Pride & Prejudice de Jane Austen

Résumé.

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Barnes &Noble

Editions Barnes and Noble. Prix : 15€

Parution originale : 1813

Parution : 2015

« It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife. »

Plus qu’une simple sentence, un précepte de vie pour Mrs Bennet qui s’efforce de l’inculquer à ces cinq filles aux caractères très différents. Maintenant que celles-ci sont en âge d’entrer dans le monde, elle n’a de cesse que de les voir mariées et bien établies. Une volonté dont ses filles font les frais bon gré, mal gré, au fil des bals, réunions et autres mondanités. D’autant plus que vient de s’installer dans leur voisinage, un agréable jeune homme fortuné du nom de Bingley, accompagné de ses soeurs et de son ami Darcy.

Si Jane, l’aînée des demoiselles Bennet, et Bingley semblent s’accorder au premier regard, Elisabeth, la seconde, nourrit une farouche aversion pour son ami Darcy, qu’elle juge fier, froid, désagréable et hautain. Entre eux s’établit une adversité teintée de respect que le tour inattendu des événements va malmener.

Mon avis.

Préambule

Il n’est jamais aisé de s’attaquer à un tel classique de la littérature. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un auteur que vous révérez. Cependant, quand ma comparse de Sorbet-Kiwi a manifesté l’envie de se lancer dans Jane Austen, je n’ai pu résister à l’envie de convertir une janéiste de plus en l’accompagnant dans sa démarche. Sans compter que c’était pour moi l’occasion idéal de relire l’un de mes ouvrages favoris mais en version originale cette fois, étrennant ainsi ma somptueuse édition Barne&Noble. L’occasion fît donc le larron. Merci à elle donc, de m’embarquée dans cette aventure.

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La chronique

Pride&Prejudice est sans conteste à mon goût l’un des ouvrages qui illustre le mieux le génie de Jane Austen. Sous des dehors légers, elle esquisse avec ironie et une grande finesse d’esprit un portrait de la bonne société de son temps, tout à la fois drôle et féroce. Derrière des personnages d’une grande richesse et souvent attachants, on perçoit le regard aiguisé mais malicieux que l’auteur pose sur les conventions, les usages, les mœurs du monde dans lequel elle a évolué.

Ses personnages féminins sont souvent le reflet d’une certaine analyse critique quant à la place et au destin des femmes à cette époque. En la matière Pride&Prejudice n’échappe pas à la règle. Avec ses pauvres nerfs et son obsession matrimoniale, Mrs Bennet nous amuse, sans nul doute, mais dépeint une difficile réalité : sans héritier masculin et avec des ressources limitées à partager en cinq, à la mort de leur père ses filles se retrouveront privées du domaine de Longbourn, au profit du descendant mâle le plus proche, et de fait dans une difficile situation si elles ne sont pas mariées. Mrs Bennet a certes un entendement limité mais sa marotte découle d’un certain bon sens, au même titre que la singulière décision de leur amie Charlotte Lucas de se résoudre à un mariage ennuyeux et sans amour pour s’assurer une sécurité matérielle.

Les personnages masculins ne sont d’ailleurs pas en reste pour souligner l’aspect odieux de cet état de fait. L’un des prétendants éconduits d’Elisabeth ne manque pas de lui faire remarquer sans ambage, face à son refus poli, qu’elle a peu de chance d’avoir d’autre proposition, en raison de sa maigre dot. Le parcours des soeurs Bennet donne clairement à voir que le destin d’une femme dans cette tranche de la société n’est alors lié qu’à son avenir matrimonial et à ce qu’elle représente financièrement. Une réalité qui n’est au final l’autre versant de la phrase d’introduction, quant au désir de mariage d’un homme fortuné.

La fortune. L’argent. Voilà bien l’autre thème au centre de notre intrigue, directement lié à celui du mariage et des femmes. Bien qu’issus du même monde, il y a une différence de classe notable entre nos protagonistes principaux, les Bingley, les Darcy et les Bennet. Les premiers sont issus d’une certaine aristocratie, avec un long héritage familial et d’important revenus, tandis les derniers font partie d’une petite noblesse, avec un revenu suffisant pour entretenir un domaine, mais modeste.

C’est ce qui va, en premier, lieu va indirectement nourrir la discorde entre Elisabeth et Darcy. Darcy nourrit un certain orgueil qui le pousse à rejeter son inclinaison envers Elisabeth qu’il perçoit comme une mésalliance. Il est fier de sa classe, de l’histoire familiale, des valeurs et de l’éducation qu’elle porte. C’est une chose dont il ne fait pas mystère et sa définition d’une femme accomplie est le reflet de sa vision des choses et de son exigeante intellectuelle et morale quant à son entourage. Son attitude hautaine et froide de prime abord va nourrir les préjugés dElisabeth et on ne peut pas dire que la suite des événements lui donne complètement tord. Cependant, sa promptitude à juger la mettra elle-aussi en défaut et s’il est une chose que l’on peut porter au crédit des deux personnages c’est leur capacité à apprendre et à évoluer.

A première vue, pour qui ne connaît pas Jane Austen, tout cela peut paraître bien austère, vieillot et rédhibitoire comme lecture. C’est pourtant là qu’elle fait preuve d’un incroyable talent. A l’instar d’un Beaumarchais, elle fait preuve d’une grande subtilité et d’un humour pince-sans-rire sans faille pour mettre en scène cette satire sociale, sans jamais tomber dans la caricature outrancière, tout en donnant un attachement sincère pour ses personnages. Son ton incisif, enlevé et piquant insuffle une dynamique et un charme au roman que les siècles n’ont pas su effacer. Tout cela rendant l’oeuvre fraîche et incroyablement divertissante.

Si d’excellentes traductions sont disponibles, le texte original nous ramène au plus près de l’esprit malicieux et de l’intelligence exquise de son auteur. Quelques termes d’anglais peu ou plus usités demanderont une recherche, mais au bout de quelques pages, on s’est glissé avec délectation et aisance dans l’intrigue, se régalant sans attendre du tandem insolite que constitue Mr & Mrs Bennet.

Pride & Prejudice est l’un des romans les plus connus et, à mon goût, les plus achevés de Jane Austen, alors que paradoxalement il fût décrié par Charlotte Brontë ou Mark Twain (sic !). Il faudra attendre le XXème siècle pour que le génie de Jane Austen ne soit complètement reconnu et salué par ses pairs (Virginia Woolf, Henry James ou Rudyard Kipling ).

Ce qui démontre véritablement la qualité du roman comme l’auteur est sa capacité, devrais-je dire sa facilité, à être adapté à l’écran. Pride&Prejudice est l’un des romans les plus adaptés à l’écran de Jane Austen, et pour cause ! Il y a une forme de modernité chez Jane Austen dans sa satire sociale, une énergie dans ses personnages solidement campés, un je-ne-sais-qui qui séduit et qui se laisse porter presque tout seul.

De la pétulante Bridget Jones aux fine eyes de Jennifer Ehle, en passant par une possible attaque de zombies, qu’on le sache ou non, on a tous chez nous quelque chose de Jane Austen, et ce n’est pas notre Darcy international, Colin Firth qui me contredira.

En parlant d’adaptations…

Comme je le soulignais ci-dessus Pride&Prejudice a été adapté de nombreuses fois, avec plus ou moins de fidélité.

Pour ma part, je ne saurais que trop vous recommander l’adaptation très connue en mini-série de la BBC de 1995 avec Jennifer Ehle et Colin Firth (cf article Pride&Prejudice : 20 ans de Darcy) pour sa grande fidélité à l’oeuvre originale et à l’époque, tant sur les dialogues, l’action, les décors ou les costumes. Par ailleurs, outre ses deux acteurs principaux exceptionnels, la mini-série est portée par un casting absolument merveilleux et parfait dans son ensemble.

Permettez-moi de m’attarder ici une seconde sur Mr Bennet qui était incarné avec brio par le regretté Benjamin Whitrow que nous avons hélas perdu au mois de septembre. C’est sa voix et ses intonations qui résonnent dans mon oreille à chaque relecture de l’oeuvre.

Whitrow as Mr Bennet with his family in Pride and Prejudice
source

Je n’ai rien de particulier contre l’adaptation en film de 2005 avec Keira Knightley, Judi Dench et Rosamund Pike. Cependant Keira y incarne une Elisabeth beaucoup fougueuse et passionnée, interprétation qui aurait mieux convenu à Marianne Dashwood, autre héroïne austinienne. Sans compter que nul Darcy n’arrive à la cheville de celui incarné par Colin Firth. En revanche, mention spéciale pour Rosamund Pike dont la Jane m’a plus séduite que dans la série.

Enfin je vous encourage également à aller visionner la série web The Lizzie’s Bennet Diaries, version moderne, fidèle et intelligente de l’oeuvre qui démontre avec brio mon propos sur la modernité de l’oeuvre Jane Austen et sa capacité à être adaptée.

Pour terminer cette chronique, je vous renvoie ci-dessous vers mon analyse précédente de l’oeuvre, faite à partir de ma lecture de la version française. Je vous y parle un peu plus de la genèse de l’oeuvre et de la biographie de Jane Austen. Vous l’aurez compris : il y a tant à dire de Jane Austen !

Orgueil et préjugés

12 commentaires

  1. En tant que récente convertit à Jane Austen, je ne peux qu’approuver tout ce que tu as dit. J’avais beaucoup de préjugés avant de me lancer dans cette lecture (m’attendais à une romance poussiéreuse et guimauve) et j’ai été merveilleusement surprise par ce livre. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi bien ni aussi actuel !
    Tu m’a fais découvrir : The Lizzie’s Bennet Diaries. ça a l’air franchement génial. Je vais y jeter un coup d’œil tout de suite. Merci !
    PS: ton édition est sublime !

    Aimé par 1 personne

  2. Oh je suis tellement d’accord avec tout ce que tu dis, tu as su mettre les mots sur tout ce que je ressentais ! ❤ Mille merci à toi de m'avoir poussé à lire ce très chouette roman, et comme tu le sais j'ai commencé la série que je compte terminer cette semaine ! Je pense regarder les deux autres adaptations dont tu parles, histoire de me faire un avis large et peut-être que cela me permettra de voir encore plein d'autres choses que je n'ai pas vu lors de la lecture. Je suis certaine qu'à la centième re-lecture du roman on découvre encore des petits détails qui font sourires ^^

    Aimé par 1 personne

    1. Mon grand plaisir est d’avoir pu partager le plaisir de ce livre une fois de plus en le faisant découvrir. C’est un petit cadeau et une hommage à cette femme de lettres qui maria ses héroïnes mais resta célibataire. Je me demande quel portrait elle aurait tiré de notre société actuelle… Profite des adaptations et j’attends ton verdict. Et n’hésite pas non plus à te faire plaisir avec la web série dont j’ai mis le lien. Elle est excellente et encore plus savoureuse quand on connaît le classique.

      Aimé par 1 personne

      1. Je serais curieuse de savoir aussi ce qu’elle penserait de notre époque ! J’ai hâte de découvrir les adaptations en tous cas, je vais regarder tout ça et je te dirai 😁 il va falloir me supporter encore un petit peu 😉😘

        Aimé par 1 personne

  3. C’est vrai que lire Austen en.anglais c’est.autrement succulent.
    En parlant des soeurs Brontë, justement, là aussi, la lecture en VO est conseillée. J’ai redécouvert Wuthering Weights

    Même si Austen et Brontë, c’est l’illustration parfaite de: sense (Austen) & sensibility….

    J'aime

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