Victoria : monarchie, romance et déconfiture

Résumé

Editions Milady. Parution : octobre 2017 Prix : 18.20€
Alors qu’elle vient d’avoir dix-huit ans, Alexandrina Victoria est sacrée reine de Grande-Bretagne et d’Irlande. Dès lors, la jeune souveraine surprend tout le monde : elle abandonne son prénom détesté pour adopter celui de Victoria, insiste pour avoir ses propres appartements et rencontrer ses ministres en tête à tête. L’un d’entre eux, lord Melbourne, devient très vite son secrétaire particulier. Il aurait peut-être pu devenir davantage… si tout le monde n’avait pas soutenu que la reine devait épouser son cousin, le taciturne prince Albert. Mais ce que Victoria ignore encore c’est qu’en amour comme en politique, il ne faut pas se fier aux apparences.

Mon avis : Victoria, monarchie, romance et déconfiture

Toute histoire d’amour a, hélas, ses déconvenues. Il arrive donc qu’on suive passionnément un auteur, dévorant avec délice chacune de ses oeuvres, jusqu’au jour où c’est le drame. On tombe sur hic. La baleine sous le gravillon. L’anguille sous la roche. Le cheveu sur la soupe. La couille dans le potage. Bref, l’intrus qui vous donne un sentiment de trahison et vous fait arborer peu ou prou l’expression ci-dessous.

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Initiée par Mimine aux oeuvres de Daisy Goodwin, je vivais donc une histoire paisible et heureuse avec son style, me délectant de la façon dont elle utilisait personnages et contexte et savait faire voler les remarques acerbes et les faux compliments avec une élégance rare.

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Enfin ça, c’était avant le drame…

Du point de vue contexte historique, je n’ai rien à reprocher à Victoria. Daisy Goodwin maîtrise son sujet sur le bout des doigts comme à son habitude et s’en sert habilement tant du point de vue chronologie que codes sociaux et moeurs.
En revanche, je n’ai pas retrouvé ce piquant, cette verve qui faisait mon bonheur et je me suis retrouvée enferrée dans une lecture dont la guimauve me collait aux pieds.
Entendons-nous bien, la romance a toujours été présente, au centre des romans de Daisy Goodwin. Seulement elle savait user de ses personnages avec ce quelque chose de pétillant, une forme d’ironie douce-amère qui donnait un mélange entre Downton Abbey et Jane Austen, qui donnait la part belle aux sentiments sans tomber dans la mièvrerie.

Mais avec Victoria, on y plonge carrément. Attention morceau choisi.

« Elle sentait encore la laine râpeuse du manteau de lord M contre sa joue. Ce contact, même accidentel et fugace, l’avait émue d’une façon qu’elle ne parvenait pas à s’expliquer« 

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Avant que l’on ne m’accuse d’avoir un bloc de glace à la place du coeur, je tiens à préciser que Love Actually est l’un de mes films préférés et que j’ai versé ma larme devant Titanic… Bon plus à cause de la perte du bateau ou des 1400 âmes en train de périr de façon relativement atroce que de Jack barbotant dans l’eau froide. Mais je ne suis pas de marbre.
En revanche, je préfère la finesse piquante de Jane Austen, la subtilité de l’implicite et le mutisme de Darcy aux grands déballages de sentiments. Donc je ne vous le cache pas, ça a beau être en adéquation totale avec le grand romantisme en vogue sous le règne de Victoria *- il faut le souligner au crédit de l’auteure– je n’ai pas réussi à accrocher au moment d’extase sur un morceau de laine. Et encore moins à ce genre d’information :

« Il songea que si elle se mettait à pleurer maintenant, il ne pourrait résister à la tentation d’essuyer ses larmes par ses baisers« 

Encore une fois, Daisy Goodwin est en adéquation totale avec les moeurs et l’esprit de l’époque. Elle maîtrise son sujet et son contexte. Mais bon sang ! C’est Lord Melbourne, un homme d’une cinquantaine d’années, premier ministre de la couronne britannique. Si son ascendant sur la jeune reine Victoria fut certain, il est difficile de l’imaginer avec de telles réflexions, même si on peut laisser une part à l’imagination. Et puis essuyer des larmes avec des baisers c’est sûrement une licence poétique, mais il faudra m’expliquer le concept.

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Je ne peux nier que mon peu de goût pour le romantisme exacerbé m’a probablement fait passer à côté de cette lecture et m’incite à un jugement un peu sévère. Sans compter qu’à ma grande déception, le roman est largement occupé par cette pseudo-romance entre Lord Melbourne et Victoria (ce qui hérisse mon poil d’historienne) et se termine sur l’entrée en scène d’Albert, occultant ainsi une large partie du règne. Et peut-être le plus intéressant, car on ne voit finalement pas Victoria évoluer vraiment comme souveraine.

Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. D’autant qu’il s’avère que le roman est la base du scénario de la série éponyme, que l’auteure a écrit en parallèle. Etant donné la façon dont la série a été plébiscitée, on ne peut que penser que le matériau de départ n’était pas dépourvu de qualité.
De mon point de vue, cela n’a pas franchement arrangé les choses, car je ne peux pas souffrir Jenna Colman. Or, j’avais l’impression de la sentir se glisser entre chaque page… alors même que j’ignorais à ce stade le lien entre le roman et la série. Autant vous dire que cela m’a quelque peu crispée.

Cette lecture en séduira certainement d’autres et sans aucun doute les fans de la série seront conquis, mais pour ma part je n’y reviendrais pas. Mon avis est biaisé, mais j’en ai gardé une image désagréable de Victoria et la sensation de ne pas avoir appris plus sur cette reine.
En résumé, si vous cherchez une romance historique pour vous changer les idées, c’est le roman idéal. Si vous souhaitez vraiment en apprendre plus sur Victoria, tentez autre chose…

* Le courant romantique naît à la fin du XVIIIème en Allemagne et va se diffuser à travers l’Europe jusque dans les années 1850. En témoigne notamment, concernant l’Angleterre, le succès de l’oeuvre de Lord Byron dont la figure est évoquée dans le roman.

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