Les Fabuleuses Tribulations d’Arthur Pepper

Résumé.

1906-arthur_orgEditions Milady. Parution : septembre 2016 Prix : 18.20€

Lorsqu’Arthur Pepper perd sa femme Miriam après toute une existence à son côté, il est complètement déboussolé. Ne parvenant pas à dépasser son chagrin, il s’enferme peu à peu dans une routine rassurante, cloîtré chez lui autant que possible, évitant les attentions bienveillantes de sa voisine ou même de voir ses enfants.

Jusqu’au jour où, se décidant enfin, à trier les affaires de Miriam, il tombe sur un mystérieux bracelet, soigneusement caché au fond d’une paire de bottes. L’objet est précieux, de belle facture, et totalement inconnu d’Arthur. Une série de charmes y sont accrochés, portant pour certains des inscriptions. Intrigué, Arthur va tenter de percer leur mystère en se lançant dans une enquête assez insolite. Se faisant, il va aller à la rencontre du passé méconnu de son épouse.

Sait-on vraiment toujours tout de celle qui va partage votre vie ?

Mon avis.

Alors ça a l’air engageant comme ça. Même moi je me suis fait prendre au piège de la couverture.

Avant d’aller plus avant et que je ne crache des flammes, sachez que tout est de la faute de Pause Earl Grey, elle m’avait si bien vendu la chose dans ses lectures à venir, que ma foi, je lui ai proposé d’y aller ensemble avec une lecture commune. Sic. Et alors que j’affrontais courageusement le danger jusqu’au bout, la  gourgandine m’a lâchement abandonnée à la moitié. Le désespoir hélas. Néanmoins vous pouvez retrouver sa chronique ici.

Soyons clairs: je n’ai pas trouvé le roman exécrable ou mauvais. Cependant, ça promettait beaucoup et le résultat final m’a semblé assez fade. Comme dirait cette chère Roxane dans CyranoVous m’offrez du brouet quand j’espérais des crèmes.

Voilà qui résume bien la situation.

Comme je tiens malgré tout à rester objective, je vais tâcher de faire la part des choses, en lisant les bons et les mauvais côtés. Après tout l’objet du délit a de bonnes critiques, même si je ne me les explique pas. Et Pause Earl Grey encore moins.

Les points forts d’Arthur.

Premier point : La plume de Phaedra Patrick est plutôt agréable, ce qui pousse à continuer. Le style est fluide, les personnages construits et posés. L’ensemble est globalement cohérent.

Second point : Le postulat de départ est intriguant et original. Cela pose la question de savoir est ce qu’on connaît vraiment les gens avec l’on vit, sachant que chacun a son jardin secret ? Ce pauvre Arthur qui pensait tout connaître de sa femme dans son existence bien rangée, tombe de haut. On en vient presque à se demander s’il la connaissait vraiment.

Et puis l’élément perturbateur qui fait basculer le récit est insolite aussi. L’idée d’utiliser les charmes du bracelet pour révéler les secrets de la vie de Miriam est bien vue et originale.

Troisième point : La psychologie d’Arthur est bien pensée. Sa réaction de repli face à la perte de sa femme, son enfermement dans une routine rassurante pour trouver des repères, sont des éléments crédibles qui donnent une certaine consistance au personnage. Ses réactions aussi à certains moments, comme face au secret des charmes ou à son envahissante voisine sont assez bien trouvées. Tout comme les questions que suscitent les révélations, jusqu’à un certain point.

Les points faibles d’Arthur.

Premier point : Le récit est parfois trop descriptif, ce qui coupe le rythme. Autant les descriptions servent le propos au départ pour poser le personnage, décrire sa routine étouffante, sa vie cloîtré. Cependant, cela finit par plomber le récit et l’empêcher de décoller à des moments où on attend une dynamique d’action plus soutenue. Par exemple lorsqu’Arthur part sur la piste du deuxième charme, le descriptif de sa pause pipi dans le bois m’a achevée.

« Espérant qu’il n’y aurait là aucun touriste pour le surprendre, il fila dans les sous-bois et commença à se soulager : un petit écureuil gris s’approcha d’un bond,et, après un rapide coup d’oeil, fuit le long d’un tronc. »

Là vous vous dites : Il va se passer quelque chose de cocasse dans ce bois, ou d’insolite. L’écureuil va lui sauter dessus. Lui mordre le scoubidou. Georges Clooney va débarquer pour récupérer son écureuil apprivoisé et le trouver le trésor de famille à l’air, que sais-je ? Il y a une raison pour qu’on s’attarde trois heures dans ce fichu sous-bois. Epic fail.

« Une fois perché sur une branche, les moustaches frémissantes, il étudia Arthur qui achevait son affaire. Fort heureusement, Arthur avait emporté un paquet de lingettes de poche, ce qui lui permit de se laver les mains avant de reprendre son chemin. »

De l’action pareille ça vous la coupe non ? Alors personnellement j’aurais préféré qu’on laisse tomber la langue, la bouffe et le panorama pour se concentrer sur un récit plus dynamique, car honnêtement j’ai cru qu’il allait nous claquer dans les pattes avant la fin du bouquin le vieux à ce rythme-là. En plus, on n’est pas dans une pub pour Sanytol ou un communiqué anti-grippe du Ministère de la Santé.

Deuxième point : L’idée des charmes recelant chacun leur histoire et Arthur se posant des questions sur sa femmes, c’était très bien. Excellent postulat. Sauf que ça ne décolle pas cette histoire, que les interrogations d’Arthur tournent en rond, ça en devient lassant et répétitif. On a l’impression que même l’auteur ne savait plus comment s’en sortir. En effet, à certains moments, l’histoire de certains charmes est presque bâclée comme celle de la fleur marqué PEARL avec des pierres.  Ça promettait quelque chose dans l’idée et puis non.

Pas envie ? Allez savoir. En moins d’un chapitre c’est réglé. Merci, au revoir, messieurs, dames. Tandis que les autres traînent avec des descriptions de fifou je vous le rappelle.

Sans compter que, comme dirait Mimine, il n’y a pas d’antagonistes ou si peu. Un vieux débarque chez vous, en sautant la clôture pour vous questionner à la Columbo au sujet de sa femme et hop ! Mais bien sûr Arthur, prenez donc une tasse de thé. La seule antagoniste du récit est tellement clichée que c’en est navrant.

Quant à Arthur, il déballe son histoire sans se poser de questions à tous les péquins qu’il trouve sur sa route. Même au roumain du métro qui l’invite à dormir dans un squatt. Et toutes ses rencontres se révèlent formidablement enrichissantes et chacun y va de son petit indice. Souvent le bel indice d’ailleurs. Si  Arthur Pepper c’était le Vieux de Perceval, on aurait déjà trouvé le Graal.

Alors là, je prends quand même un petit moment de réflexion sur tout ça et je me dis que le vieux :

  1. La sénilité le guette, ce qui expliquerait qu’il ait loupé/zappé une partie du passé de sa douce. Spoiler : Parce qu’il s’avère que finalement elle l’avait porté ce fichu bracelet. M’est avis qu’elle a du y perdre un poignet d’ailleurs. Et pour louper ça, il fallait le vouloir, compte tenu a.  de la valeur du truc. b. De sa masse.  Mystère résolu. Merci Sherlock June.
  2. Se pourrait-il qu’il ne soit jamais sorti de son pavillon pour vivre à ce point chez les Bisounours. Sans compter qu’avec sa dégaine de touriste, il aurait du se faire dépouiller et trucider au moins trois fois. Ca lui arrive au moins une fois mais Roumain le bon Samaritain tatane le voleur, lui ramène son portefeuille… et l’invite dans son squatt.

Remarquez, les autres aussi sont étranges. Ils déballent toute leur vie à un vieux qu’ils viennent de rencontrer, parfois juste à la terrasse d’un café… C’est peut-être ça le charme anglais… Ou peut-être est-ce un super pouvoir de vieux.

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Troisième point :  Au fur et à mesure que se lèvent les mystères des charmes, le récit s’affadit. C’est terriblement prévisible. Et on a deviné le dénouement bien avant qu’il n’arrive, hélas. Je vous ai dit que Pause Earl Grey n’avait pas tenu le choc, eh bien même avec ça, elle avait deviné juste.

Dernier petit détail qui me chiffonne: étant donné que Miriam l’a porté son bracelet, que ses enfants le connaissent, pourquoi diable est-elle allée le planquer au fond d’une botte ? Le ranger, certes, mais le cacher ? La réponse à ce mystère, on peut s’asseoir dessus. Soit elle m’est passée sous le nez, soit elle n’existe pas.

Le fin mot de l’histoire est que ce cher Arthur n’est pas bien observateur car le dit bracelet était donc déjà passé sous son nez. Il a donc la comprenette à retardement. Ou bien sa femme n’était pas sa femme, sait-on jamais…

Conclusion.

En lisant la quatrième de couverte, je m’attendais à un feel-good book, avec une touche d’humour.  J’étais loin du compte, mais j’aurais pu apprécier ma lecture si le postulat de départ avait tenu ses promesses. Je me suis accrochée jusqu’au bout parce que j’attendais la surprise, le truc qui allait tout faire décoller. Mais en dépit de l’écriture agréable et de l’originalité du concept, ça reste fade. Il n’y a pas le petit truc qui ferait pétiller l’histoire, oublier les incohérences.  J’en ai mis une couche, je le confesse, sur le sujet, mais avec une pointe d’humour, de dérision, cela aurait fait passer la chose.

Le récit reste structuré, bien écrit, avec de beaux passages dans la relation père-fille, des moments très justes dans l’émotion. Donc on ne peut pas dire que ce soit une lecture exécrable, mais c’est une lecture qui ne tient pas ses promesses et dont je suis ressortie déçue.

Pour des fabuleuses tribulations, ça retombe comme un soufflé trop chaud. J’ai déjà vu plus épique comme histoire, même dans une maison de retraite, la preuve en images.

 

18 commentaires

  1. J’avoue que rien que le fait que j’ai deviné la fin alors que d’hab je devine que tchi (genre faut vraiment merder dans les twists pour me faire réagir) c’est pas bien prometteur selon moi XD Après j’ai envie de dire c’est pas toujours comment ça finit qui compte mais comment on y arrive ? Un peu comme la vie quoi…. qu’Arthur a presque fini d’ailleurs (je suis méchante ><)
    Bon maintenant que tu lui as bien taillé une veste, je vais aller me faire un tea time de ce nom mais pas dans une maison de retraite XD (non en vrai je vais au ciné mais ça tu le sais déjà :p)
    Super article en tout cas !

    Aimé par 1 personne

  2. Haha le coup de l’écureuil, avant même que tu avances ta théorie je me suis laissée à imaginer une attaque dans les roubignoles. Je te le dis, j’ai été franchement déçue de la chute. XD
    Bon ben, qu’est-ce que je fais ? Je ne le note pas du coup ? Ça me semble plutôt clair au vu de ton (formidable) article.

    Aimé par 1 personne

  3. Tu avais tellement besoin de t’épancher au tél qu’au final maintenant j’ai envie de lire là bête (c’est malin xD). Du coup, bousin pour bousin, je le lis si tu lis la colline au esclaves, échanges de bon procédés ma bonne dame 😉

    (le vieux de Perceval, y’a pas je m’en remets pas !)

    Aimé par 2 people

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