La polémique du faux lecteur.

 

Le p’tit Pop-Corn pousse un coup de gueule (avec raison) et soulève ici un houleux et large débat, auquel je me permets d’apporter ma pierre, avant de vous laisser lire son article dont vous trouverez le fin en fin de ce (long) aparté.

Non il n’y a pas de faux lecteurs. Il y en a de différents types, comme il y a différents genres de lectures. Il y a des lecteurs avertis, des lecteurs débutants, des lecteurs éclectiques et des lecteurs spécialistes qui s’attachent à un genre. Il y a les lecteurs dilettantes et les lecteurs compulsifs. Les amoureux des classiques et les accros du roman de gare. Il y a ceux qui lustrent leur belles Editions et ceux qui cornent les pages. Ceux qui relisent et ceux qui ne le font jamais. Ceux qui aiment le numérique, l’audio et ceux qui ne jurent que par le papier. Et il y en a même qui sont tout ça à la fois.
Mais au final on s’en fiche. Car celui qui lit, quoi qu’il lise, est un lecteur. Et il n’est pas dit que celui qui lit Guillaume Musso n’est pas capable d’apprécier Apollinaire, Flaubert, Tolstoï ou Hugo.

On reproche aux blogs de véhiculer une littérature facile, de piètre qualité ? La belle affaire ! Je crois qu’au contraire les blogs rendent la littérature accessible, donnant accès à une diversité infinie de livres, ouvrant le champ des possibles. Donnant l’envie de lire à ceux qui y étaient parfois réfractaires.
Démystifiant les livres, ils les font plus proches, moins impressionnants, les rendent moins rédhibitoires. D’un coup, on passe du « Ce n’est pas pour moi. Je ne pourrais jamais lire ça. » à  » Peut être que… »
Je connais des gens qui lisaient peu ou pas, qui viennent aujourd’hui me demander conseil grâce au blog. Qui évoluent en tant que lecteurs, juste parce qu’ils élargissent leurs horizons. Et s’ils me font confiance, c’est parce que je n’ai pas jugé leurs lectures. Je n’ai pas regardé leur exemplaires de Musso ou Lévy en disant « Oh la la tu lis ça ! C’est mal ! Tu me copieras 100 vers de Rimbaud. » Mais plutôt « Si tu aimes ce genre d’histoire, alors j’ai quelque chose qui devrait te plaire. »

Bien sûr que le goût de la lecture, ça s’éduque. Comme le palais pour le vin. D’un livre à l’autre, à force de lire on se surprend à aimer des choses différentes. Mais avant tout, pour ça, il faut lire. Et si tu lis, tu es un lecteur. Ni plus. Ni moins. Ni bon. Ni mauvais. Juste un lecteur.

 

« On ne force pas une curiosité, on l’éveille »

Daniel Pennac

 

Tous les livres ne sont pas excellents, certes. Il y en a des bons, des moins bons, des excellents, des passables, des exécrables, des sympathiques et chacun est juge selon ses goûts. Mais même le livre qui ne séduit pas l’élite intellectuelle trouve son lecteur. Même le livre que je vais détester, trouve son lecteur. Et il existe pour cette raison.
Oui on se dit que parfois on cherche encore le message de certains (très bien vu mon Pop Corn ton exemple)… Mais j’aimerais savoir quels livres lisent réellement ces journalistes qui jugent. C’est très beau de citer le beau titre qui décore la table basse du salon pour épater la galerie. Encore faut-il qu’il ait été ouvert. Et j’en connais des gens qui ont le dernier Goncourt pour décorer le salon et animer les débats à l’apéritif, mais n’ont lu que la chronique de Télérama. Après tout, on nous accuse bien gratuitement de prendre en photo des livres sans les lire, on peut retourner le compliment.
La dernière fois que ces juges de la lecture ont pris plaisir à lire un livre. Qu’ils se sont laissés surprendre par un livre, qu’il les a fait rêver, rire, les a bouleversé, c’était lequel ? C’était quand ?

On a tous nos « bonnes » et nos « mauvaises » lectures. Nos belles inspirations et nos péchés mignons. Ce livre magistral qui nous a fichu une claque et ce petit roman cocooning qui n’est pas parfait mais qu’on aime bien. Mais nous restons des lecteurs. Sans distinction. Pour aimer la lecture, pour aimer les livres, il faut déjà en ouvrir un… N’importe lequel. Et celui ci nous mènera au suivant.

Peut être serait-il de rappeler à ceux qui jugent les droits imprescriptibles du lecteur défini par Daniel Pennac et l’immense liberté qui préside à la lecture.

 

« 5 : Le droit de lire n’importe quoi. »

 

S’il différencie dans ce droit les bons et les mauvais romans, fustigeant la production industrielle de livres et privilégiant la création, ce dont chacun sera seul juge, Pennac donne ici une liberté fondamentale au lecteur : celle de lire tout ce qu’il veut. Sans ce que cela ne fasse de lui, un mauvais lecteur.

Déculpabilisons le plaisir de lire ce qui nous plaît. Car, le plaisir c’est l’essence de la lecture. A trop prôner une lecture élitiste, on risque d’éloigner définitivement tout ceux qui se sont sentis exclus du monde des livres pendant leur scolarité, à cause de lectures classiques imposées. Alors que celui qui ouvre un roman « populaire » devient lecteur. Il ouvre une porte qui le conduira vers d’autres lectures

Quand à ceux qui s’affligent de la perte de qualité littéraire, d’une certaine uniformisation des publications, je leur dirais qu’ils ont raison. Mais ainsi que le disait Lilylit en commentaire :

 

« Il aurait mieux valu faire un article sur la production littéraire et les choix éditoriaux que fustiger les lecteurs, qui eux ont bien le droit de lire ce que bon leur semble »

 

Le livre est un produit et représente un marché régi par des notions de rentabilité, d’offre et de demande. Si certaines maisons, souvent petites, font le choix de la qualité ou de l’originalité, d’autres, hélas plus importantes, font souvent (pas tout le temps) celui de la rentabilité.
Laissez-moi à présent vous conter une anecdote : occasionnellement, par simplicité, nous concédons un McDo au Minion. Ce qui l’enchante. Il trouve cela bon. Hélas, me direz-vous. Pourtant le jour où il goûta à son premier restaurant gastronomique, il fut subjugué. Littéralement. Il en rêve encore. Et le McDo perdit de son charme. Comme quoi il est possible d’apprécier l’un et l’autre. Mais nous ne l’aurions jamais emmené au restaurant gastronomique, le McDo serait resté une référence.
La même règle s’applique aux livres et l’on pourrait réécrire cette anecdote avec. Si l’on ne vous propose pas une offre diversifiée, si le restaurant gastronomique vous reste inaccessible en somme, difficile de voir que quelque chose d’autre existe et d’y prendre goût. Dans un monde idéal, ce serait la diversité qui présiderait au monde du livre, et non la rentabilité.

Quant à prendre des photos de ses livres pour Instagram, si est un péché prescrit par le Haut Comité Intellectuel des Lecteurs, alors j’irais brûler dans les Cercles de l’Enfer avec ma bibliothèque. Avec pour satisfaction le fait que chacune de ces photos ait pu offrir des lecteurs à un livre que j’ai aimé.

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

18 commentaires Laisser un commentaire

  1. Déjà, premier Point : Je te surkiff parce que tu compares la littérature au vin. C’est la vie. (Non, je ne suis toujours pas alcoolique ^^ Enfin, je crois pas !). Franchement, ce débat s’apparente à celui de la Pizza hawaienne, ni plus ni moins. Et alors s’il y a des gens qui aiment en manger ? J’adore, c’est pas pour autant que je vais pas m’enfiler une reine ou une paysanne de temps en temps, merde. (Ok, ma comparaison est bien moins élégante que la tienne, mais ils ont quand même voulu interdire l’Hawaienne par une loi. Discrimination !). Qu’on laisse les auteur.e.s. écrirent et les lecteurs.rices lirent. Basta. Merci pour vos Coups de gueules les filles. ❤

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  2. Un de mes derniers grands bonheurs ?
    Il y a peu, j’ai posté sur ma page fb un vieux coup de cœur livresque. Une copine qui habite mon village a eu envie de le lire. Je lui ai prêté. Elle l’a dévoré. Quand elle me l’a rendu, elle m’a dit: tu sais Isa, c’est seulement le deuxième livre que je termine.
    Ça m’a rendu super heureuse, parce que je doute tellement de la portée de mes chroniques, qu’au moins, ce jour-là, j’ai su que j’avais réussi à transmettre mon ressenti pour ce roman, et que ma copine était elle aussi heureuse! Du coup, elle m’ a demandé d’autres romans :))

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    • Ben voilà ! Tu illustres totalement ce que je dis. C’est merveilleux. De livres en livres, elle va s’enrichir et oser d’autres lectures. Ça c’est chouette, ça c’est bien. Si on lui avait dit c’est mal, faut commencer par des classiques, elle aurait sans doute fait marche arrière. Mais voilà ton blog était là et elle s’est dit  » allons-y ». Et ça fait d’elle une lectrice. C’est beau boudiou !

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  3. Je suis bien d’accord avec tout ce que tu dis. J’ai longtemps eu honte de dire que mes romans préférés étaient ceux de SFFF, je me forçais même à acheter des livres qui m’attiraient pas trop, histoire de pouvoir citer des romans en dehors de ce genre. Et en prépa littéraire, il m’était inimaginable de citer un seul livre de SFFF devant ma prof de litté ou certains de mes camarades. Avec du recule je me dis qu’ils ne m’auraient pas immédiatement catégorisée comme « mauvaise lectrice », mais je n’étais pas assez sereine pour affirmer mes goûts.
    Ta comparaison avec le vin est finalement très bonne et peut être filée : on peut adorer les grands crus, mais parfois on passe une excellente soirée avec les copains et un pinard pas fameux. Finalement on retient pas la qualité du vin de la soirée mais la sensation de joie qu’il nous a aidé à atteindre pendant la fête.
    Chouette article 😉

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  4. Je ne suis pas du tout au courant de cette « polémique » si je peux appeler ça comme cela, toutefois j’approuve ce qu’il est dit dans cet article. Chacun est lecteur à sa façon et chacun apprécie un livre différemment, nous avons tous nos propres sensibilités que ce soit sur un style de plume, un genre d’ouvrage particulier, un certain schéma d’histoire, ect. 🙂

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  5. J’ai laissé un commentaire ici, mais je ne le vois pas apparaitre, je recommence donc. 🙂 Je ne suis pas du tout au courant de cette « polémique », si je peux appeler cela comme ça. Toutefois, je ne peux qu’être d’accord avec ce qui est dit dans cet article. Chaque lecteur l’est à sa façon, nous avons tous nos sensibilités, que ce soit sur un style de plume, un genre de récit en particulier ou autres, les raisons d’aimer un livre (ou non justement) sont extrêmement nombreuses, c’est ca la magie du partage de la lecture. 🙂

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