The Gordian Knot. Part II. Chapt.3.

Part II : The Gordian Knot

Chapt 2 : Le nouveau départ.

A nouveau assise dans le bureau de Victoria, Chloé étudiait avec elle les multiples documents à remplir. Celle-ci fit glisser une énième liasse de feuilles sur le bois poli du bureau et indiqua :

– Comme convenu, ici la signature de Gavin Scott, le rédacteur en chef du département communication web de BBC. Votre référent hiérarchique avec qui vous avez rendez-vous demain. La mienne, en tant que productrice exécutive pour BBC sur la série.

Elle  s’interrompit pour consulter sa montre et ajouta :

– Sur celui-ci, il manque celle de Kathy Coalman, la scripte, qui sera votre tutrice. Elle devrait nous rejoindre sous peu. Des questions ?

-Je peux ? demanda Chloé en s’emparant du document.

 Elle n’eut pas le temps d’aller plus loin. Le gazouillement de l’intercom vient interrompre ce moment :

-Oui ? Merci Suzie. Faites- la entrer.

 Une femme métisse, coiffée d’un lourd volume de tresses à l’égyptienne fit son apparition dans la pièce.

-Kathy ma belle ! Merci de t’être libérée ! s’écria Victoria en se levant pour l’accueillir.

-Il faut dire que tu ne m’as pas vraiment laissé d’alternative ! répondit Kathy du tac au tac.

Cette remarque avait été lancée d’une voix calme et posée qui contrastait avec l’expression vive de ses yeux noirs en amande.

-Seize messages sur mon répondeur… Rien que pour que je te rappelle ! Comment dresses-tu tes assistantes  à harceler les gens de cette façon ! termina-t-elle en faisant la bise à Victoria.

Celle-ci ne se départit pas de son enthousiasme et rétorqua :

-Seize, tu exagères ! Douze, tout au plus !

Elle lui tapota l’épaule du bout des doigts de façon un peu condescendante, comme pour balayer ces objections :

-Permets-moi de te présenter Chloé, ta future assistante. Tu vois, je suis toute dévouée à ton service.

-Oh Victoria ! A qui veux-tu faire croire que tu ne fais pas que ce qui peut aussi servir tes intérêts ? soupira Kathy dans un sourire entendu, avant de se tourner vers Chloé et répondre à la poignée de main de celle-ci.

Chloé restait là, mi- amusée, mi- inquiète. Les deux femmes avaient l’air de bien se connaître et ne s’embarrassaient guère de ronds de jambes inutiles.

-Commençons par la corvée administrative. Appose- moi donc ta griffe ici et ici s’il te plait ! Commanda d’emblée Victoria en tendant à Kathy différents documents.

Chloé en profita pour reprendre la lecture de son exemplaire et fit mine de s’y absorber. Néanmoins, sur le qui-vive, elle ne pouvait s’empêcher de guetter les réactions autour d’elle. Les choses paraissaient en bonne voie lorsque Kathy reposa le document avec un raclement de gorge.

-Bien. Mettons les choses au clair tout de suite. J’ignore ce qui me vaut cette improvisation de dernière minute. Mais si ça ne fonctionne pas, je mets le holà direct.

-On est toutes d’accord sur ce point.Lâcha froidement Victoria, sans se départir de son sourire. Elle s’empressa d’ajouter : Je vous ai réservé une salle de réunion. Vous avez probablement besoin de régler quelques détails techniques.

Pendant quelques secondes, la productrice et la scripte échangèrent un dialogue muet du regard, avant que Kathy ne finisse par hocher la tête.

La diaphane Suzie les guida vers une petite salle à la moquette bleu pâle, meublée d’une table à la forme étrange. Kathy extirpa de son sac bandoulière deux volumes compacts qui échouèrent sur la table dans un bruit sourd. Songeuse, elle dévisagea Chloé quelques secondes avant de déclarer :

– Ma remarque dans le bureau n’était pas dirigée contre toi. A vrai dire, un coup de main ne sera pas de trop dans cette équipe de fous.

Chloé se sentait passablement mal à l’aise. Elle était visiblement la cinquième roue du carrosse. Imprévue et potentiellement gênante.

-Je ne veux juste pas de handicap supplémentaire. Après, tes arrangements avec Victoria, ça ne me concerne pas.

Le ton calme de Kathy ne cachait pas le fond de son propos. Il était évident qu’elle n’appréciait guère ce changement de dernière minute. Elle poussa vers Chloé les deux blocs reliés et reprit un peu plus conciliante :

-Voici ton scénario. Je t’ai également fait une copie du mien sur lequel j’ai travaillé. Mes annotations te permettront de te familiariser avec les raccords à préparer. Je suppose que tu sais déjà qu’on fait les premières lectures de scénario dans une semaine ?

Feuilletant machinalement le double du script déjà copieusement annoté, Chloé cherchait désespérément quelque chose à dire. Un peu submergée, elle se contenta d’acquiescer.

-Il faut que tu prépares ta continuité chronologique[1] et ton dépouillement par acteur et par décor. Sinon tu vas être rapidement perdue.

Chloé prenait des notes, le visage un peu tendu. Elle commençait à sentir la pression qui s’amoncelait.

-Pendant les lectures, on fera le pré-minutage et la grille[2] Précisa Kathy. Tu as des questions ?

Prise au dépourvu, Chloé leva les yeux de ses notes. Elle réfléchit à toute vitesse pendant quelques secondes et bafouilla :

-Pour tout ce qui est accès aux studios, ça va se passer comment ?

– On tourne à Cardiff, dans les studios BBC Cymru Wales. Hangar 4 normalement. Il faudra que tu te rendes au poste de sécurité de l’entrée B pour les pass.

Kathy vit la panique grandissante dans les yeux de Chloé noyée sous les informations et eut un petit soupir. Dans un sourire résigné, elle ajouta :

-Donne-moi ton agenda que je te laisse mes coordonnées au cas où. Même avant, si tu as des questions, tu m’appelles.

-Merci.murmura Chloé.

-Oublie les remerciements et contente-toi de ne pas me faire faux-bond! Bienvenue dans l’équipe.

****

 Guidée une fois de plus par un agent de sécurité, Chloé arriva dans l’immense open-space du département Marketing et Communication de BBC. Après Kathy, elle allait à la découverte de la deuxième casquette qu’elle devrait endosser pour ce tournage. N’ayant pas vraiment idée de ce qu’on attendait d’elle, elle se sentait passablement terrifiée dans ce nouvel univers.

Au cœur de la capitale, les nouveaux locaux de la chaîne étaient impressionnants. Démesurés dans la superficie qu’ils occupaient comme dans l’activité de ruche qui y régnait.

Gavin Scott fit une entrée tonitruante dans le bureau de son assistante. Son éblouissante chemise rouge nantie d’une cravate dans des tons orangés, tranchait avec son teint brun :

-Chloé ! Venez, venez ! Je vous attendais ! Vous désirez un café ?

Au pays du tea time, imposer un café semblait être devenu une étrange tradition. Sans prendre le temps d’écouter sa réponse, il la poussa fébrilement vers son bureau, sans cesser son incessant verbiage à l’intention de son assistante.

Exubérant, virevoltant, s’extasiant, il prit plus de cinq minutes à trouver une posture un tant soit peu immobile dans son fauteuil. Ce ne fut qu’à ce moment-là que Chloé put enfin placer quelques mots :

-J’imagine que vous vouliez me rencontrer pour fixer le cadre de notre collaboration. Je dois vous avouer que c’est la première fois que je me lance dans une telle entreprise et…

Il n’en fallut pas plus à l’enthousiasme de Gavin pour repartir de plus belle :

-Mais c’est cela la beauté de la chose ! Avec les nouvelles technologies de l’information, on ne cesse de réinventer la communication, d’expérimenter de nouvelles voies pour être au plus près du public.

Disant ces mots, il désigna tout autour de lui les différents écrans qui le reliaient en permanence au reste du monde. Smartphones, tablette, ordinateur, télévisions et kit main libre, indiscutablement Gavin était un homme on ne peut plus connecté avec son époque.

Chloé était un peu interloquée par ce personnage insolite. Elle souriait poliment, essayant d’imaginer Victoria travaillant avec un tel hurluberlu, sautillant et dithyrambique ! Pourtant celui-ci semblait l’idolâtrer. Elle en était à ce point de sa réflexion Gavin la cueillit en reprenant :

-Quand Victoria m’a appelé pour me faire part de son idée, je n’y ai pas vu pas grand-chose de vraiment nouveau. Jusqu’au moment où elle m’a annoncé «  ce sera fait par une fan ».

Il eut un moment d’extase en levant les bras au ciel devant cette illumination :

-Une fan ! C’était une telle évidence ! Qui pourrait mieux savoir ce qu’attendent les fans que l’une d’entre eux.

Les cafés arrivèrent à point nommé, l’arrêtant dans son élan. Le répit de Chloé fut de courte durée. Le fait de s’échauder la bouche ne paraissant guère le perturber :

-Là où elle a achevé de me harponner c’est lorsqu’elle a précisé que vous étiez une scripte. J’ai trouvé le cocktail brillant !

Souriant de toutes ses dents, il s’était relevé d’un bond sur cette exclamation et arpentait à nouveau la pièce.

-Fan et scripte ! L’idéal pour trouver un angle nouveau. Avoir un regard averti, pertinent mais plein de fraîcheur !

La jeune femme rangea prudemment ses jambes sous sa chaise en voyant la tasse virevolter d’enthousiasme.

-Ça c’est du concept ! De l’inattendu !

« Mon dieu ! C’est une maison de fous ! » Vaguement angoissée par la tournure que prenaient les choses, Chloé décida de se jeter dans le flot:

-Justement, à ce sujet, qu’attendez-vous exactement de moi dans ces articles ?

Continuant son simili jogging à travers la pièce, Gavin répondit lyrique, avec de grands mouvements de bras :

-Soyez les yeux et les oreilles des fans dans les coulisses du tournage. Il faut qu’ils aient l’impression d’y être ! Comme une mise en bouche gastronomique avant la diffusion !

Nouvelle gorgée de café. Chloé s’apprêtait à poser une autre question mais il la devança.

-Idéalement cela devrait se faire sous forme de billets de blog. Naturellement, je vous guiderai un peu. De la relecture, quelques corrections. Vous pourrez alterner avec des photos ou des interviews.

Ses mains semblaient prises dans un incessant ballet tandis qu’il poursuivait ses idées, au sens propre comme au figuré. Chloé se demanda à combien de tasses de café il en était dans sa journée.

-Je serai également sur le plateau en tant qu’assistante script. Donc je ne pourrai pas me déplacer pour faire le point avec vous. Comment…

-Par mail tout simplement ! Je vous demande juste de me soumettre un à deux articles par semaine. Il faut assurer une régularité de publication pour fidéliser nos cibles. Il me faudra régulièrement de la matière, même anecdotique, anticipa Gavin en souriant.

Chloé griffonnait sur son agenda. Elle évaluait en même temps la situation. Sur des charbons ardents, elle changea nerveusement de position.

-Monsieur, pardonnez-moi, mais comment pouvez-vous être si confiant dans le fait que cela va fonctionner ? Vous me connaissez à peine.

Gavin posa véritablement son regard sur elle pour la première fois depuis le début de leur entretien. Avec un calme qui contrastait singulièrement avec son effervescence précédente, il affirma :

-Je ne le suis pas ! Mais on n’est jamais sûr de rien ici-bas. Chloé, regardez-moi, j’ai trente ans et j’occupe une place de choix chez BBC. Pensez-vous que j’y serais arrivé si je n’avais jamais pris de pari insensé ?

Soudain Chloé discerna sur son visage les signes de fatigue, de soucis et de stress qui le marquaient étonnement pour un homme encore jeune. Avec un petit sourire blasé, il conclut :

-Croyez-moi si je vous dis que j’ai pris des risques bien plus grands que le pari que je prends avec vous aujourd’hui.

Son relâchement ne fut que très fugace et il retrouva rapidement son entrain pour proposer en battant des mains :

-Allons déjeuner pour faire plus ample connaissance, nous aurons ainsi tout le loisir de discuter.

Quand Chloé quitta la BBC au début de l’après-midi, la tête lui tournait encore de tout ce qu’ils avaient évoqué. Le déjeuner avec Gavin avait été aussi éprouvant que de faire un aller-retour Paris-New-York en une journée. En dépit de son côté survolté, l’homme était extraordinairement consciencieux et organisé. Il lui avait expliqué en détail l’impact qu’il espérait de cette petite expérience et elle avait été fascinée de voir jusqu’où portait sa vision. Son discours l’avait en partie rassurée. En partie seulement.

En rentrant, elle aperçut l’épais volume du script qui l’attendait sur son lit et réalisa qu’elle était vraiment loin d’être au bout de ses peines dans cette histoire. Un énorme soupir lui échappa.

Son portable tinta pour annoncer un nouveau mail.

« Bien joué!  Alex »

Elle resta stupéfaite du naturel déconcertant avec lequel il prenait les choses.

Non décidément elle n’avait pas choisi la voie la plus aisée.

****

A la fin de cette folle semaine, elle était de retour à Lyon. Sous l’œil incrédule de Carine, elle remplissait sa valise.

-Et Charlie, elle en dit quoi ?

-Pas grand-chose. Que c’est génial. Mais bon j’ai exclu certains paramètres de l’équation pour éviter le débordement d’enthousiasme.

Machinalement, Carine lui passait les objets étalés par terre.

-Tu m’étonnes ! J’étais au courant de tout et malgré ça, je suis…

-Sur le cul ? compléta Chloé sarcastique en se retournant pour attraper une pile de livres. Et toi ce n’est rien. Tu n’as pas entendu ma mère ! Série-médias-tournage-étranger, j’ai tiré le bullshit bingo diabolique! Si en plus elle savait le pourquoi du comment !

-T’es embarquée dans une drôle d’aventure quand même ! s’exclama son amie.

Carine semblait dépassée par les effets de ses encouragements. Elle balançait entre un élan d’enthousiasme et une vague inquiétude. Chloé se laissa tomber sur le lit à côté de sa valise et lui demanda circonspecte :

-Ce n’est pas ce que tu espérais en m’envoyant à la rencontre de Coddington manu militari ?

-J’espérais un coup de pouce. Un contact, un truc du genre. Ça c’est juste “WOW”!

-Tu ne m’aides pas des masses là ! rétorqua Chloé un peu défaite.

Son amie la sentit déconcertée et s’efforça de nuancer son propos :

-Si tu me disais que tu veux renoncer, je serais la première à te botter les fesses. J’aimerais juste savoir ce que tu en penses toi.

Chloé hésita quelques secondes, les yeux dans le vague.

-Je suis morte de trouille à l’idée de tout ce qui m’attend. Ça va être la misère.

Elle s’arrêta et regarda son amie avec un  petit sourire en coin :

-Mais j’ai l’impression d’avoir attendu ça toute ma vie.

[1] Table des matières détaillée du film qui sert de repère à la script

[2] Récapitulatif fait  par la script du plan de travail, répertoriant les numéros de scène à tourner pour chaque journée.

The Gordian Knot

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

3 commentaires Laisser un commentaire

    • Ah si seulement ! 😄 Je ne suis pas encore satisfaite de ce chapitre (et je parle bien du chapitre, pas de ma vie… quoique…ça aussi .). Je le trouve un peu mou. Mais je n’ai pas encore trouvé le moyen de le reprendre.

      J'aime

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