Aphrodite et vieilles dentelles : Problèmes de plomberie.

Résumé.

Editions J’ai Lu. Parution : avril 2017. Prix :7.20€

41X5xR1LHxLTilda et Elida Svensson, respectivement 79 et 72, sont deux soeurs et vieilles demoiselles qui n’ont jamais quitté la maison familiale au confort pour le moins rustique. Ni chauffage, ni eau courante et toilettes au fond du jardin. En dépit des maux de l’âge, elles s’accommodent tant bien que mal de ce mode de vie et rien ne vient troubler la monotonie de leur routine. A 20h15 pétantes, les dentiers sont dans le verre à eau.

Jusqu’au jour où un nouvel arrivant vient occuper la maison d’à côté. Outre son caractère sympathique, Alvar possède un autre atout : un engrais artisanal qui rend son jardin florissant mais semble aussi posséder des vertus aphrodisiaques, si l’on en croit la frénétique activité sexuelle de la gente féline qui a goûté à ses plantes.

Même sans avoir eu de maris, nos deux demoiselles n’en sont pourtant pas niaises et il n’en faut pas plus pour qu’elles se lancent dans un commerce rocambolesque d’aphrodisiaque maison, destiné à financer des toilettes d’intérieurs…

Mon avis.

Voilà un livre par lequel il a fait bon se laisser surprendre. Aphrodite et vieilles dentelles, avec un titre pareil, je m’attendais à quelque chose de presque vaudevillesque. Eh bien non. Du moins, pas tout à fait. Du burlesque oui (car elles sont tout de même terribles les deux frangines. De l’ironie fine sans aucun doute. Mais pas que…

Je n’ai pas ri aux éclats, mais je vous rassure, je n’ai pas pleuré non plus. J’ai souri. Souri jusqu’aux oreilles. Avec tendresse. Un sourire en tranche de pastèque comme on dit. Car elles sont touchantes, mes vieilles demoiselles. Touchantes et rigolotes. Avec leur manie de toujours se demander si telle ou telle action pourrait être déplacée, inconvenante, mais de se lancer tout-à-trac le rouge aux joues, avec des airs de contrebandiers dans un commerce de Viagra (naturel je vous rassure) fait maison. Avec leur façon de justifier de façon médicale l’installation de toilettes à l’intérieur, alors que bon dieu, à 79 ans, c’est la moindre des choses que de garder son postérieur au chaud. Avec leur tic de culpabiliser pour le moindre achat, alors qu’elles vivent de façon quasi monacale. Avec leur manière de s’extasier sur le luxe ultime d’un douillet tapis de sol dans les toilettes, quand toi après cinq jours de camping, le fait de retrouver une lunette propre et digne de ce nom te semble orgasmique. Alors la cabane au fond du jardin, l’hiver, ça te semble appartenir au goulag. Et tu n’as pas 70 ans !

Elles m’ont évoqué cette petite vieille, tu sais, celle qu’on a tous croisé. Pas celle qui gueule contre les jeunes et les étrangers sur le marché. Non. La toute discrète qui ne fait pas de vagues, pour rester dans SA maison, dans SON village. Celle à qui le médecin dit un jour, désolé, en levant les yeux aux ciel, face à la fracture du bassin : Mais enfin Madame Lucette, ça fait des années que vous ne devriez plus faire des trucs pareils. Et qui répond, penaude comme une petite fille prise en faute, que ça fait des années depuis la mort de son mari qu’elle se débrouille toute seule.

Je les ai aimées mes demoiselles, avec leur routine, le détail imagé de leur quotidien, leur maison immobile dans le temps, leurs caractères bien arrêtés mais généreux, et leur tendresse. J’ai adoré les voir partir en vrille, savourer l’inattendu, l’aventure qui vient briser leur quotidien, profiter de la vie, se faire plaisir un peu. Allez, roulez les filles, faites-vous plaisir bon sang ! Avant que de vous casser la pipe !

J’ai apprécié le personnage d’Alvar dont on ne sait que penser au début mais auquel on finit par s’attacher. Et celui de Rutger qui contraste tant avec ses soeurs. On sent le plaisir de l’auteur à manier ses personnages, à leur donner vie, sans compter qu’elle fait preuve d’un sacré talent pour faire jaillir un décor, instaurer une ambiance. J’y étais, moi, dans cette petite maison, assise dans la cuisine, sur la banquette, près du fourneau, à attendre de déguster des biscottes trempées dans le café. A défaut de biscottes, j’ai dévoré le livre. D’une traite. Il m’a fait le goûter, l’apéro et le dîner. Avec un goût de revenez-y pour me punir de ma gloutonnerie.

Sur un ton enlevé, Karin Brunk Holmqvist construit un récit pétillant et chaleureux, avec humour et surtout beaucoup de tendresse. Finalement, j’ai été heureuse que l’on ne parte pas dans le vaudeville, car, à jouer uniquement sur le côté loufoque de son postulat, le récit se serait rapidement essoufflé. Tandis que là, il gagne en profondeur grâce à ses personnages que l’on prend plaisir à suivre et à voir évoluer. Et ce d’autant plus que Karin Brunk Holmqvist  a l’intelligence de ne pas étirer en longueur le récit gratuitement. Aussi, même si j’ai regretté l’absence de quelques péripéties supplémentaires sur la fin, j’ai néanmoins été heureuse de quitter mes chères demoiselles de cette façon, sur la pointe des pieds. Avec toujours mon sourire en tranche de pastèque.

9 commentaires

  1. J’avais beaucoup aimé 🙂 Comme toi je m’attendais à quelque chose de très loufoque, et au final je me suis retrouvée avec un livre beaucoup plus en finesse qu’il n’y parait. Pas ma meilleure lecture, mais un petit roman très sympa et plein de tendresse

    Aimé par 1 personne

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