Have you met… William ?

William Sherlock Scott Holmes

Très exactement.

The Man who never lived and never died, comme le souligne l’ouvrage d’Alex Werner (en collaboration avec le London Museum).

Et là, je vois d’ici votre réaction. La June elle veut nous proposer de rencontrer un personnage fictif, ça ne va pas mieux…

Certes. Mais pas n’importe lequel. Un des personnages fictifs qui reçoit toujours du courrier, plus de 150 après sa création. Un des personnages fictifs qui a suscité un nombre incroyable de pastiches, développements, adaptations, sous toutes les formes possibles : livres, films, séries, manga, dessins animés, bandes-dessinées, essais, biographies. Un des personnages fictifs qui a tout de même inspiré la police scientifique et la science médico-légale actuelles !

Une figure de roman qui n’a jamais cessé de fasciner tout autour du globe et dont le nom s’est ancré dans nos imaginaires collectifs, même pour ceux qui n’ont jamais ouvert la moindre nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle. Et dont le nom est devenu plus célèbre que celui de son créateur même.

Mais que savez-vous réellement de ce personnage ?

Have you met Sherlock Holmes ?


Fiche signalétique.

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Source

Nom complet : William Sherlock Scott Holmes

Profession : Consulting Detective

Né le : 06 janvier 1854

Signes distinctifs : Génie. Seul et unique détective consultant. Habite au 221b Baker Street. A un crâne et un docteur de compagnie. Humilie fréquemment Scotland Yard. Frimeur, sociopathe (?), a inventé la science de la déduction et répertorié plus de 240 sortes de cendres de tabac. Maître du déguisement. Cocaïnomane et scientifique. Brillant et insupportable.

« The name is Sherlock Holmes and the adress is 221b, Baker Street. »

Bien qu’aucune date ne soit indiquée par Sir Arthur Conan Doyle dans le Canon, selon les maigres indices, William Sherlock Scott Holmes serait né le 06 janvier 1854. Même si les avis des experts divergent en la matière, c’est la date communément retenue.

Brun, sec, grand, le profil acéré, fumant la pipe ou la cigarette, d’ascendance française et irlandaise, son second prénom signifierait en vieil anglo-saxon « cheveux clairs » et donc par extension « lumineux ». Une signification prémonitoire pour notre détective.

On ne sait rien ou peu de choses de la famille de Holmes, en dehors de l’importance du rôle exercé par son frère Mycroft, de sept ans son aîné, et du fait que sa grand-mère était la soeur du peintre français Vernet. Mais des parents, pas un mot. Un silence qui intrigue les spécialistes et fait courir de folles hypothèses : orphelins les frères Holmes ? Scandale de famille ?

Selon l’hypothèse émise dans biographie fictive établie par André-François Ruaud et Xavier Mauméjean, Sherlock Holmes. Une vie, le jeune Sherlock aurait fréquenté Cambridge avant de s’établir comme le seul et unique détective consultant au 24, Montague Street. En janvier 1881, sa recherche d’un logement plus spacieux l’emmène vers Baker Street et lui fera croiser la route d’un certain Docteur Watson, au St-Batholomew’s Hospital, par l’intermédiaire d’une connaissance commune Stamford. Une rencontre qui va l’inscrire dans la légende puisque ce compagnon d’aventures fera le récit de leurs investigations.

L’artiste et le scientifique

Les connaissances de Sherlock Holmes sont aussi variées qu’éclectiques. Selon ses premières impressions de ce nouveau colocataire, le docteur Watson en fait d’ailleurs une liste amusante dans A Study in Scarlett :

  1. Knowledge of Literature – nil.
  2. Knowledge of Philosophy – nil.
  3. Knowledge of Astronomy – nil.
  4. Knowledge of Politics – Feeble.
  5. Knowledge of Botany – Variable. Well up in belladonna, opium and poisons generally. Knows nothing of practical gardening.
  6. Knowledge of Geology – Practical, but limited. Tells at a glance different soils from each other. After walks, has shown me splashes upon his trousers, and told me by their colour and consistence in what part of London he had received them.
  7. Knowledge of Chemistry – Profound.
  8. Knowledge of Anatomy – Accurate, but unsystematic.
  9. Knowledge of Sensational Literature – Immense. He appears to know every detail of every horror perpetrated in the century.
  10. Plays the violin well.
  11. Is an expert singlestick player, boxer and swordsman.
  12. Has a good practical knowledge of British law.

Cette première liste sera revue par la suite, mais ainsi qu’il le souligne lui-même, notre détective consultant ne garde en mémoire que ce qui peut lui être utile pour son travail.

Violoniste, il est aussi amateur d’opéra tout autant que de musique en général. Chimiste accompli, il possède des connaissances dans différents domaines scientifiques, sait distinguer des empreintes, différents types de sols ou de cendres, détecter la présence d’hémoglobine. Sportif, il maîtrise la boxe, un art martial nommé baritsu et l’escrime. Étonnant Holmes, tout aussi lacunaire qu’accompli et citant Flaubert (The Red Headed-League) dans le texte (écornant au passage la première appréciation de ce cher Docteur).

Mais avant tout, Holmes est un homme de pure logique, qui ne vit qu’à travers l’ébullition de ses neurones.

My mind,” he said, “rebels at stagnation. Give me problems, give me work, give me the most abstruse cryptogram or the most intricate analysis, and I am in my own proper atmosphere. I can dispense then with artificial stimulants. But I abhor the dull routine of existence. I crave for mental exaltation. That is why I have chosen my own particular profession,—or rather created it, for I am the only one in the world.”

-The Sign of Four

The true cold reason…

Misogyne, sociopathe… Que de termes peu flatteurs employés pour dépeindre notre brillant détective. Pourtant, les mérite-t-il vraiment ?

S’il est en général peu flatteur à l’égard de la gente féminine, en se penchant sur le Canon, on se rend compte vite compte que Holmes n’en est pas pour autant misogyne. Preuve en est l’hommage appuyé qu’il rend à Irène Adler, la seule à avoir triomphé de lui. Qu’en est-il réellement des sentiments de Holmes pour La Femme ? Admiration ? Fair-play ? Inclinaison ? Conan Doyle ne le dévoilera jamais vraiment, mais elle aura à coup sûr marqué sa mémoire.

En parlant de sentiments, si Holmes n’est pas toujours tendre envers la gente féminine, c’est vraisemblablement qu’il tient à rester à l’écart de ses charmes. En effet, notre détective consultant privilégie la froide raison avant tout, ainsi qu’il le dit dans A Scandal In Bohemia :

But love is an emotional thing, and whatever is emotional is opposed to that true cold reason which i place above all things. »

Pour lui, les sentiments, et en particulier le sentiment amoureux sont les pires ennemis. La faiblesse, le défaut qui nuit au raisonnement. Le sexe féminin par ses charmes, auxquels le bon Docteur est très sensible, en est forcément trompeur.

Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, Holmes n’est pas insensible aux femmes et c’est souvent qu’il se met à leur service, leur épargnant parfois la dure vérité comme dans A Case of Identity ou protégeant du passé un amour naissant comme dans The Boscombe Valley Mystery.

Sociopathe Holmes ? Son amitié avec Watson tend à démontrer le contraire. Certes, à force de se déconnecter des émotions ou des sentiments, il dispose d’un tact très particulier et d’une façon bien à lui d’envisager les choses, n’hésitant pas à faire croire par deux fois à son ami qu’il est mort ou mourant (The Reichenbach Falls et The dying detective). Mais par touche, on perçoit sous le vernis, sous la carapace son attachement à Watson.

Holmes n’est pas un sociopathe, il s’est construit comme un sociopathe nuance, plaçant la raison au-dessus de tout, se protégeant des émotions qui pourraient obscurcir son jugement. C’est probablement ce qui le rend aussi fascinant, attachant qu’irritant, parfois antipathique et froid.

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Source

Sir Arthur Conan Doyle

C’est en décembre 1887 que le personnage de Sherlock Holmes fait pour la première fois son apparition dans le Strand Magazine. Le début d’une aventure qui va dépasser son créateur, d’une fiction qui va dépasser la réalité.

Alors que le jeune Docteur Doyle fraîchement installé dans son cabinet, attend sa première clientèle, il donne naissance pour se distraire à ce personnage emblématique, inspiré de l’un de ses professeurs, le Docteur Joseph Bell. Il ignore encore qu’il vient d’initier de façon littéraire les débuts de la police scientifique moderne et de donner vie à un personnage qui dévorera son existence.

Le personnage rencontre le succès, faisant la renommée de Doyle, mais il est envahissant. En dépit de l’engouement du public, Arthur Conan Doyle n’en peut plus de ce personnage qu’il voit comme une amusette littéraire. Las, pour tenter de faire connaitre le reste de son oeuvre, il fait disparaître son détective dans les Chutes du Reichenbach en 1891.

Doyle tient huit ans en dépit de la pression du public et manque même d’être assassiné pour son meurtre littéraire, puis en 1901 Sherlock Holmes revient d’entre les morts et poursuit ses aventures.

De façon paradoxale, si Doyle est lassé de son personnage, c’est pourtant en appliquant ses méthodes que lui-même parvient à démontrer des erreurs judiciaires. Il semble y avoir une concordance bien plus grande que Doyle ne voudrait l’admettre entre lui et son personnage.

Hélas pour lui, il restera dans l’histoire comme le père de Sherlock Holmes, la fascination pour le personnage le dépassant. Les aventures du consulting detective (56 nouvelles et quatre romans) sont une lecture conseillée dans les écoles de police. Un réseau d’informations et de recherches informatiques pour les enquêtes de la police britannique porte l’acronyme H.O.L.ME.S. Le personnage a été adapté à l’écran plus de 275 fois, un record ! Et il existe tout autour un marché de produit dérivés estampillé Holmes d’une ampleur incroyable : DVD, livres, figurines, mangas, jeux de société, escape game… Aujourd’hui encore Holmes se vend et se vend bien, trouvant son public tout autour du globe.

J’ai longuement réfléchi à ce qui pouvait susciter une telle fascination, en étant moi-même victime. Certes, il y a le style imparable, inimitable de Sir Arthur Conan Doyle, précis, vif, drôle aussi, incroyablement moderne et précurseur, qui va générer toute une littérature policière dans la même veine. Mais son personnage est une mine presque inépuisable d’analyse et de développement. Scruté, parodié, analysé, le mystère reste pourtant entier. A croire qu’il faudrait Holmes lui-même pour dévoiler Sherlock.

Finalement j’en suis venue à la conclusion que si Holmes reste un tel objet de fascination, c’est que nous ne suivons pas son conseil :

 » You see, but you do not observe. The distinction is clear. »

A Scandal in Bohemia

Nous ne voyons le détective consultant qu’à travers le récit de Watson, notre point de vue est biaisé. L’essentiel nous est caché. Donc nous ne pouvons pas observer dans le sens littéral du terme :

« Examiner attentivement quelque chose, quelqu’un afin d’analyser, de comprendre, d’étudier. »

Définition Larousse

Et la vérité est que la meilleure et la plus belle intrigue que Sir Arthur Conan Doyle ait jamais créee, c’est Sherlock Holmes lui-même. Raison pour laquelle nous resterons à jamais fascinés par ce mystère, celui qui en avait la clef, l’a emporté avec lui un 7 juillet 1930. Ainsi à chaque aventure, Sherlock Holmes continue de nous mystifier, révélant l’évidence que nous avions sous les yeux …

Sherlock Holmes,

The Man who never lived and never died…

11 commentaires

  1. A reblogué ceci sur Les passions d’Aelyet a ajouté:
    Voici un article vraiment intéressant pour qui , comme moi, a envie d’en savoir plus sur ce fameux détective. D’où la réception, pour ma part, à Noël de l’intégrale illustrée des nouvelles de Sherlock Holmes aux éditions Omnibus.

    Aimé par 1 personne

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