Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion : faux et usage de faux

Editions l’Archipel. Parution 14/04/22. Prix : 21€

Londres, 1905. Sherlock Holmes fête son cinquantième anniversaire en grommelant contre l’inactivité du monde criminel.
Alors que le détective commence à parler encore une fois de retraite, son frère Mycroft lui offre un bien singulier présent : une enquête des plus périlleuses mettant en danger l’équilibre mondial.

Un complot secret, de mystérieux documents, un agent secret assassiné et des thèses antisionistes, voilà de quoi attirer le plus aguerri des détectives.

Mais les documents qui ont coûté la vie d’une femme sont-ils authentiques ? Dans le cas inverse, qui aurait intérêt à une telle forgerie et dans quel but se donner tant de mal ?

Décidément, cinquante ou non, Sherlock Holmes est bien loin d’une paisible retraite et d’étranges forces sont à l’œuvre …

Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion : faux et usage de faux

Vous me connaissez, je suis une holmésienne aguerrie : canon, inédits, pastiches, BD, mangas, je dévore tout. Peu importe le pedigree et l’origine, je m’y frotte.

Aussi, après les nombreuses critiques élogieuses que j’en avais entendu, cet Holmes là m’a plongée dans un abîme de perplexité. Je n’ai d’ailleurs pas lu le best seller précédent de Nicholas Meyer en la matière La Solution à 7% et je le regrette. Cela m’aurait offert un point de comparaison intéressant.

Perplexité donc, disais je, car j’ai longtemps hésité pour trancher sur la question de savoir si ce Protocole des Sages de Sion était admirable ou juste agréable.

Tous les ingrédients d’un bon classique du canon de Doyle sont là : le récit du Dr Watson tiré de supposés carnets, la chronologie, le contexte, le ton, l’attitude de Holmes et celle de Mycroft. Les détails et les références sont, avec délice, là où les amateurs du genre les attendent.
Tout holmésien qui se respecte, appréciera le soin apporté à ce pastiche et la délicieuse mise en abîme très travaillée de l’auteur.

Dans un récit dynamique au rythme assez enlevé, après une entrée en matière de rigueur, l’action met en avant, de façon très canonique, les multiples talents de Holmes, tant dans la déduction, la dissimulation, les tours de passe-passe, le déguisement ou le baritsu. Cinquante ans peut-être mais notre détective est au meilleur de sa forme.

Mais si la manière est excellente, la matière me laissa plus dubitative. Ainsi que le dirait Holmes lui-même :

“There is nothing more deceptive than an obvious fact.” — « The Boscombe Valley Mystery » (1891)

Nicholas Meyer utilise adroitement un fait historique avéré en point de départ de son récit. Les Protocoles de Sion ont réellement existés et ils servirent de justification à Hitler lui-même.
Plagiés effectivement sur  le fameux Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly qui visait Napoléon III, ils furent forgés en 1903 par la police du Tsar, afin de justifier les pogroms en exposant un complot de domination mondiale de la part des juifs.

Cependant, ce fond historique savamment fouillé ne suffit pas à faire lever suffisamment la pâte pour étoffer une intrigue, dont on attendrait plus, tant le style aiguise nos attentes. Passé les 100 premières pages, le lecteur a déjà en main une large part des cartes résolvant l’énigme.

Certes, il est plaisant de se laisser porter et d’admirer un Holmes usant de mille stratagèmes pour assembler les pièces du puzzle, le tout relevé d’un peu de suspens, de quelques rebondissements et de bonnes scènes d’action.
Mais la résolution finale n’apportera que peu d’éléments de plus, hélas, faisant passer l’intrigue au second plan derrière Holmes lui-même.

Si certaines des nouvelles de Holmes pourraient parfois subir le même reproche, il manque ici une patte, une touche, une subtilité qui n’appartiendra jamais qu’à Doyle pour faire passer le subterfuge.

Il n’en demeure pas moins que ce Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion ne fait que confirmer l’habile expertise de Nicholas Meyer dans l’art du pastiche holmésien, s’il en était besoin.
Il ravira à coup sûr les amateurs des aventures de Holmes par son application à reprendre les codes, les clefs et les cartes du canon pour faire revivre une fois encore Sherlock Holmes dans ses grandes oeuvres.

“The game is afoot.”

*** Nota : pour les amateurs du Sherlock de BBC et surtout les fans de Benedict Cumberbatch, une subtile et très privée référence s’est glissée dans les pages. Une certaine Sophie Hunter y fait son apparition en pseudonyme.
Je ne peux y voir une coïncidence car « the universe is rarely so lazy.« 

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