Sanditon.

Résumé.

91vpvuxv6ylEditions Le Livre de Poche. Parution : novembre 2012.  Prix : 7.10€

Nous sommes au début du XIXème siècle et les stations balnéaires fleurissent sur la côte anglaise. Par la grâce des effets miraculeux de l’air marin pour toutes sortes de maux, de petits villages côtiers sont littéralement investis par la bonne société londonienne qui vient y faire le plein de santé avant la Saison.

Bath, Brighton, autant de noms à la mode où il convient d’être vu, et Mr Parker, riche gentleman un peu sot, compte bien en faire autant de Sanditon, qu’il estime doté de toutes les qualités pour surpasser les autres lieux de villégiature balnéaire. C’est du moins en ces termes qu’il présente la chose à la famille Heywood lorsqu’une infortune de voyage le contraint, avec son épouse, à faire halte chez eux. Par reconnaissance, il convie leur fille Charlotte à venir faire la saison à Sanditon. Menant jusque-là une vie simple, celle-ci va découvrir le monde retors que cache la bonne société sous ses dehors policés. Sentiments, ambitions et manigances,  inutile d’allumer la télé, bienvenue à Sanditon !

Mon avis.

A l’instar de mon amie Pause Earl Grey qui, par une heureuse coïncidence, s’est, elle, consacrée à Emma, j’aime retrouver l’univers de Jane Austen quand arrivent les premiers frimas. Sans doute, est-ce là une association inconsciente de mon esprit avec la chaleur britannique d’une tasse de thé…

Je me suis donc tournée vers un ouvrage qui m’avait agréablement surprise à l’époque: Sanditon. Sanditon est un atypique dans les Jane Austen, car l’auteur, gravement malade, ne le terminera jamais. Commencé en mars 1817, il reste inachevé à sa mort en juillet, alors qu’elle en écrit environ une cinquantaine de pages. C’est donc une autre plume qui reprendra l’ouvrage, avec un certain talent.

L’autre jour, vous avez pu m’entendre rugir au sujet d’Une saison avec Darcy, m’indignant que cela puisse être relié d’une façon ou d’une autre au style de Jane Austen. Il était donc juste, que par opposition, je vous donne un meilleur exemple de pastiche ou de reprise d’un style. Et la difficulté n’était pas des moindres, connaissant l’auteur, la finesse de ses ironies et la subtilité de ses critiques. Pourtant, Sanditon s’avère une jolie réussite. Un coup de coeur même.

Mais avant de commencer, permettez-moi de mettre les choses au clair. Pour cette version publiée par Le Livre de Poche, l‘autre dame qui a pris la plume est  Marie Dobbs (que vous avez aussi pu croiser sous le pseudonyme d’Anne Telscombe)Il existe une autre version de Sanditon complétée cette fois par Juliette Shapiro et qui a été fortement décriée. Personnellement, étant parfaitement satisfaite de celle de Marie Dobbs, je vais donc m’éviter une autre montée de température en m’infligeant  quelle qu’autre version que ce soit. Et je vous conseille d’en faire autant.

Ah toujours drôle Jane ! Toujours fine ! Toujours piquante ! A deux pas du tombeau, la voilà qui continue à prendre la plume pour se moquer doucement de ceux qui courent à la mer sous prétexte de santé et en reviennent fiancés. Quel esprit que cette femme ! Quel sens de l’humour et de la dérision.

Fidèle à elle-même, elle sait une fois encore tirer « le meilleur » de ses contemporains pour en offrir un tableau vivant, mordant, cocasse mais juste. L’autre dame qui acheva l’ouvrage, retrempe la plume dans l’encrier avec brio. Une précision d’orfèvre. Inutile de chercher le raccord ou la couture, vous ne la trouverez pas.

Et nous voilà en voiture cahotante, loin de Longbourn, Pemberley, Meryton ou Londres, en route pour un bon bol d’air marin. Voilà qui nous dépayse par rapport aux précédents ouvrages. Pourtant, avec cet esprit incisif qui la caractérise, Jane Austen va nous démontrer que ces microcosmes balnéaires, si salutaires pour la santé, sont socialement tout aussi redoutables qu’une saison londonienne, sinon pires. L’air marin ou le confinement en cercles restreints, allez savoir !

 D’ailleurs le récit commence d’emblée très fort puisque nous tombons d’entrée de jeu sur Mr Parker, fort riche, optimiste mais sot. Persuadé de la réussite de son projet pour Sanditon alors même qu’il n’y connaît rien. Un commercial dilettante du XIXème qui assomme tout un chacun avec son idée alors même que sa  femme n’a pas trois sous de bon sens et d’assurance pour lui dire de se taire. Dès les premières pages, c’est un héros du goûter. Par certains traits, il m’a évoqué le Mr Collin d‘Orgueil et Préjugés dans sa suffisance et son assurance. Lui suivront toute une galerie personnages intelligemment croqués, reflets des travers de leur caste et de leur époque. Il y aura bien entendu une supposée riche héritière revenue des Indes qui attisera les convoitises. Un pédant épuisant. Un gentleman peu honnête. Une ambitieuse imbue d’elle-même. Et Lady Denham, riche figure autoritaire du village qui a recueilli sa jeune parente Clara comme dame de compagnie, et qui n’est pas sans rappeler Lady Catherine de Bourgh dans sa tyrannie.

Mais en la matière, la famille Parker est particulièrement gâtée avec le trio d’hypocondriaques que sont les soeurs et le frère de Mr Parker.

Moi non plus, dit-il, enchanté. Nous sommes du même avis sur ce point. Loin de les croire bons pour la santé, je pense que les toasts secs ne valent rien pour l’estomac. Sans un peu de beurre pour les adoucir, ils blessent parfois les parois de l’estomac. J’en suis sûr. J’aurais le plaisir de vous en beurrer à l’instant quelques uns, puis je m’en beurrerai quelques autres. Le toast sec est très mauvais, vraiment, pour les parois de l’estomac, mais certaines personnes sont impossibles à convaincre. Ça irrite comme une râpe à muscade. « 

Dites bonjour à Arthur Parker, frère de Mr Parker, autre héros du goûter.

Oh oui ! Sanditon est savoureux et se lit sans faim (et sans fin !). Sans bouder son plaisir, on retrouve l’humour doucement ironique de Jane Austen, ce coup de plume comme une lueur malicieuse dans l’oeil. Et on loue Marie Dobbs d’avoir su le perpétuer. Sous le crachin marin, Sanditon s’anime de larmes, d’espoirs déçus, de fourbes manigances, de trahisons, d’ambitions et de sentiments amoureux. A l’instar de Charlotte, on découvre où bonne société trop polie pour être honnête où le jeu des relations sociales est une partie d’échec et où les basses sournoiseries se font avec le plus joli sourire. Le bon sens de Charlotte lui suffira-t-il à se préserver de tout cela ? Telle est la question.

Écrit à quatre mains mais à des années d’intervalle, le récit est  fluide et homogène, sans à-coups et sans taches. A n’en pas douter Marie Dobbs avait su saisir la subtilité de la plume de Jane Austen et l’aimer suffisamment pour nous la restituer sans chercher à laisser trace de la sienne. On sent la volonté de maintenir l’univers et le ton austinien. Le raccrochage de wagon n’est pas grossier. Impossible de savoir où finit la plume de l’une et où commence celle de l’autre. Certes, il y a des nuances de style,  un certain petit quelque chose qui fait que l’on sait que l’on n’est plus totalement avec cette chère Jane. Mais le résultat final est un régal, à l’instar des autres oeuvres de Jane Austen et Sanditon mérite à plus d’un titre d’y avoir sa place.

Pour éviter les partis pris…

Sanditon fut pour moi un coup de coeur et une très agréable surprise alors même que, comme beaucoup, je suis réticente par défaut à l’idée que qu’un auteur termine l’oeuvre d’un autre. Après tout la plume, le style sont tellement rattachés à une personnalité…

Cependant, si vous doutiez de mon objectivité, je vous laisse ci-dessous les liens de quelques chroniques sur cet ouvrage. Après, si vous voulez vraiment être convaincu, il n’y a d’autre solution que de lire le livre…

 

7 commentaires

  1. Bravo pour cette critique enjouée ! Je ne connaissais ABSOLUMENT pas l’oeuvre en question, et tu me donnes bien envie de me remettre dans l’univers piquant « Pompom allons prendre le thé et discutailler sur les derniers potins » que j’aime tant chez Austen. Je le note précieusement pour une prochaine idée de lecture.

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