Ce soir on regardera les étoiles

Résumé.

Editions Le Cercle Belfond. Parution : 01/02/2018 Prix : 21€ (broché)

Kaboul en Afghanistan, 1997. Le petit Alì ne retrouve pas sa maison. Ni ses parents. Un missile vient d’anéantir son existence et celle de son frère Mohammed. Deux garçons de huit et même pas dix-huit ans livrés à eux-mêmes dans un pays ravagé par la guerre. Pour survivre, il leur faut partir. Partir loin à la recherche d’un avenir meilleur. Un périple à haut risque qui les mènera, clandestins ballottés, refoulés, de l’Afghanistan à la Grèce, en passant par l’Iran, le Pakistan et la Turquie. Jusqu’à l’Italie où seul Alì trouvera une existence meilleure.

Au hasard des routes et des tentatives, la vie aura séparé les deux frères, mais pas brisé les espoirs. Deux existences fragiles prises dans le tourbillon d’un monde devenu fou.

Mon avis.

Dans ce roman autobiographique, Alì Ehsani déroule, avec l’aide de Francesco Casolo, le fil des souvenirs de cette enfance bouleversée, confisquée, déchirée. Pour mesurer l’aune du chemin parcouru, le regard de l’adulte qui a retrouvé une vie et une identité en Italie, croise celui de l’enfant. Et c’est le contraste de l’innocence lucide de ce regard enfantin avec la situation  qui nous en fait ressentir toute la violence et la dureté. D’un enfant pauvre mais choyé, il passe à cette existence invisible et misérable d’indésirable, où il faut se cacher sans cesse, se faire oublier pour traverser une frontière, trouver un peu de répit.
Car, un migrant, personne n’en veut ou pas grand monde. Sauf les passeurs qu’il faut payer sans cesse, alors qu’il n’a rien ou si peu. Alors un enfant migrant, seul, sans papiers. Qu’est-ce-que c’est, sinon une quantité négligeable ? Un embarras dont aucun pays ne veut se charger.

Avec une simplicité et une douceur bouleversante, Alì Ehsani nous conte cette existence de migrant. Cette existence de ceux qu’on ne veut pas voir. Les marches épuisantes, le racket, les coups, la faim, ces traversées de frontières à tout prix qui se soldent parfois par l’échec, parfois par la mort et quelquefois par l’espoir…

Il ne cherche pas à émouvoir Alì Ehsani. Ni à tirer des larmes aux veillées des chaumières. Il raconte. Avec des mots simples et des images fortes. Il fait revivre ce petit garçon perdu qui a désespérément besoin de quelqu’un pour prendre soin de lui.

Et il raconte… La douleur, la honte, le chagrin, le doute mais aussi les mains tendues, la solidarité, le partage de ceux qui n’ont rien et surtout  l’espoir. L’espoir qui les fait vivre, les fait avancer toujours plus loin, à la recherche d’une vie meilleure. L’espoir de changer son destin. Qui resterait quinze heures sans bouger, sans uriner, sans boire, sans manger, accroché au moteur d’un camion, s’il n’était pas porté par un espoir fou ? Comment tient-on le coup à douze ans ?

Et puis il y a Mohammed, dont on ne peut qu’admirer, à travers les yeux de son petit frère, la force et la détermination avec laquelle il prend les choses en main. Ce frère aîné, même pas encore un homme, qui sait avoir du courage pour deux, dire que tout va bien, même en enfer. Même absent, Alì lui parle, il fait sien son courage pour aller jusqu’au bout.

Ce qui donne toute sa puissance à cette histoire c’est qu’en dépit de son caractère biographique, il n’y a aucune rancœur, aucun ressentiment, aucun atermoiement ni auto-apitoiement. Des déceptions juste parfois, des mirages, de l’injustice aussi. Cependant, Alì Ehsani se contente de nous offrir ce morceau bouleversant de sa vie, nous laissant seuls juges du bon et du mauvais.

En refermant son livre, si difficile qu’ait été cette lecture, je l’ai vue comme un cadeau. Car l’auteur se met à nu et réveille les douleurs anciennes pour nous permettre d’avoir un regard différent de celui de notre réalité d’occidentaux européens sur les migrants. Une façon d’explorer l’autre côté de la médaille pour fissurer les préjugés.

Je n’ai pas pu lâcher son récit, de la première à la dernière page. Je m’y suis accrochée, comme Alì avait pu s’accrocher à son bidon d’essence, en mer, sans savoir nager. Comme lui comme pour moi, il était impossible d’arrêter le voyage. Nous avons cheminé ensemble en une après-midi. Jusqu’à ce qu’enfin, nous allions regarder les étoiles.

Un roman lumineux et fort qui vous mettra le coeur sens dessus dessous mais à découvrir absolument !

img_20180217_155823_0383262623887138017802.jpg

 

A lire

juneandcie View All →

“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

4 commentaires Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :