The Gordian Knot. Part II.Chapt. 2

Part II : The Gordian Knot

Chapt 2 : Une proposition inattendue.

Chloé considéra avec appréhension la longue tour de verre effilée où se situait le bureau de Victoria Levin. Elle grimaça et murmura pour elle-même les dents serrées :

C’est n’importe quoi !

Elle se retrouva au milieu d’un imposant hall, surplombé d’un dôme de verre. Elle laissa son regard errer quelques minutes dans cette opulence moderniste avant de rejoindre l’accueil. Pourvue d’un badge visiteur et d’un chaperon, elle se retrouva dans un petit salon clair, résolument design et gris. Des reproductions de Rothko, éblouissantes de couleurs, venaient éclairer l’endroit. Chloé s’abîmait dans leur contemplation, lorsqu’une assistante à la chevelure assortie au décor fit son apparition.

– Mrs Levin vous attend. Si vous voulez bien me suivre.

En passant la porte, Chloé eut l’impression d’entrer dans un autre univers, tant la pièce différait des précédentes.

Un large bureau de bois fauve faisait face à la porte, illuminé par le flot de lumière qui coulait de l’immense fenêtre. Une grande bibliothèque en escalier, emplie de DVD estampillés BBC prenait tout le pan du mur gauche. Elle était garnie sur le dessus de ses marches de rares objets personnels et de nombreux dossiers. Une odeur de tabac froid, de café et de parfum de luxe enveloppait la pièce.

Au milieu de tout cela, tel le pilier du Temple, debout face à la fenêtre, se tenait Victoria Levin, l’impératrice des lieux. Impératrice était le terme exact qui venait à l’esprit dès qu’on la voyait.

Victoria était une femme qui en imposait autant par son maintien que par son charisme. Approchant la cinquantaine, élégante, sa chevelure auburn flamboyante et son port de tête altier reflétaient son caractère. L’apparente impassibilité de ses traits contrastait avec l’expressivité de ses yeux, dont le vert insolite attirait le regard.

Certains l’auraient comparée à une voiture de luxe. Une Jaguar probablement. Le type de voiture qui vous possède plus que vous ne la possédez.

– Chloé ! Asseyez-vous ! Vous prenez quelque chose ?

Avant même que Chloé n’ait pu répondre, elle reprit :

-Si ! Vous prenez quelque chose ! Je déteste prendre un café seule ! Thé ou café ? s’exclama Victoria en lui assignant un siège.

 Chloé tenta d’opter pour un thé diplomatique en glissant dans un fauteuil qui lui parut immense. Mais Victoria martyrisait déjà la machine à expresso.

-Je conclus qu’Alexander a été le messager diligent de ma petite proposition ? l’interrogea-t-elle péremptoire.

Chloé prit soin de peser ses mots.

-Je vous avoue que j’ai été positivement surprise par cette offre.

Victoria eut un sourire de félin et lui tendit une tasse brûlante que Chloé se résigna à accepter. Café donc… Il était visible qu’à cet instant les choses allaient dans son sens et que la productrice s’en réjouissait. Néanmoins, Chloé ne pouvait pas accepter son offre en l’état. Elle se souvint du conseil d’Alexander et fit donc front en essayant de masquer sa nervosité.

-C’est une opportunité extrêmement tentante  pour moi. Et flatteuse ! Mais j’espérais trouver un stage d’assistante scripte pour valider mon diplôme.

Elle s’écoutait à moitié rassurée débiter le discours qu’elle avait préparé.

-C’était la raison de ma venue à Londres…

Victoria ne dissimula pas sa contrariété. Sans répondre, elle posa sa tasse dans un claquement sec et esquissa un geste en direction d’un paquet de cigarettes avant de se raviser. Elle fixa Cholé et pianota machinalement du bout de ses ongles laqués de brun sur le bois du bureau. Oh dear, we’re in trouble.[1] Face à ce silence, Chloé s’enfonça dans le fauteuil et se tint prête à prendre congé, pensant que l’entretien allait tourner court.

C’était sans compter sur l’obstination de Victoria. Son intuition et sa force de persuasion étaient les bases sur lesquelles elle avait assis son influence et son pouvoir dans ce métier. Elle évalua les possibilités qui s’offraient à elle et prit rapidement son parti.

-Soit ! Résolvons le problème ! s’exclama-t-elle avec un enthousiasme qui surprit Chloé

 Ses lèvres rouge sang esquissèrent un sourire calculé et elle reprit :

-Voilà le marché. Je vous obtiens le stage d’assistante scripte dont vous avez besoin. Sur le tournage de The Gordian Knot. Mais vous acceptez mon offre pour ce même tournage. L’un n’ira pas sans l’autre. Vous avez votre stage, j’ai ma bloggeuse. Echange de bons procédés.

Chloé lui offrait l’opportunité qu’elle attendait pour user du pouvoir du fandom de The Gordian Knot. La productrice n’avait donc nullement l’intention de la laisser lui filer entre les mains.

Chloé resta sidérée de la facilité déconcertante avec laquelle Victoria éludait les choses. Celle-ci se pencha alors en avant et s’accouda sur le bureau, le menton posé sur les mains. Elle précisa de sa voix grave et rocailleuse :

-En revanche, je ne travaille jamais pour rien. Je veux obtenir satisfaction quand j’engage des actions. Si je décroche ce stage pour vous, il n’y aura qu’une seule réponse possible et ce sera une signature au bas d’une page. Est-ce assez clair ?

Chloé était mise au pied du mur. Elle ne pouvait pas croire qu’elle avait si facilement remporté la mise, sans avoir mené le match plus loin. Un peu groggy,  elle saisit la balle au bond et répondit :

-C’est plus qu’explicite. Je vais faire le nécessaire.

Une vague de satisfaction passa furtivement sur les traits de Victoria. Elle fit glisser sur la table de quoi noter les coordonnées de Chloé.

-Une dernière chose : Prévoyante comme vous l’êtes, je suppose que vous n’êtes pas venue sans un cv ? demanda Victoria en pointant d’un index inquisiteur la chemise posée sur les genoux de Chloé.

Chloé s’excusa en s’empressant de sortir une feuille qu’elle fit glisser sur la table.

-Je vous dis à ce soir par téléphone ? termina Victoria en se levant pour lui signifier la fin de l’entrevue.

Ce soir ?! Chloé eut du mal à masquer son incrédulité, mais elle se contenta de hocher poliment la tête en lui serrant la main.  Il n’y avait pas besoin de passer plus de temps en compagnie de Victoria pour comprendre que la productrice était de celles à qui l’on ne refuse rien.

Chloé gagna rapidement la sortie du bâtiment, impatiente de retrouver l’air libre après ce moment surréaliste. Encore une fois elle jeta un regard à cette aiguille de verre qui perçait le ciel et soupira une nouvelle fois :

-C’est vraiment n’importe quoi !

Elle gagna le premier café qui se présentait pour profiter du wifi et envoya un mail à Alexander. Après tout, avec qui d’autre aurait-elle pu partager tout ça ?

Elle se sentait perdue, très seule, et à la vérité elle était seule. Pour la première fois,  aucun avis extérieur, aucune lumière divine ne viendrait l’aider à y voir clair dans cette situation. Elle aurait aimé que Carine soit là. Avec sa fausse désinvolture habituelle, elle aurait tourné les choses en ridicule de façon à relativiser. Ce que Chloé se sentait incapable de faire.  Et elle aurait sûrement trouvé une répartie, comme : C’est marmotte, chocolat et papier d’alu…Ou n’importe quoi d’autre du genre. A cette pensée, Chloé sourit faiblement à sa tasse de thé.

Au moins cette fois-ci, j’ai eu un thé.

Elle essaya de faire le point  dans ses pensées, sans y parvenir. Esquissant une moue découragée, elle observa les gens par la fenêtre et laissa son esprit dériver librement.

Et l’évidence la frappa.

Elle ne pourrait jamais accepter ce quotidien morne qui défilait sous ses yeux. Elle en était simplement incapable. C’était une part inaliénable d’elle-même depuis l’enfance.

C’était pour cela que le cinéma l’avait happée.

C’était pour cela qu’elle avait accepté de rencontrer Alexander.

C’était pour cela qu’elle s’était rendue à ce rendez-vous avec Victoria.

C’était pour cela qu’elle était scripte.

Chloé reprit son téléphone et rédigea un mail rapide à sa référente pédagogique pour  obtenir les documents de stage. Puis, démunie, elle entama une longue attente.

Elle se laissa dériver dans les rues de Londres, incapable de rentrer sans avoir eu l’appel de Victoria. Dix fois, trente fois peut-être elle consulta son portable. Elle but des litres de thé dans des cafés afin de vérifier ses mails, espérant une réponse d’Alexander.

En vain. Il jouait les ombres. Pourtant, il ne lui avait jamais semblé aussi présent qu’à travers tout ce qui se passait à ce moment.

Assise sur un banc, elle contemplait le ciel londonien qui paraissait lui aussi pris au jeu de la valse-hésitation. Elle sursauta en sentant son téléphone vibrer, chantant le générique de The Gordian Knot. La voix inimitable de Victoria frappa son oreille avant même qu’elle n’ait articulé un son :

-Chloé ? Victoria Levin ! J’ai de bonnes nouvelles pour vous. Et de votre côté ?

Décidément Victoria avait le don des questions qui n’en étaient pas. Chloé était presque tentée de faire front par pur défi, de dire non, tant l’assurance de cette femme était stupéfiante.

Elle regarda autour d’elle l’espace d’une seconde et son regard accrocha un bus qui passait, portant sur son flanc l’affiche du dernier film d’Alexander. Tout en réalisant le désordre que cela allait déclencher dans sa vie, elle s’entendit répondre :

-J’attends un dernier mail de ma tutrice pour les pièces nécessaires.

-14h30 à mon bureau pour liquider les formalités administratives. Ne perdons pas de temps avec les paperasses. Oubliez le tourisme et réservez-moi vos journées ma chère ! Vous allez avoir du monde à rencontrer et vite ! Dans dix jours, vous êtes sur le terrain pour les premières lectures du scénario.

Un peu sonnée, Chloé mit un certain temps pour assimiler les conséquences de cet appel. Elle sortit son agenda et lista tout ce qu’elle allait devoir anticiper en dix jours :

  • Papiers administratifs (visa et convention)
  • Script à préparer (Qui est la script responsable ? Demander à V.L)
  • Quid de la partie blog ? (Idem. Demander à V.L)
  • Logement (Charlie ??)

Sur cette dernière ligne, elle resta le stylo levé. Charlie…Que lui dire ? Comment expliquer cette avalanche subite de propositions ?

 Dis-en le moins possible. Personne n’a à savoir le pourquoi du comment. 

On était mardi. Le mois de juin finissait en rayonnant, même sur Londres. Dans  deux semaines elle réaliserait un rêve qu’elle n’avait même jamais osé exprimer.

La vie n’était pas un long fleuve tranquille, mais elle était pour le moins surprenante.

****

               Charlie n’était pas encore rentrée. Alors Chloé soigna en cuisine sa culpabilité de ne pouvoir lui dire toute la vérité. Lorsque son amie fit son apparition, l’appartement fleurait bon les crevettes aux épices et le riz thaï. A l’odeur, celle-ci lui bondit dessus dans la cuisine, à peine la porte franchie

– T’as eu le poste ? T’as eu le poste !

-Si je te demande si tu ne voudrais pas d’une colocataire, ça répond à ta question ! répliqua Chloé en lui tendant un verre de vin

Charlie eut un glapissement de joie et s’empara du verre pour trinquer :

-C’est génial ! Félicitations !

Elles s’attablèrent devant le plateau repas. Charlie semblait fatiguée de sa journée et laissa transparaître un certain soulagement.

-Au fait, tu ne m’as pas dit ce que c’était exactement ce poste. Je me doute que c’est pour un stage de script. Mais dans le détail ça donne quoi ?

Chloé s’empressa de prendre une gorgée de vin pour se laisser le temps de réfléchir encore à sa réponse. Puis, jouant machinalement avec une crevette dans son assiette, elle s’efforça de répondre le plus naturellement du monde :

-C’est un stage d’assistante-scripte pour une nouvelle série de BBC.

-Pour BBC ! Tu ne te mouches pas du pied ma grande ! Tu dois être ravie.

-Il y avait un  sine qua non. Une sorte de « cadeau bonus ». Ils avaient aussi besoin de quelqu’un pour écrire des articles pour le site de la série. Ma lettre de motivation a dû leur plaire. Ils me demandent de faire les deux.

– Les deux ? Carrément ! Tu te sens de taille ?

Chloé reprit son verre pour se soutenir :

-C’est sûr que c’est tout un défi. Mais une opportunité comme ça, on ne tombe pas dessus dans la rue tous les quatre matins. Et puis BBC quoi !

Charlie approuva vigoureusement et demanda :

-Et c’est quoi cette nouvelle série ?

-Je n’ai pas le droit d’en parler. C’est un nouveau projet. J’en sais assez peu. Je n’aurais le script que demain.

-Dans le secret des dieux donc ! Tant pis ! Je vais me consoler avec la perspective de te garder ici !

Chloé sentit une lourde charge tomber de ses épaules. Elle se félicita intérieurement de sa présence d’esprit. Un projet innovant encore en préparation était forcément quelque chose de confidentiel. Connaissant Charlie, elle savait qu’elle respecterait ce point. C’était aussi un excellent moyen d’éviter toute interrogation vis-à-vis des articles qu’elle devrait écrire.

Toute la pression de cette journée paraissait se dissoudre dans la torpeur suscitée par l’alcool. Malgré le contrecoup, Chloé ne pouvait s’empêcher de penser à tout ce qui lui restait à faire. Sans compter qu’il faudrait avertir ses parents.

[1]  Citation extraite d’Harry Potter and the Chamber of Secrets

Nota bene pour ceux qui auront eut le courage de lire.

Tout cette histoire est encore en chantier. Un manuscrit est semble-t-il un chantier permanent. Donc n’hésitez pas à me laisser vos retours. Et surtout n’oubliez pas qu’il n’y a que deux questions fondamentales:

  • Avez-vous envie de lire la suite ?
  • Vous verriez-vous lire un roman de ce type ?

Thanks for reading !

The Gordian Knot

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

7 commentaires Laisser un commentaire

      • J’ai trouvé top ce chapitre! On ne languît pas trop longtemps à savoir si oui ou non elle est prise! C’est agréable! Et surtout on a super hâte qu’elle entre dans le vif du sujet !! Sinon pourquoi tant de mystère avec Charlie alors qu’elle est prise? Avant qu’elle soit prise je comprends… Mais là? Bisous

        Aimé par 1 personne

      • Parce qu’elle est très mauvaise menteuse et qu’elle a peur que sa relation avec Alexander ou du moins son intervention ne suscite questions et commentaires. Or elle-même a eu déjà du mal à accepter son aide et elle est, rappelons-le, très peu douée pour les relations sociales. Elle a elle-même déjà beaucoup de mal à gérer le bouleversement que représente son amitié avec Alexander dans sa vie. Donc elle diffère les explications le temps de retomber sur ses pieds. Par ailleurs ses amies sont fans de la série et il va lui falloir tenir le secret professionnel…

        Aimé par 1 personne

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