Fausse couche : mode d’emploi

C’est probablement la première et la dernière fois que je vous ferais un article aussi hors sujet et personnel sur ce blog. Pour tout vous dire, j’ai longuement hésité à l’écrire, mais c’est le partage d’un article de Marie-Claire (comme quoi tout arrive) sur Facebook qui m’a convaincue d’apporter ma pierre à l’édifice.
A l’époque de #metoo et de la dénonciation des violences gynécologiques, il est temps de libérer la parole sur ce sujet qui touche aussi au corps féminin

⇒ Lire l’article : Fausse couche : histoire (et conséquences)

Fausse couche : parlons-en.

La fausse couche est un phénomène naturel qui consiste en l’expulsion par l’organisme d’un embryon souvent non-viable (anomalie cellulaire) ou d’un foetus hélas décédé in-utéro. Voilà pour la partie médico-légale. On différencie fausse couche précoce (avant 14 d’aménorrhée *) et fausse couche tardive (entre 14 et 24 semaines d’aménorrhée). Au delà, le foetus est considéré comme viable, donc comme une personne. Ce qui change tout au regard de la loi, des médecins et des procédures médicales.

Pour ce qui concerne les fausses couches tardives et au-delà, elles sont relativement bien prises en charge et considérées sérieusement par le corps médical. Ce qui n’empêche pas les ratés.

Pour la fausse couche précoce en revanche, c’est une autre histoire. En raison de sa fréquence durant le premier trimestre de grossesse et de l’absence d’explications, elle est banalisée au point de vous laisser vous débrouiller tout seule, comme cette jeune femme de Besançon dont le cas fut médiatisé récemment.  De fait, elle touche 10 à 20% des grossesses et le corps médical ne sachant ni l’expliquer, ni l’empêcher, on la considère comme une banale fatalité. Eh oui la fausse couche précoce n’est pas raisonnée, dans le sens où on connaît pas exactement ses causes. Les médecins ont des hypothèses, certes, mais ainsi que le disait mon gynécologue avec sagesse : Si on savait ce qui est la cause, on aurait trouvé comment l’éviter. On s’en remet donc à la sagesse de Dame Nature, considérant qu’elle fait bien les choses et que si elle décide de retirer le bouchon de la baignoire c’est qu’il y a une raison.

Certes… Mais le problème vient du fait que cela tourne à l’indifférence médicale et à la commune banalisation. Nourri au fait scientifique, les médecins comme votre entourage tâcheront de vous rassurer avec des phrases du type :

  • La Nature est bien faite, c’est que ce n’était viable.
  • Cela arrive fréquemment (insérer ici statistique rassurante).
  • Ce sera pour la prochaine fois.
  • Ce n’était pas vraiment un bébé encore. 

Une volonté maladroite de déculpabiliser et de dédramatiser qui finit par faire pire que mieux. Soyons clairs, déculpabiliser c’est bien. C’est important. Essentiel même. Rappeler que l’on n’est pas seule dans cette situation et que cela ne veut pas dire qu’on est coupable ou qu’il y a quelque chose qui cloche chez vous, c’est primordial.

Mais cela finit par sonner comme une injonction au silence. Si c’est fréquent, si ce n’est pas grave, pourquoi en parler ? Pourquoi être triste ?

Dans l’article de Marie-Claire, était citée l’analyse suivante de Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste, auteure du livre Le berceau vide :

« Il est important d’instaurer rapidement un dialogue plutôt que de vouloir tenter de rassurer à tout prix, ou, a contrario, de banaliser le sujet jusqu’à en faire un non événement »

Il semble qu’elle pose là quelque chose de capital qui résonnera, je pense chez toutes les femmes ayant eu cette douloureuse expérience.

Instaurer le dialogue : ne pas en faire un non-événement

Plus une fausse couche précoce arrive vers la fin du premier trimestre, plus vous risquez de la traîner longtemps, si je puis le dire ainsi. Par exemple, pour une fausse couche précoce qui se produit au cours du troisième mois (plus souvent qualifiée de grossesse arrêtée), vous aurez le bonheur d’avoir droit au retour de couches 30 à 40 jours après. Comme pour un vrai accouchement. De fait, difficile d’oublier, de passer à autre chose. D’une certaine façon, vous allez vivre avec au moins pendant un mois.

Après une fausse couche, vous vous retrouvez les nichons en moins, les kilos en plus et parfois un petit bidou… vide. Et selon qui vous êtes, votre expérience, vos espoirs, tout ce que vous aviez pu mettre dans cette grossesse, vous allez réagir de façon différente. Mais l’important reste, sans dramatiser, de ne pas nier ce qui s’est produit. Ne pas en faire un non-événement.

Déculpabiliser c’est le réflexe des médecins comme de votre entourage. Déculpabiliser c’est la base. Mais ouvrir le dialogue c’est primordial. Ouvrir le dialogue pour dire à celle qui vit cette situation : Même si c’est fréquent, même si ça arrive, tu as le droit d’être triste. Tu as le droit d’être en colère. D’être traumatisée. D’avoir besoin d’en parler. D’être fatiguée, déprimée, de ne plus avoir envie… Que cela soit de la part du médecin ou de l’entourage. Etre prise en compte. Ne pas se sentir coupable de ressentir ce que l’on ressent.

On essaie souvent de rassurer maladroitement parce-que voilà, comme ça ne s’explique pas, qu’il n’y a pas de raisons, c’est dur de savoir quoi dire. Mais au final, ce sont les phrases les plus simples qui font le plus de bien : demander comment ça va aujourd’hui. Partager si on est passée par là et qu’on en a le courage. Dire que l’on comprend. Ce « Je comprends.  » c’est la phrase la plus puissante du monde à ce moment-là.

Alors voilà comme dirait Baptiste Beaulieu, si je peux ajouter ma pierre à l’édifice, apporter mon témoignage, c’est que je suis passée par là. J’ai eu droit à la fameuse échographie des trois mois avec le long silence et : Je suis désolée, madame, il n’y a pas de rythme cardiaque. Il était désolé, j’en aurais pleuré. J’en ai connu des moins diplomates (petit bonjour à l’interne lors de ma première fausse couche).

J’ai eu de la chance dans mon malheur. Je ne vais pas vous dire que cela s’est bien passé. J’ai un grand sens de l’humour mais tout de même, une fausse couche qui se passe bien… Mais j’ai eu de la chance. On ne m’a pas renvoyée chez moi pour attendre dix jours, voir si ça s’évacue. On ne m’a pas laissée seule comme cette jeune femme de Besançon et tant d’autres. Mon gynécologue a choisi directement l’intervention. Dans mon intérêt. Pour limiter les risques de complication. Pour me permettre de reprendre une vie normale rapidement. Il a pris les choses en main  pour que cela se fasse rapidement. Il ne m’a pas laissé tomber. Je l’en remercie sincèrement. Une équipe médicale extraordinairement bienveillante et à l’écoute m’a encadrée ce jour-là.

Je veux remercier la sage-femme qui est venue me tenir la main et me poser les anti-douleurs car avec le stress, ça a commencé à se déclencher à mon admission.

Je veux remercier l’infirmière qui m’a prise en charge à mon arrivée et m’a aidée à me changer de son empathie et sa réactivité.

Je veux remercier les brancardiers, anesthésistes, personnel de réanimation qui ne m’ont pas laissée seule deux minutes et qui ont été à l’écoute de la douleur.

Si j’en parle, c’est pour dire que même ça, cela peut se passer avec bienveillance, respect et écoute. Même si c’est fréquent. Même si c’est banal d’un point de vue médical. Et que ça a énormément compté que ça se passe comme ça. Que ça devrait toujours se passer comme ça. 

Je vais aussi remercier tout ceux et celles qui m’ont soutenu, ont demandé des nouvelles (sans me donner de statistiques), ont dit discrètement qu’ils étaient là, de m’accrocher et que j’avais le droit de prendre le temps de pleurer un peu.

Si mes chiffres sont exacts, une femme sur quatre est ou sera confrontée à une fausse couche précoce. Cela représente apparemment près de  200 000 grossesses par an en France (source). Difficile sans aucun doute d’accorder du temps à chacune pour le corps médical. Mais je pose la question : combien de femmes sont restées seules avec leur souffrance, jusqu’à l’enfouir profondément parce-qu’on leur a dit que c’était fréquent ?

* aménorrhée : période sans menstruations

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“Eventually everything connects - people, ideas, objects. The quality of the connections is the key to quality per se.” Charles Eames

15 commentaires Laisser un commentaire

    • Justement cet article était aussi une façon de dire que le « ce sera pour la prochaine fois  » est maladroit. On ne sait pas toujours ce par quoi les gens sont passé ou vont passer. Mais ca tu ne le comprends que lorsque tu l’as vécu. Plein de bisous aussi

      J'aime

  1. Merci pour cet article.
    Ce n’est pas anodin, ce n’est pas rien, et c’est vrai que si les choses peuvent se passer avec un peu plus de bienveillance, et bien c’est important.
    Les gens sont parfois (souvent) maladroits, même si ce n’est pas méchant, parfois leurs questions sont tellement indiscrètes .. on ne sait pas ce que vivent les gens et quand on voit les chiffres, 1 femme sur 4 comme tu le soulignes, c’est énorme. Enfin !
    Plein de gros bisous ❤

    Aimé par 1 personne

  2. Je n’envisage pas encore d’avoir un enfant, mais je trouve ton article très bien écrit et nécessaire. Un pb médical fréquent n’en reste pas moins douloureux et marquant pour celui qu’il le vit, et encore plus lorsqu’on parle d’un enfant et que les parents se sont projetés dans leur vie future.

    Aimé par 1 personne

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