The Man with the Twisted Lip

Résumé.

Format : Nouvelle. Parution : décembre 1891 dans le Strand Magazine.

Alors qu’elle est sur le retour d’une course en ville et qu’elle est à la recherche d’un cab, Mrs St. Clair a la stupéfaction d’apercevoir à la fenêtre d’une chambre, située au-dessus d’une fumerie d’opium de l’Upper Swandam Lane, son époux Neville, sensé être à son affaire à la City. L’apercevant, celui-ci pousse un cri et disparaît de la fenêtre, comme happé par une main invisible.

A l’arrivée des forces de police, il ne reste dans la pièce de sa présence supposée que ses vêtements, à l’exception de son manteau, et un peu de sang sur le rebord de la fenêtre. Nul ne semble avoir connaissance de la présence de l’homme dans cet endroit, ni expliquer comment ses effets sont arrivés là.

Quelques temps plus tard, son manteau bardé d’un monceau de pièces de menue monnaie est retrouvé dans la Tamise, mais toujours nulle trace du respectable homme d’affaire.

Il faudra Sherlock Holmes et le Docteur Watson pour élucider ce mystère…

Mon avis.

C’est une nouvelle atypique et une affaire irréaliste que Sir Arthur Conan Doyle nous propose. Mais à l’instar de The Red-Headed League, on s’y amuse, l’auteur aussi et c’est des plus rafraîchissant. D’ailleurs, si l’intrigue est tout à la fois évidente et complexe, Sherlock Holmes ne nous fera pas cette fois l’honneur de dévoiler l’indice ou le raisonnement qui l’a mis sur la bonne piste. Il laisse le fin mot rocambolesque de l’histoire au concerné.

De fait, rien n’est conventionnel dans cette nouvelle. Point d’attente d’un client potentiel dans le salon de Baker Street, où Watson semble d’ordinaire passer plus de temps qu’à son domicile conjugal. Au lieu de nous introduire le contexte d’une nouvelle enquête du détective consultant, Watson commence par nous conter sa propre aventure qui l’a menée jusqu’à cette histoire. Nous trouvons donc notre bon docteur un peu grognon au terme d’une pénible journée, n’aspirant qu’à un repos bien mérité en compagnie de son épouse, lorsque Kate Withney, une compagne d’école de celle-ci, fait son entrée précipité et éplorée dans le salon : son époux Isa, bien connu pour son addiction à l’opium, n’est pas rentré depuis deux jours. Et la pauvre femme ne se sent pas d’aller le rechercher dans son lieu de perdition.

Et voilà que ni une, ni deux, notre cher Docteur saute sur ses pieds, pour aller tirer l’homme de son addiction. Il faut croire que la médecine rase quelque peu John et qu’il a besoin d’un peu d’action. La suite va nous le confirmer puisque chemin faisant dans la fumée d’opium, qui croise-t-il en train d’enquêter ? Notre détective consultant, accessoirement cocaïnomane ou morphine addict à ses heures, en train d’enquêter sous couverture. Si candide que soit Watson parfois, même lui a l’ombre d’un soupçon…

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Et lorsque notre consulting detective lui propose de se joindre à lui, le Docteur Watson  n’a aucune hésitation. Il colle proprement le sieur Isa Withney en direction de ses pénates dans un cab, avec un mot pour sa propre épouse. Et hop ! Le voilà, le long de li, le long de l’eau, le long de la Tamise, parti à l’aventure avec Sherlock Holmes.

J’ignore si c’était le dessein original de Sir Arthur Conan Doyle, mais l’effet est proprement hilarant. Je soupçonne tout de même une touche d’espièglerie de sa part à commencer le récit de cette façon, mettant en avant un Watson énergique et badass, qui va son propre-chef zoner dans des endroits peu recommandables, menant, en quelque sorte une petite enquête personnelle pour aider une amie. On sent d’ailleurs une légère fierté du bon Docteur à conter son histoire.

Le cas qui est au centre de l’intrigue, une fois n’est pas coutume, c’est Holmes qui lui-même qui nous en fait le récit, en le contant à Watson. Il nous fait ainsi part du détail de l’histoire, des investigations de la police et des siennes, établissant un tableau complet de la situation, pour démontrer l’impasse dans laquelle il se trouve. A dire vrai, si l’on s’en tient aux faits c’est presque un Mystère de la Chambre Jaune qu’il nous livre, indiquant probablement un meurtre et/ou que l’une des personnes impliquées ment…

Cependant, contrairement à ses habitudes, Holmes nous livrera les faits et le coupable , mais pas son cheminement. Et puisque tout ici est une histoire d’apparence, il faut croire que l’évidence mentait sous notre nez, pour que l’auteur nous laisse le soin à partir de la conclusion de déduire par nous-même ce qui a mis notre détective sur la bonne piste.

Le fin mot de l’histoire est à la fois abracadabrant et somme toute évident avec le recul. Comme souvent dans les enquêtes de Holmes, on se sent compte que :  Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! Et Sherlock Holmes nous laisse sur cette conclusion sibylline :

« I reached this one, said my friend, by sitting upon five pillows and consuming an ounce of shag(*). I think, Watson, that if we drive to Baker Street we shall just be in time for breakfast. »

The Man with the Twisted Lip ou L’homme à la lèvre tordue en français est une nouvelle plus légère et un peu humoristique du Canon où Sir Arthur Conan Doyle démontre une nouvelle fois sa capacité à varier les tons en jouant de ses personnages. Elle se place dans la même veine que The Read-Headed League, même si l’investigation est moins intéressante, mais elle offre la particularité de mettre en valeur le Docteur Watson.

Dernier point intéressant à noter : Holmes rend hommage à l’intuition féminine en faisant confiance à celle de Mrs St.Clair.

« I have seen too much not to know that the impression of a woman may be more valuable than the conclusion of an analytical reasoner. »

Oui, oui vous avez bien lu ! Cela m’a aussi coupé la chique. Qu’on vienne encore me dire que Holmes est misogyne. Rien pour cela, cette nouvelle mérite d’être lue, et si elle n’est pas la meilleure enquête de notre détecte, elle est du moins surprenante, amusante et légère.

Pour en savoir plus ou avoir un autre regard, je vous recommande les chroniques de mon petit Cercle Holmésien : Light and Smell et Satorukudo.

(*) Shag : tabac très fort

Et à l’écran, ça donne quoi ?

A ma connaissance la nouvelle n’a été adaptée qu’une fois complètement en 1986, dans la série Le Retour de Sherlock Holmes, qui fait elle-même partie d’un ensemble de quatre séries et deux téléfilms produits pour la télévision britannique de 1984 à 1994, avec dans les rôles titres l’iconique Jeremy Brett et David Burke.

La série Sherlock de 2009, produite par BBC, reprend pour sa part toute l’introduction de la nouvelle, à savoir la petite aventure de Watson, dans l’introduction de l’épisode 3 His Last Vow, de la saison 3, de façon modernisée. Isa Withney devient Isaac et n’est plus un mari mais un fils. Toujours drogué, c’est dans un squatt où il se cache pour consommer que John va le chercher et retrouve au passage Sherlock, en mission. Un peu plus virulent que son homologue littéraire, John le conduit fissa au Bartholomew’s Hospital pour faire un test d’urine. Et c’est là que les intrigues divergent.

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6 commentaires Laisser un commentaire

  1. J’ai adore le « Watson énergique et badass » de cette nouvelle 🙂
    C’est amusant, car j’avoue que la phrase que tu cites m’avait plutôt agacée y trouvant un beau stéréotype de l’intuition féminine… Mais je comprends que l’on puisse l’interpréter autrement 🙂

    Aimé par 2 personnes

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