La philosophie du Héros.

Dans une interview donnée à Télérama publiée le 24 mai dernier, Simon Astier livrait quelques réflexions au sujet d’Hero Corp qui ont déclenché une vague d’agitation dans mes neurones.

« J’avais plutôt envie de répondre à de grandes problématiques : qu’est-ce qu’un héros ? Qu’est-ce qu’être un héros ? Qu’est-ce que le bien et le mal ? »

Hero Corp : la voie du héros.

En voilà d’excellentes questions ! De but en blanc, vous me diriez : Un héros c’est quelqu’un avec des qualités hors du commun. Certes mais non. Quelqu’un qui a des capacités hors du commun ou des supers pouvoirs, ça peut tout simplement être un super connard. Regardez Tony Stark : il n’a pas de supers pouvoirs, son atout c’est son génie. Mais au départ, c’est juste un super frimeur. C’est à partir du moment où il décide de faire quelque chose de ses capacités au service du bien qu’il devient un super héros.

Beaucoup plus sombre dans cette veine, nous avons Bruce Wayne. S’il avait concentré son génie et sa force d’action à sa seule vengeance, il ne serait jamais devenu Batman. Un héros ou un super héros est donc celui dont la trajectoire mène à une remise en question personnelle qui va le placer au service du bien.

La remise en question qui conduit à l’abnégation, au sacrifice de soi, est une étape charnière du héros.

C’est d’ailleurs une thématique clé abordée de façon récurrente dans Hero Corp, l’une des spécificités de la série étant d’aborder l’univers héroïque par le biais de l’humain. Quand nous rencontrons nos personnages, aucun d’eux n’est prêt à devenir/redevenir un héros et ce sera pour eux un long parcours qui se déroulera sur l’ensemble de la série.

Si John a besoin de découvrir qui il est vraiment, choisir entre le bien et le mal, pour parvenir à devenir un héros, nos supers héros doivent faire à ce qu’ils sont ou sont devenus. Comme le souligne Simon Astier, leur kryptonite c’est la confiance en soi.

« En ce début de saison 5, lui et ses camarades ont tout ce qu’ils ont toujours réclamé. Ça fait cinq ans qu’ils se plaignent de ne pas être reconnus. Maintenant, ils sont célèbres, ils sont riches… mais ils ne savent pas quoi en faire. Leur ambition a débouché sur quelque chose de creux. C’est seulement en étant des superhéros, sans posture, sans statut, qu’ils redeviendront eux-mêmes. »

Simon Astier. Hero Corp. Télérama

Simon Astier le confie lui-même, il aime les séries qui parlent de gens et c’est, selon moi, ce qui permet à Hero Corp de nous séduire et de toucher au coeur de la nature du super héros : parler d’humain, des doutes, des faiblesses. Rappeler que finalement ce qui définit le héros ce ne sont pas ses capacités ou ses pouvoirs, mais ses doutes, sa part d’humanité et sa façon de faire face à ses faiblesses pour se mettre au service du bien.  C’est justement ce que la série met en avant, cette imperfection du héros, un héros en devenir qui doit aussi se battre contre lui-même. Cela permet aussi à ces héros loosers d’être plus proches de nous et d’avoir un écho plus fort. Et comme dirait leur créateur :

« On peut sauver le monde avec panache avec des loosers ! « 

Simon Astier. Hero Corp. Le Mouv’

I need a hero.

Depuis l’Antiquité, de Achille à Star Lord, on chante les louanges des héros/supers héros dans les livres, les fables, les chansons, les dessins-animés, les films et les séries. Pourquoi diable sommes-nous autant fascinés par la figure du héros/ super héros ?

Valeurs morales et positive attitude.

La figure du héros est en premier lieu sensée exalter chez son auditeur/ destinataire des vertus morales telle que l’honnêteté, le courage, la noblesse de coeur.  Le héros est celui qui se tient toujours du côté du bien, du faible ou de l’opprimé. Il nous incite à avoir confiance. Même quand ce sont des supers loosers.

Arthur: Pour faire simple: on peut douter de tout sauf de la nécessité de se trouver du côté des opprimés.
Yvain : Ah bon! C’est marrant parce que mon père, il a une phrase presque pareil: « On peut douter de tout sauf de la nécessité de se trouver du côté de celui qui a le pognon ».

Kaamelott, Livre III,

Le héros est donc un exemple. Il est aussi une figure rassurante et optimiste. Si l’on se penche sur la période de l’âge d’or des comics ( 1938 à 1954) qui voit la multiplications des supers héros de comics, on se rend compte que cette explosion héroïque a une cause sociale : subissant les conséquences de la Dépression de 1929 et de la Seconde Guerre Mondiale, les gens ont besoin de s’évader, de croire en des lendemains positifs. Outre leur coût réduit, ces figures positives de fiction rétablissant l’équilibre du Bien et du Mal, exaltant des valeurs patriotiques (Captain America) répondent à ce besoin.  Même si par la suite, ces héros se feront plus nuancés avec aussi leurs parts d’ombre.

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Un écho.

Changeant totalement de registre, si l’on prend en exemple la figure de Doctor Who, on ne peut qu’être frappé par le succès jamais démenti de cette figure héroïque. A l’instar d’une figure divine, le Doctor est intemporel et apporte son secours à quiconque l’appelle. Son nom est même est significatif : il est le docteur, donc celui qui guérit la souffrance. Pourtant le docteur est faillible, il a des blessures, des points faibles, un caractère peu évident et il se cherche. Il n’est pas sans rappeler les figures héroïque d’Hero Corp en ce sens. Changeant d’apparence à chaque régénération, il évoque ainsi la diversité des personnes et même de la race humaine. Le docteur est un héro conçu intelligemment et touchant car il trouve en écho en nous.

Et c’est bien là, pour moi, l’ultime caractéristique du héros : il doit nous toucher. Nous aimons regarder des héros pour ce qu’ils évoquent de positif en nous. S’ils ne nous touchent pas, les valeurs positives du héros n’auront pas d’impact. Et je rejoins ici totalement l’avis de Simon Astier sur Superman et Batman : même sans supers pouvoirs, le caractère torturé de Batman lui confère beaucoup plus de poids que Superman. On sent son personnage sur le fil du rasoir qui pourrait basculer du côté obscur mais qui y résiste. Il est plus imparfait en tant que héros, ce qui le rend paradoxalement plus fort dans son impact.

Nous aimons le héros pour ce qu’il a d’humain, ce qu’il raconte de nous et le fait qu’on puisse se retrouver en eux. En la matière, un anti-héros de Marvel  fait très fort: c’est Star-Lord. Cabotin, voleur, Peter Quill se révèle à lui-même, en même temps qu’à nos yeux à cet instant précis à l’écran :

Pendant cette scène, faisant face à ses blessures, à la mort, il prend toute sa dimension de héros, il devient un héros à part entière. A l’instar de ses comparses. Pour la première fois, ils gagnent leur identité de super-héros :

« You said it yourself bitch, we’re the guardians of the galaxy. »

C’est l’acceptation d’une identité, d’une responsabilité morale mais aussi de leurs imperfections. Si l’on revient 1h30 auparavant, Gamora en disait :

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Désormais, ils sont des héros. Mais nous spectateurs qui avons suivi leur cheminement,  nous nous sommes projetés dans leur histoire, nous sommes identifiés à leurs blessures, leurs défauts, avons éprouvé de l’empathie. Les voir triompher éveille en nous quelque chose de positif. Il nous donne envie de croire aussi en nous.

En réalité, il semble que le héros, qu’il soit super ou non, produise inconsciemment en nous une forme d’émulation/ projection. Mais pour se faire, il faut que nous puissions nous y identifier. C’est en cela que Simon Astier a su taper juste avec Hero Corp. Il a choisi de nous raconter avec humour l’histoire de super héros qui sont avant tout des gens qui, pour assumer leur rôle de héros, doivent d’abord faire face à eux-mêmes. Au final, c’est une histoire que nous racontons au quotidien, sauf que nous, on ne sait pas faire cuire du pain avec les mains. C’est peut-être parce qu’il a écrit cette série de façon très personnelle, en se basant sur sa relation aux héros, qu’il a su toucher à l’essence du héros.

 » Au bout d’un moment, il faut avoir confiance en ce qu’on est et en ses capacités, quoiqu’il arrive. »

Simon Astier. Hero Corp. Le Moov’

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C’est pour ce qu’ils éveillent en nous, ce qu’ils nous permettent de traverser, individuellement ou en société, que les héros sont indispensables à notre imaginaire collectif. Ils sont notre thérapie de groupe inconsciente. Des modèles et des doubles, meilleurs et semblables à la fois. Ils représentent nos rêves, l’infini des possibilités chez l’être humain.

Vous voulez encore une preuve  ? Les supers héros ne sont jamais revenus autant à la mode que depuis qu’on traverse une crise économique, que les tensions ou les attentats fleurissent… Les héros/supers héros sont le rempart de notre esprit quand nous avons besoin de croire encore au meilleur chez l’homme. Ils sont porteurs d’espoir et de rêve tout simplement.

C’est parce-que le héros est celui qui ose l’impossible quand tout semble perdu que notre imaginaire se raccroche à eux pour trouver un peu de lumière quand tout devient sombre. Comme disait le sage Albus :

« Happiness can be found, even in the darkest of times, if one only remembers to turn on the light.« 

Harry Potter and the Prisoner of Azkaban

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