je sais que malgré moi, je vais espérer quelque chose. Même si c’est parfaitement idiot ! ronchonna Chloé en s’échinant maladroitement sur son récurage. Je n’ai pas envie de ressembler à tous ces fans qui perdent leurs sous-vêtements dès qu’un membre du casting apparait.

Carine partit d’un grand éclat de rire en s’exclamant :

– Le jour où tu fais tourner ta culotte pour Alvin, tu m’appelle !

Chloé ne put résister à l’hilarité communicative de son amie. Celle-ci reprit son souffle avant revenir à la charge :

– On s’en fout de savoir s’ils la liront ou pas…S’ils répondront ou pas… L’essentiel c’est que tu exprimes tout ce que tu as là ! affirma Carine emportée par son élan.

Elle fit une pause, reprenant une gorgée de vin. Chloé, désarçonnée par ce discours, restait plantée, son éponge entre les mains.

– En plus tu as de la chance, tu parles anglais ! Fais quelque chose de débile pour une fois ! s’emporta Carine avec jubilation.

Chloé resta sans voix…. Du haut de sa petite taille, Carine imposait un charisme inattendu qui tranchait singulièrement avec un physique doux, presque effacé. Chloé s’était souvent plu à l’imaginer sous les traits de Célestine, la petite souris de Gabrielle Vincent. Une petite souris affirmée, audacieuse et autoritaire.

C’était probablement grâce à sa présence qu’elle avait réussi à ne pas perdre pied jusque-là. Carine avait su la secouer et la remotiver de façon salutaire à plusieurs reprises.

Chloé considéra le sourire malicieux de son amie et secoua la tête en riant :

– Allez viens on va se coucher !

Marquant un temps, elle ajouta désinvolte :

– D’ailleurs à qui je l’enverrais ta lettre ?

 Sans se démonter, Carine rétorqua, désignant du regard l’image d’Alexander Coddington sur la jaquette du DVD :

– Bah à celui-là…Rien que pour ses beaux yeux !

Chloé ne put s’empêcher d’éclater de rire encore une fois et la soirée, ou plutôt la nuit,  se termina sur ces belles paroles.

Nota bene pour ceux qui auront eut le courage de lire.

Tout cette histoire est encore en chantier. Un manuscrit est semble-t-il un chantier permanent. Donc n’hésitez pas à me laisser vos retours. Et surtout n’oubliez pas qu’il n’y a que deux questions fondamentales:

  • Avez-vous envie de lire la suite ?
  • Vous verriez-vous lire un roman de ce type ?

Thanks for reading !

The Gordian Knot

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

11 commentaires Laisser un commentaire

  1. Bravo June!! Pour le moment je ne me suis pas ennuyée une minute! je suis prise dans ton histoire. C’est bien écrit, avec sensibilité, humour et les personnages sont attachants, que ce soit Chloé, son père ou ses copines, j’ai envie d’en savoir plus! La suite Viiittteeee!!! 😉

    Aimé par 1 personne

  2. Ce qui va faire la force de ton histoire ce sont indéniablement tes personnages féminins. Biberonnées au cinéma et à la culture en général, cela en fera des femmes assurément fortes qui dénotent avec la plupart de ces personnages féminins (plus dans les films que dans les livres sans doute) qui sont à la recherche constante de l’Amour ou de l’homme tout simplement. Ca change et c’est salutaire. J’espère avoir un chapitre 3 et 4 quand je reviendrai de mes vacances. L’écriture s’affine avec les dialogues.
    J’ai relevé deux fautes en majuscules, ci-dessous :
    troublants D’Alexander
    tu m’appelleS
    J’espère que mon avis aura été éclairant/encourageant pour la suite de ton chantier. Le plaisir d’écrire, il n’y a rien de mieux 😉

    Aimé par 1 personne

    • Merci d’illuminer le chantier par tes réflexions constructives. Je vais de ce pas corriger les fautes. On a beau passer quinze fois un texte à la moulinette, il reste toujours des coquilles ou des fautes d’inattention.

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