Vaiana

Fiche technique.

Sortie : Novembre  2016

Réal. John Musker / Ron Clements

Studio : Disney.

Synopsis.

Sur une île paradisiaque du Pacifique, la communauté de Vaiana coule des jours paisibles. Ceux dont les ancêtres étaient d’intrépides explorateurs des mers, apprécient maintenant la sécurité et l’abondance de leur petite île et de son lagon. Plus jamais, quiconque ne tente de tente de franchir la barrière de corail pour s’élancer vers le grand large. Seule Vaiana, fille du chef et destinée à lui succéder, demeure irrépressiblement attirée par le large, en dépit de l’interdiction de son père.

Mais autour d’eux, le chaos s’étend. Depuis que le demi-dieu Maui  a volé son coeur à la déesse mère Te Fiti, la vie s’éteint de toutes parts. Bientôt le poisson disparaît à son tour du lagon et les précieux arbres fruitiers sont touchés  par un mal mystérieux. La grand-mère de Vaiana lui révèle alors qu’elle est l’élue de l’océan, celle qui a été choisie pour rendre son coeur à Te Fiti et faire renaître la vie. En levant le voile sur le passé d’explorateurs maritimes de ses ancêtres, elle révèle la jeune femme à elle-même. Bravant l’autorité paternelle, Vaiana se jette dans l’aventure: elle va aller trouver Maui et lui faire traverser la mer pour rendre son coeur à Te Fiti et sauver son peuple.

Mon avis.

Commençons donc cette critique par une anecdote sympathique. Le Minion a essayé de s’évader de la salle de cinéma, non pas à cause des monstres, mais parce-que Vaiana allait faire une bêtise. Sic. J’en conclus donc qu’il n’a toujours pas saisi la notion d’élément perturbateur dans un récit. Après avoir transformé mes aisselles en cabane pour froussard, il s’est finalement bien amusé. Comme quoi…

Ceci étant dit, entrons dans le vif du sujet. C’est un Disney, donc très moralisateur et on retrouve les thématiques de base comme :

  • La découverte de soi en bravant l’interdit.
  • Le courage et le sens du sacrifice.
  • Le sens moral et l’intégrité.
  • Affronter ses peurs.

En résumé, notre héroïne brave l’interdit mais elle roxe du poney  car c’est pour le bien de tous et elle va aller botter les fesses d’un demi-dieu du haut de son 1.60m puisqu’elle est l’élue. Jusqu’ici tout va bien comme dirait Maui, himself.

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Les points faibles du film.

En fait, il n’y en a pas vraiment. La  représentation de Maui, grand héros de Tahiti comme de Polynésie. un peu trop enrobé (euphémisme), a suscité quelques débats houleux. On a crié au stéréotype négatif. Certes.

On peut aussi reprocher à Vaiana (Moana en VO mais on en reparlera) d’être un peu trop lisse comme personnage. Comme toute héroïne Disney qui se respecte, elle est courageuse, intègre, intelligence, mignonne, sportive, souple, persévérante. Le genre de représentations qui te fait regarder ton propre môme et l’écran en te demandant où se situe l’erreur. Est-ce-que par hasard, on ne t’aurait pas donné un modèle défectueux à la maternité ?

Même si évidemment mon Minion est merveilleux, intelligent, mignon, intrépide et brave… Par moments. 

Plaisanterie mise à part, une héroïne qui a du caractère c’est bien. Une héroïne qui n’a pas un défaut, pas une faiblesse, c’est un peu blasant. D’accord c’est l’élue. Mais un penchant pour le chocolat, un manque de talent pour la danse, un syndrome de la Tourette, que sais-je ?

Au passage j’ai retrouvé un peu d’Ariel (La Petite Sirène), pour le mode opposition paternelle et « J’irais là-bas » et d’Elsa (La Reine des Neiges) pour le côté « Régner ce n’est pas pour moi. Je suis une rebelle et je me suis trouvée. » dans les traits de caractère de Vaiana.

Ceci dit, je vois ça de mon point de vue d’adulte. Les enfants, ça leur colle des étoiles dans les yeux les héroïnes au sourire ultra-brite qui déchirent en toutes circonstances comme personne. Ah ! La magie de l’enfance !

Les points forts du film.

Sur le fond, on a un réel travail de recherche au niveau des légendes du Pacifique et c’est bien explicité dans la narration. Le personnage de Maui, en particulier, reprend bien les légendes polynésiennes et tahitiennes sur ce héros. En Polynésie, Maui est effectivement un  enfant né avant terme et abandonné par ses parents qui fut recueilli par les divinités auprès de qui il accéda au statut de demi-dieu, en restant mortel. Il possède effectivement un hameçon magique et le talent de changer de forme. Ses différents exploits pour aider les hommes, mentionnés dans le dessin animé sous forme de chanson (ralentir la course du soleil, leur donner le feu, semer les îles sur la mer) correspondent bien aux légendes polynésiennes. (1)

les Kakamora, féroces petits guerriers auxquels sont confrontés Vaiana et Maui, sont dans la culture orale de l’île Makira (Îles Salomon) des esprits maléfiques à l’apparence humaine, hauts comme trois pommes. Des formes de gnomes version insulaires, si on veut résumer.

Par ailleurs,  le personnage de  Te Fiti  par le jeu des éléments offre une sibylline et appréciable leçon de biologie. En effet, vous le savez sans doute, parmi les îles du Pacifique, certaines sont nées d’atolls coralliens, ce sont des îles basses. Tandis que d’autres sont nées d’activités volcaniques, ce sont des îles hautes. Or, dans l’histoire,  Te Fiti, symbole de fertilité, évoque aussi cet aspect volcanique de la création de la vie. Et ce n’est pas un hasard.

 Attention spoiler dans l’explication ci-dessous

En effet, ainsi qu’on le découvre à la fin du récit, lorsque son coeur est arraché à  Te Fiti, le chagrin la transforme en une sorte de démon du feu armé de lave et le chaos se répand sous une forme de nuage de fumée sombre. Une fois apaisée,  Te Fiti redevient paisible, fertile et se rendort. Comme un volcan donc…

Cette narration et représentation correspond symboliquement tout à fait à un phénomène de type volcanique. En effet, lors d’une éruption, selon le type de celle-ci, des panaches de fumées de cendres ou même des nuées ardentes comme à Pompéi, peuvent s’étendre sur des kilomètres, étouffant la vie. Ce qui correspond au nuage sombre que l’on voit avancer sur la mer dans le dessin animé et qui règne autour de  Te Fiti. 

Te Fiti est d’ailleurs représentée comme une île à la forme de femme, fertile et verdoyante. Et il est connu que les terres volcaniques sont souvent très fertiles . Ce qui explique l’implantation imprudente de villes comme Pompéi au pied de volcans. Intéressant non de voir comment ce type d’éléments a été astucieusement glissé dans le dessin animé ?

Et ceci sans parler de l’évocation des ancêtres de Vaiana, qui, pour ce qui est décrit, correspond bien à l’état des connaissances actuelles concernant le peuplement des îles du Pacifique.

Pacifique Sud
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Légendes, divinités, héros et demi-dieu, alors oui tout cela est présenté à l’américaine. Un peu comme lorsque les américains font un film sur un pan d’histoire typiquement européenne. Lorsqu’ils essayent de représenter des périodes qui ne font pas partie de leur Histoire à eux par exemple.

Le fait que  Dwayne Johnson, doublant Maui, massacre à cause de son accent des termes samoans ou maoris, a soulevé un certain mécontentement parmi les communautés concernées. Tout autant que Disney déposant les noms de Vaiana (eau de roche) et Moana (eau de roche. Nom original de l’héroïne, non utilisé dans certains pays pour cause de litige de licence commerciale) alors que ce sont des termes usuels dans le monde polynésien. (2)

Soyons francs, on le sait, Disney va utiliser le filon pour son merchandising jusqu’au trognon, comme d’habitude. Vous allez manger du mythe polynésien jusqu’à la nausée… ou au prochain film.  Et ça gâche un peu la magie du dessin animé qui lui est très réussi.

Non seulement, j’ai beaucoup apprécié la façon ludique et amusante de présenter les mythes originels derrière les personnages et de les intégrer à la narration, mais visuellement, ça claque.

Mettons de côté cette tendance esthétique de Disney aux héroïnes avec des yeux immenses (Consanguinité ? Abus de plantes qui font rigoler ? Lifting ? Je m’interroge…) pour se concentrer sur les textures, les effets et les couleurs.

Et là, mes enfants, on en prend plein les mirettes. C’est splendide. Les reflets de la mer, les fleurs qui s’ouvrent, le sable… Certaines textures sont si réussies qu’on a envie de toucher. Les vêtements de Vaiana par exemple, en particulier sa ceinture en toile, m’ont fascinée par la multiplicité des textures et leur réalisme. J’avais l’impression qu’en sortant je pourrais trouver exactement la même tenue dans un magasin.

Vaiana, la légende du bout du monde : Photo
Source / Copyright Walt Disney Company France

Si certains traits nous maintiennent dans l’univers du dessin animé, notamment pour les personnages imaginaires, en revanche un énorme travail a été fait sur les paysages et l’animation des éléments naturels : l’eau, les montagnes, les effets du vent, de la houle. Certains plans comme sur l’image ci-dessus ont un réalisme de photographie assez bluffant. Oubliez l’héroïne et considérez le second plan sous le titre à gauche… On s’y croirait non ?

Si j’ai passé l’âge de me laisser leurrer en ne considérant que la magie du film et non tout ce qui est sous-jacent, Vaiana m’a néanmoins procuré un délicieux moment d’évasion. Une agréable plongée dans la culture polynésienne qui a l’avantage de sortir un peu des sentiers battus et d’ouvrir un tantinet les jeunes esprits à d’autres cultures par le biais des légendes.

(1) Source Mythologica.Fr

(2) source Wikipédia