The Sign of the Four : Morphine or Cocaine ?

Résumé.

Parution originale : 1890. Format : roman 

51lC0ex0k8LLe calme plat règne à Baker Street où l’insolite duo formé par Sherlock Holmes et le Docteur Watson s’est installé depuis plusieurs mois. Face à l’oisiveté, au grand déplaisir du bon Docteur, Sherlock Holmes se livre à ses addictions. Heureusement une jeune gouvernante du nom de Mary Morstan fait son apparition au 221b, Baker Street et va tirer notre détective consultant des affres de l’ennui avec une bien étrange histoire. Son père, officier dans un régiment aux Indes, devait rentrer en Angleterre l’année où elle eut dix-sept ans. Mais la nuit précédant leur retrouvailles, à peine arrivé sur le sol anglais, l’homme disparaît sans laisser d’autre trace qu’une chambre d’hôtel empli de ses effets personnels.

Quelques années plus tard, une annonce dans le Times paraît à l’attention de la jeune femme, requérant son adresse. Celle-ci s’exécute, espérant des nouvelles de son infortuné père. A partir de ce moment, elle recevra chaque année, sans un mot, sans une indication, une perle de grande valeur. Mais cette fois-ci, son mystérieux correspondant  demande à la rencontrer, affirmant qu’elle a été lésée… Ne sachant que faire la jeune femme s’en remet à Sherlock Holmes. Se faisant, elle va entraîner notre tandem dans une aventure des plus insolites sous la marque du Signe des Quatre… Et chambouler la vie du Docteur Watson.

Mon avis.

Mes comparses de lecture  Light and Smell et Satorukudo  ont, semble-t-il, un poil moins apprécié cette aventure que la précédente. Pour ma part, je lui ai trouvé une saveur… différente et je me suis beaucoup amusée.

« The game is on. »

Encore une fois, Doyle joue les poupées russes avec son intrigue, emboîtant les histoires les unes dans les autres, ce qui ménage le suspens. De l’histoire de Mary jaillit celle du Major Thaddeus Sholto et enfin celle du Signe des Quatre qui résout le mystère avec un dénouement des plus haletants.

Cet emboîtement maintient le lecteur sur ses gardes. Maintenant qu’il est un peu familier des méthodes de Holmes, il se tient à l’affût des indices. Dans chaque description de lieu, de scène, d’homicide, dans chaque récit,  il scrute, analyse, espérant en vain devancer le détective consultant.

« You know my methods. Apply them, and it will be instructive to compare results. »

Qu’il a de l’humour le monsieur ! A ce jeu-là, nous sommes forcément perdants, car Sherlock Holmes a déjà deux longueurs d’avance, mais quel plaisir de se piquer au jeu dans cette intrigue qui s’épaissit à vue d’oeil. Car, dans cet opus, nous sommes gâtés : une disparition, un plan,  le fabuleux trésor d’Agra, un cadavre terrifiant et terrifié dans une pièce close, un mystère venu des Indes et une revanche; Voilà pour le menu.

L’aventure palpite entre les lignes et Arthur Conan Doyle ne ménage pas ses efforts pour nous mettre dans l’ambiance. Ses descriptions feraient transpirer le brouillard londonien et la boue crayeuse des rues de la ville entre les pages. Quant à Pondicherry Lodge, quelle demeure ! J’aurais pu entendre le frottement des pas sur les tapis des escaliers en fibre de coco et craquer les planchers dans le noir.

Seul bémol de l’histoire : la complexité de l’intrigue la rend plus difficile à suivre que A Study in Scarlett. Gare au lecteur qui se perdrait en route, même si le style de Conan Doyle reste fluide, piquant, drôle et addictif, ne perdant en rien de son charme.

« Morphine or cocaine ? »

Pour cette seconde aventure, le duo Holmes/Watson commence à se structurer, sur le terrain comme au niveau relationnel et Watson se fait une place sur le devant de la scène, aux côtés de Holmes. Si ce bon docteur demeure esbaudi des capacités de son insolite colocataire, il commence néanmoins à s’affirmer, à avoir l’esprit critique et de la répartie. Il perçoit sa froideur clinique dans ses analyses, son manque d’empathie, sa nonchalance affectée, ses effets de manche, un léger ego, une pointe de condescendance dans ses manières et surtout, plus que tout, il réprouve formellement son addiction aux drogues qu’il perçoit comme le gâchis d’un esprit si exceptionnel. En ce sens j’ai trouvé que leur tandem gagnait en saveur, Watson devenant la mauvaise conscience de Holmes, d’une certaine façon mais surtout s’investissait autant dans leurs aventures que dans leur amitié. Ça va drôlement mieux sa blessure à la jambe (ou l’épaule ?), vu comment il trotte pour courser les méchants le monsieur. 

Par ailleurs intervient le personnage de Mary Morstan qui va pas mal tournebouler ce cher Watson, que l’on sait sensible au charme féminin. Ce n’était probablement pas l’effet voulu par Doyle qui fait conter la chose par son personnage avec la pudeur dévolue à ces choses-là à l’époque, mais voir Watson aux prises avec ses sentiments comme un adolescent m’a paru tout à la fois  drôle et délicieusement charmant. L’emballement soudain de ses sentiments contraste singulièrement avec la froideur scientifique de Sherlock Holmes, soulignant encore une fois la différence de fonctionnement et de caractère entre les deux personnages.

Sherlock Holmes par Sidney Paget
Sherlock Holmes par Sidney Paget. Source Wikipédia

Sherlock est totalement Holmes, jouant de ses effets tout en restant enfermé dans sa bulle, grommelant pour lui-même, le nez collé au sol tel un cochon truffier, se moquant subrepticement de la police. Ironique, résolument dopé à l’action, parfois impatient et totalement dépourvu de tact comme en témoignent ses déductions froides au sujet du frère de Watson.

C’est d’ailleurs dans ce volume qu’apparaissent pour la première fois des réparties restées célèbres telles :

« When you have eliminated the impossible whatever remains, however improbable, must be the truth. »

Au passage c’est aussi la première fois que nous entendons évoquer les qualités de boxer de Holmes, précieux atout du personnage qui aura son utilité dans d’autres aventures.

Et en série ça donne quoi ?

Dans la série de la BBC, l’intitulé The Sign of the Four a été repris en clin d’oeil sous le titre The Sign of Three en référence à la grossesse de Mary déduite par Sherlock dans le dit épisode. Si l’épisode en lui-même ne reprend pas la trame narrative, en revanche de nombreux éléments du roman  sont présents à travers le fil narratif des différentes saisons, notamment 3 et 4.

  • Les fameuses déductions de Sherlock Holmes quant au frère de Watson grâce à sa montre sont présentées à l’écran dès le premier épisode de la série dans A Study in Pink, où la montre est remplacée par un téléphone portable et le frère devient une soeur.
  • Dans l’épisode 2 de la saison 2, The Hounds of Baskerville, on retrouve la fameuse citation : « When you have eliminated the impossible whatever remains, however improbable, must be the truth. »
  • Le fameux Morphine or Cocaine ? du Docteur Watson est repris à l’écran par son homologue dans  le spécial en version victorienne The Abominable Bride, qui fait le lien entre les saisons 3 et 4.
  • La capacité de Sherlock Holmes a reconnaître les cendres de différents cigares évoquée dans le roman est mentionnée à deux reprises à l’écran : en saison 2 dans A Scandal in Belgravia et en saison 3 dans The Sign of Three lorsque Sherlock passablement éméché brame qu’il connaît les cendres. 
  • Le personnage de Mary dans ses premières apparitions, tel qu’incarné à l’écran par Amanda Abbington, est en tous points semblables à la description qu’en fait le Docteur Watson dans le canon : blonde, de grands yeux bleus, le visage avenant et résolu.
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Source Cumberbatchweb/ Copyright Hartswoodfilm/BBC One
  • Lisant le blog de John dans le premier épisode de la saison 3, Mary cite cet exact passage de l’original : So swift, silent, and furtive were his movements, like those of a trained blood-hound picking out a scent, that i could not but think whar a terrible criminal he would have made had he turned his energy and sagacity against the law, instead of exerting them in its defense. » 
  • Mary Morstan et le mystère d’Agra sont intimement liés dans les deux versions. A ceci près que dans la série, le trésor d‘Agra est la clé USB contenant son passé et des informations convoitées. D’ailleurs dans la série comme dans le canon, Mary Morstan est orpheline. ( Ep 2 et 3, saison 3, Ep 1, saison 4)
  • Le major Sholto est présent au mariage de Mary et John. On cherche effectivement à le tuer pour un fait relatif à son passé et c’est un officier militaire. Même si dans la série, l’actualisation du contexte en fait un vétéran d’Afghanistan, ancien supérieur de John.
  • Toujours au mariage de Mary et John dans la série (épisode 2 saison 3), lorsque Sherlock évoque leurs aventures ensemble, outre the elephant in the room et the hollow client, une séquence les montre, courants sur un toit face à un nain muni d’une sarbacane. Ce qui n’est pas sans rappeler notre mystérieux lanceur de fléchettes empoisonnés dans The Sign of the Four.
  • Wiggins, le lieutenant des Baker Street Irregulars est aussi présent dans la saison 3, sous l’apparence de Bill Wiggins, un drogué maltraité par Watson dont les dons d’observation vont être mis à profit par Sherlock. Cependant dans la série, les Baker Street Irregulars ne sont pas des enfants des rues, mais un réseau de sans- abris de façon générale.
  • La folle course avec le chien utilisé par Sherlock dans l’épisode 1 de la saison 4,  fait écho à celle avec Toby le chien auquel il a recourt dans le canon sur la piste de la trace de créosote et qui se termine sur la même déconfiture. Même s’ils ont du se contenter d’un modèle approximatif de chien au casting.

Il y a certainement bien d’autres éléments qui m’ont échappé, mais de prime abord, ce sont ceux qui me reviennent en mémoire.

Pour l’heure, de nouvelles aventures guettent notre petit cercle holmésien. Irène Adler attend en coulisses de faire son entrée dans A Scandal in Bohemia. The game is afoot. 

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Audrey dit :

    Superbe chronique qui me donne envie de relire le roman, mais en français car en te lisant, je suis maintenant certaine d’être passée à côté de certains éléments. J’essaie de lire en anglais comme en français, mais cette méthode n’est peut-être pas très adaptée pour Sherlock…

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    1. juneandcie dit :

      Il est vrai que c’est une intrigue assez complexe dans laquelle il est parfois aisé de se perdre. Sans compter que certains mots de vocabulaire ne sont plus usités ou plus de cette façon, ce complique parfois la tache du lecteur qui n’est pas absolument bilingue. Personnellement j’ai toujours un dictionnaire à côté de moi et je lis lentement par petites tranches (ce qui est totalement opposé à ma façon de lire en français) pour me laisser le temps de comprendre et d’analyser.

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      1. Audrey dit :

        Je pense que pour ce titre, ta méthode était nécessaire afin de s’approprier le texte. Je n’en ai pas eu la patience…

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  2. Ce n’est pas forcément l’enquête que j’ai le plus adoré dans le canon littéraire, mais je m’en souviens assez pour me représenter ce que tu en dis. Du coup, tu l’as lu en VO c’est ça ? Comment c’est ?

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    1. juneandcie dit :

      En VO tout à fait. Et pour répondre à ta question le mot qui me vient à l’esprit c’est : savoureux, car il y a des subtilités de langages intraduisibles, le choix de certains mots, d’un certain vocabulaire qui donne un je ne sais quoi de piquant dans la langue d’origine.

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  3. Comme les filles, ce n’est pas mon enquête préférée (Scandal in Bohemia par contre est top).
    Je m’aperçois que j’ai loupé certaines références dans la série… il faudrait que je relise tous les Sherlock mais j’avoue je n’ai pas le courage xD

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  4. Lutin82 dit :

    Je retrouve tout à fait ma lecture dans ta chronique. J’avais beaucoup aimé , et le duo trouve vraiment son rythme dans ce roman. J’ai adoré la version de la BBC dans Sherlock.

    Bref, Doyle nous a pondu une belle enquête.

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  5. Impressionnante la dernière partie sur les éléments repris dans la série. Tu es une inconditionnelle!

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